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Game of Thrones: les secrets de la série racontés par le dessinateur William Simpson

Kit Harrington et Emilia Clarke dans Game of Thrones

Kit Harrington et Emilia Clarke dans Game of Thrones - HBO

Le dessinateur William Simpson, chargé des storyboard de Game of Thrones, raconte les coulisses de la série à succès.

Il a conçu les armes de la série, le design des Marcheurs blancs et s’est chargé du storyboard d’une grande majorité des saisons. Le dessinateur William Simpson est un rouage essentiel de Game of Thrones. Il a réalisé l’intégralité du storyboard des cinq premières saisons, avant de partager la tâche avec une poignée d’autres dessinateurs lorsque les saisons suivantes ont pris plus d’ampleur. Nous l'avons rencontré, à l'occasion du 5e salon MAGIC à Monaco, organisé par la société Shibuya Productions. A quelques semaines du lancement de l’ultime saison, il revient sur les coulisses de la série à succès de HBO.

William Simpson
William Simpson © Fabbio Galatioto

Vous avez dit qu’il vous était impossible d’imaginer l’arme sans l’acteur qui va incarner le personnage. Pourquoi?

La meilleure méthode pour imaginer les armes est de comprendre qui va les utiliser. Lorsque j’ai dessiné pour la première fois Glace [l'épée ancestrale en acier valyrien de la Maison Stark, NDLR], j’ai esquissé le portrait d’un personnage à la Sean Bean portant cette épée pour en déterminer la taille et le look. Les armes de Jamie Lannister, par exemple, devaient être très ornées. Je pouvais les dessiner, mais il me fallait le personnage qui allait les utiliser. Une fois le look Limier trouvé, j’ai su à quel point son arme devait avoir l’air intimidante et brutale pour accompagner ce personnage. Voilà, c’est ainsi que je fonctionne. Je pense que c’est lié à la bande dessinée: pendant des années, j’ai pensé les personnages dans leur intégralité.

D’où viennent les armes des Dothrakis?

Ça remonte à l’époque du pilote. J’ai passé beaucoup de temps à regarder des armes d’origine égyptienne et indienne. Avec l’accessoiriste, on a parcouru des livres entiers d’armes pour trouver quelque chose qui correspondrait à la personnalité des Dothrakis [un peuple de cavaliers nomades, NDLR]. Comme les Dothrakis sont des soldats qui vivent sur leurs chevaux, on les a imaginés comme un croisement entre les Mongols et les Indiens d’Amérique. On s’est dit qu’ils devaient voler aussi leurs armes dans les endroits qu’ils avaient envahis et qu’elles devaient donc être très variées. On s’est aussi inspiré du film La Momie, où il y avait beaucoup d’épées aux bords arqués. Et on a pris des armes d’Inde, du Pakistan, mais aussi d’Egypte.
Les Dothrakis
Les Dothrakis © HBO

Et pour les Lannister et les Stark?

Les armes des Lannister devaient très ornées. Nous savions que tout ce que nous faisions pour eux devait être incrusté de bijoux et de pierres précieuses. A l’image du monde médiéval espagnol. Leurs armes sont fonctionnelles, évidemment, mais aussi très belles. Pour les Stark, au contraire, tout devait être en état de marche, efficace et rien d’autre. C’est une manière très écossaise d’envisager les armes. La majorité des armes des Stark sont d’ailleurs inspirées par l’Écosse du Moyen-Âge. Glace est inspiré des armes anti-cavalerie, le genre d’arme qu’on utilisait pour abattre des chevaux. Si vous l’utilisez lors d’une bataille pour couper les jambes du cheval, vous tuez aussi le cavalier. C’est ce genre d’armes dont les Stark avaient besoin. C’est pour cette raison qu’elles ne sont pas pratiques pour se battre [au corps-à-corps], mais parfaites pour des décapitations officielles. On l’utilise de temps en temps, comme au début et à la fin de la saison 1 (rires). Ce sont des détails que l’on remarque à peine à l’écran, mais ils apportent de la chair à la série.

