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Mort de Michou, célèbre directeur de cabaret parisien

Le patron du célèbre cabaret "Chez Michou", figure des nuits parisiennes, est mort, a annoncé son attaché de presse à l'AFP.

Michou, célèbre directeur du cabaret transformiste parisien de Montmartre qui porte son nom, est mort ce dimanche à l'âge de 88 ans, a annoncé à l'AFP l'attaché de presse du cabaret et de l'artiste, qui avait servi d'inspiration au classique du cinéma La Cage aux folles.

"Michou est mort tôt ce dimanche matin dans un hôpital à Paris" a déclaré François Deblaye. De son vrai nom Michel Catty, "Michou" avait ouvert en 1956 son célèbre cabaret situé 80, rue des Martyrs et qui a accueilli tous les jours pendant plus de 60 ans célébrités et inconnus venus dîner devant le spectacle d'artistes transformistes reprenant les chansons des grandes stars de l'époque.

"Montmartre était devenu sa patrie. Michou ton cœur immense a cessé de battre. Ta grande générosité pour les anciens, les P’tits Poulbots et beaucoup d’autres causes était sans limites", a indiqué La République de Montmartre dans un communiqué. "Tes 63 ans de cabaret resteront gravés à jamais dans l’histoire de la Butte. La République de Montmartre, orpheline, participera à l’hommage qui sera rendu à Michou l’enchanteur, Prince Bleu de Montmartre, Ministre de la Nuit de la République de Montmartre."

"Quand Paris se travestit"

Né le 18 juin 1931 à Amiens, Michou grandit avec sa grand-mère, Elise, dont il a hérité de la rigueur. "Mon départ d'Amiens pour Paris a été tragique pour elle. Elle disait toujours: 'Michel, ce sera mon bâton de vieillesse'. Et la vie a voulu que ce soit différent...", nous avait-il raconté en 2017, lors de la sortie de son autobiographie Michou, Prince Bleu de Montmartre.

Arrivé en 1949 à Paris, il s'y installe définitivement au début des années 1950 après un service militaire à Coblence (Allemagne) où il avait été plus remarqué pour son humour que pour ses aptitudes au combat. Entre Michou et Montmartre, le coup de foudre est immédiat. Il y croise une certaine Olga, qui tient alors rue des Martyrs un bar de nuit baptisé "Chez Madame Untel". Olga lui propose la gérance, mais Michou refuse.

Trois mois plus tard, il la revoit. Elle lui annonce sa maladie et lui réitère sa proposition. Après avoir hésité, Michou accepte l'offre et emprunte à un ami 2500 francs. Au départ un bar de nuit, le lieu devient rapidement une discothèque. Un soir de Mardi gras, alors que la salle est pleine, un journaliste, Edgar Schneider, tombe sous le charme du lieu et écrit un article qui fera date: "Quand Paris se travestit". Le texte fera la renommée du cabaret où bientôt tout le gotha se presse: Jean-Claude Brialy, Sophia Loren, Eugène Ionesco, Marcello Mastroianni…

"C’était un petit bistrot et j’en ai fait une institution"

Michou impressionne alors le Tout-Paris avec son numéro où il danse, à moitié nu, en imitant France Gall. Un numéro qui lui inspire dans son autobiographie une phrase des plus savoureuses qu'il se plaisait à répéter dans les multiples interviews qu'il accordait: "J'avais un très joli corps et des fesses bien rebondies comme Brigitte Bardot". Il était très heureux du succès de son cabaret, connu dans le monde entier:

"Je suis très fier d’entendre dire: 'Je vais chez Michou'. J’ai créé cette maison, ce n’était rien du tout. C’était un petit bistrot et j’en ai fait une institution", nous avait-il raconté.

Bien avant la mode des "drag queens", Michou a ouvert la voie en France au transformisme de divertissement en proposant le premier spectacle de l'après-guerre constitué d'hommes se travestissant en femmes pour caricaturer les vedettes de l'époque. Outrageusement maquillées, ses "Michettes" amusaient chaque soir, sur la plus petite scène de Paris, les clients en interprétant après le dîner les stars du moment, "mais sans se moquer !", disait Michou à l'AFP.

"On ne les singe pas. Il n'y a jamais de vulgarité. J'y tiens depuis toujours", ajoutait l'homme à la silhouette éternellement bleue, lunettes assorties et permanente blonde reconnaissable entre toutes. "Il y a beaucoup de respect dans nos caricatures. Nous adorons nos victimes et elles le savent bien. Dalida adorait venir se voir plus délirante que jamais!", se félicitait "l'homosexuel le plus connu de France", selon ses termes.

"Ma tombe aussi sera bleue!"

Surnommé le "Prince de Montmartre", Michou ne portait que des costumes et des lunettes bleues. "Ma tombe aussi sera bleue!" avait-il expliqué à France Dimanche. Son autre marque de fabrique était le champagne, qu'il buvait à longueur de journée et lui procurait une éternelle jeunesse: "Mon secret est de boire au moins deux bouteilles de champagne par jour. C’est ma faiblesse", confiait-il à France Dimanche. "C’est ma fontaine de jouvence", avait-il aussi expliqué à Paris Match, soulignant que l'eau, il s'en servait "juste pour [se] laver les fesses".

"Chez Michou" a été utilisé au cinéma. Michou apparaît dans La Bonne année de Claude Lelouch, avec Lino Ventura. Le lieu a aussi inspiré à Jean Poiret et Michel Serrault leur pièce culte La Cage aux Folles. Michou a cependant refusé d'y apparaître car il ne pouvait pas s'éloigner trop longtemps de son cher cabaret.

Depuis le 13 juillet 1956, Michou était présent tous les soirs dans son cabaret. Il avait récemment posté sur sa page Facebook des photos datées du 20 janvier où on le voit amaigri en compagnie de Brigitte Macron portant... un pantalon de cuir bleu.

Figure du show-biz au style exubérant, Michou, fait chevalier de la Légion d'honneur en 2005, n'a jamais oublié ses origines modestes: il invitait chaque mois dans son cabaret les personnes âgées de Montmartre. Avec sa mort, une page se tourne: "Lorsque j'aurais tiré ma révérence, je souhaite que mon cabaret ferme définitivement", avait-il répété à de multiples reprises dans les dernières années de sa vie.

Jérôme Lachasse avec AFP