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Pomme dénonce les violences sexistes et sexuelles de l'industrie musicale

L'artiste Pomme (Claire Pommet) sur scène le 18 septembre 2020 au Printemps des Inouïs à Bourges

L'artiste Pomme (Claire Pommet) sur scène le 18 septembre 2020 au Printemps des Inouïs à Bourges - Guillaume SOUVANT © 2019 AFP

Dans un message publié sur Médiapart, la jeune chanteuse revient sur sa propre expérience "traumatisante" au sein de la filière musicale et appelle au changement.

Elle en avait déjà parlé par le passé. Mais à l'époque, elle n'occupait pas "la place qu'(elle) occupe aujourd'hui". Alors dans une lettre ouverte publiée ce jeudi sur un blog hébergé par Médiapart, la chanteuse Claire Pommet, plus connue sous le nom de Pomme, revient sur ses débuts dans l'industrie musicale, en pleine adolescence, et sur les violences morales qu'elle a subies de la part d'un pair plus âgé. Elle dénonce l'impunité qui règne dans ce milieu, adresse son soutien à toutes les victimes et appelle au changement.

"De mes 15 à mes 17 ans, j’ai été manipulée, harcelée moralement et sexuellement, sans en avoir conscience à cette époque évidemment", écrit la chanteuse de 24 ans, nommée dans la catégorie artiste féminine aux prochaines Victoires de la musique.

Des débuts "traumatisants"

Pomme explique que "comme pour beaucoup de femmes", son arrivée dans la musique a été "traumatisante". Elle évoque une "santé mentale détruite": "J’ai été l’objet de quelqu’un, façonnée selon ses fantasmes et déviances psychologiques. Je ne choisissais rien de ma vie (comportements, fréquentations), ni de mon apparence (vêtements, maquillage, épilation), ni de la direction artistique de mon propre projet musical naissant à l’époque. J’ai été manipulée jusqu’à en perdre totalement confiance en moi, confiance si fébrile à cet âge là."

"Être un adulte de 30 ans face à une adolescente de 16 ans et la briser", accuse-t-elle. "Réussir à lui faire croire qu’elle est le problème, en la sexualisant, en la rabaissant, en la contrôlant". Et d'énumérer les phrases entendues: "Sois plus sexy, moins enfant." "J’aurais dû te baiser." "Reprends tes chansons de merde et casse-toi, débrouille-toi."

Des "centaines de filles"

Elle évoque avoir mis "des années" avant de se rendre compte de ce qui s'était passé et de retrouver confiance en elle. Et elle étend la situation qu'elle a connue aux "centaines de filles" qui découvrent l'industrie musicale, "ce monde parallèle":

"Je ne suis pas un cas isolé, bien au contraire (...) J’écris cette lettre pour toutes les personnes qui n’ont pas encore trouvé cet espace dans lequel se reconstruire, qui n’en ont pas la chance, pas l’opportunité, j’écris pour espérer que quelques unes se sentiront moins seules, pourront demander de l’aide, et pour que les autres réalisent et agissent, devant l’ampleur des violences quotidiennes perpétrées dans nos professions."

"Ils flottent au dessus des lois"

Elle poursuit en dénonçant l'impunité dont les harceleurs bénéficient dans son milieu: "La société, maison mère de la culture du viol, regorge de ces individus, ils n’existent pas que dans la musique, non non. Mais dans la musique (comme dans le cinéma et bien d’autres milieux), ils ont accès à l’argent, à l’exposition et au pouvoir, le cocktail parfait pour être des criminels en toute impunité (...) Nous sommes capables d’identifier ces comportements et agressions. Donc nous sommes capables de les renverser et de changer les choses."

"'Pourquoi les femmes ne portent pas plainte? Pourquoi dénonce-t-on les coupables sur Instagram?' (demande Jean-Bernard, 57 ans). Parce que la justice les acquitte, mesdames et messieurs (...) Parce que malgré les accusations, les plaintes, ils sont en couverture des magazines, ils sont à la télé, ils occupent des postes d’avantages, ils flottent au dessus des lois."

Elle conclut: "Parlons-nous. Avec douceur ou avec hargne. Pour que la vérité et la justice se fasse entendre. Pour que les corps, les cœurs, les âmes de nos filles, de nos sœurs, de nos mères, ne soient plus piétinées."

#MusicToo

Pomme a connu un succès retentissant grâce à son album Les Failles, sorti en 2019, qui lui a valu d'être sacrée album révélation l'an dernier lors de cette même cérémonie. Il s'agissait de son deuxième album après À peu près, en 2017.

Après l'onde de choc #MeToo, c'est le monde de la musique français qui a pris la parole en septembre dernier avec le hashtag #MusicToo, pour dénoncer les violences sexistes et sexuelles qui régissent l'industrie.

https://twitter.com/b_pierret Benjamin Pierret Journaliste culture et people BFMTV