Sean Bean dans Game of Thrones
Sean Bean dans Game of Thrones © HBO

Comment avez-vous créé les marcheurs blancs?

C’était un paragraphe. Un seul paragraphe dans le premier livre de George R.R. Martin. Je me rappelle l’avoir lu et cette chose est apparue dans ma tête. Puis je l’ai peinte. C’est un personnage qui doit vous donner les chocottes dès qu’il apparaît. C’est ce que je voulais transmettre comme émotion en le peignant. On doit être gêné par ce personnage. On ne doit pas avoir envie de le rencontrer. Une fois que l'on réussit à représenter cette idée sur le papier, on est sur la bonne voie. Évidemment, après, d’un concept art au produit fini à l’écran, c’est une tout autre affaire. On a longtemps hésité entre faire une créature animée en numérique et utiliser un acteur déguisé. Ils ont eu la bonne idée de préférer la deuxième solution. C’est beaucoup plus réel ainsi. Cela aurait été horrible d’en faire un personnage en 3D.

Vous peignez?

Au début de GOT, je m’occupais aussi des concept arts [dessins préparatoires, NDLR] pour les épées, le carrosse de Daenerys, le corbeau aux trois yeux… Tout cela était peint, à l’exception des épées. L’année dernière, j’ai travaillé sur un film qui malheureusement ne s’est pas fait: Disney devait produire une nouvelle version en prises de vue réelles de Merlin l’enchanteur et j’ai dessiné Excalibur. Et personne ne pourra jamais la voir. Ce projet était excitant: j’ai pu travailler avec le décorateur du Labyrinthe de Pan - un type incroyable.
Game Of Thrones
Game Of Thrones © HBO

Vous êtes-vous occupé du storyboard de la fameuse séquence des Noces Pourpres?

Non. Cette scène est très intéressante, car c’est le réalisateur David Nutter qui a tout fait lui-même. J’ai storyboardé les scènes qui conduisent à ce moment, avec Arya et le Limier qui se rendent au château. Je me suis aussi chargé des scènes qui suivent les Noces Pourpres, lorsque Arya découvre le carnage et la mort du loup. C’est David Nutter, ce génie, qui a entièrement imaginé les Noces Pourpres.

Est-ce pour garder le secret que le réalisateur s’occupe intégralement de cette scène?

Non. Il y a plusieurs scènes dans GOT où on peut avoir l’impression qu’il y a eu du storyboard, et ce n’était pas le cas, car les réalisateurs savaient exactement ce qu’ils devaient faire.

Dans l’épisode 9 de la saison 4, il y a un impressionnant plan séquence lors de la bataille de Castle Back. L’avez-vous storyboardé?

Non. C’est Neil Marshall [le réalisateur de l’épisode, NDLR] qui a fait ce plan. Il savait ce qu’il voulait avec ce plan. Ce n’était pas storyboardé et le résultat est très impressionnant. J’ai dessiné quelques scènes pour lui, notamment la bataille de Blackwater Bay. Pour l’épisode de la Bataille des Bâtards, c’est aussi [le réalisateur] Miguel Sapochnik qui s’est chargé de tout. Je me suis occupé des scènes avant et après. Miguel était storyboardeur, avant. Il a dû dessiner des plans de son côté. C’est lui qui a réalisé les deux derniers épisodes de la série.

Vous êtes-vous occupés des dragons?

J’ai fait des dessins préparatoires, il y a très longtemps, pour démarrer la conversation afin que les producteurs puissent décider ce qu’ils voulaient. On s’est un peu inspiré du travail que j’avais fait sur Le Règne du feu [en 2002, avec Christian Bale, NDLR], mais les dragons ont été surtout conçus par l’équipe des effets spéciaux. Ils ont fait un travail magnifique, je ne peux pas m’approprier des félicitations pour leur travail.

Qu’avez-vous fait sur la saison 8?

La dernière saison est très intéressante. On m’a donné à dessiner les deux tiers de la saison. Le reste, la grande bataille, a été entièrement conçu par Miguel. Je n’ai encore rien vu, je n’ai vu que mes dessins, mais ce sera monumental!
Jérôme Lachasse