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On a rencontré Michou: "Mon cabaret est devenu une institution"

Patron du célèbre cabaret "Chez Michou", rue des Martyrs, le showman raconte sa vie dans un livre paru ce jeudi 9 novembre. Rencontre.

"Je l'aime beaucoup, parce que c'est un homme, un vrai, et que dans la vie, on n'en rencontre pas tellement". Ainsi parlait Jacques Brel. Celui dont il chante les louanges, c'est Michou, le "Prince Bleu de Montmartre", le fondateur du célèbre cabaret installé au 80 rue des Martyrs.

Ce jeudi 9 novembre, Michou a sorti aux éditions du Cherche Midi son autobiographie, intitulée comme il se doit Michou, Prince Bleu de Montmartre. Le showman y raconte son enfance à Amiens, sa grand-mère Elise, ses débuts à Paris... Le ton y est drôle, badin, fantasque, à l'image de Michou: "Evidemment, je n’aurai pas le Prix Goncourt, ni le Renaudot, mais j’ose espérer qu’avec mon livre, j’aurai le prix de l’amitié", plaisante-t-il, avant d'ajouter sur un ton plus sérieux: "C'est un livre écrit avec le cœur. Je pense qu'il va vous émouvoir".

"Le champagne est sa cure de jouvence"

Michou, Prince Bleu de Montmartre n'aurait pas vu le jour sans Anny Duperey. C'est l'actrice d'Un éléphant ça trompe énormément et d'Une famille formidable, grande amie de Michou, qui a présenté au "Prince Bleu" le biographie et antiquaire François Soustre et le scénographe et maquilleur Sylvain Dufour. 

"J'ai rencontré Michou en 2009", se souvient François Soustre. "Nous sortions beaucoup au cabaret avec Anny Duperey. On a passé des soirées formidables en sa compagnie. En 2014, on s’est mis à parler autour d’une coupe de champagne - sa "cure de jouvence" - de Marguerite Moreno [actrice français née en 1871 et morte en 1948, NDLR] et de Tonton de Montmartre [patron de cabarets de la Butte né en 1897 et mort en 1966, NDLR]. On a lié connaissance. Anny Duperey m’a dit que ce serait bien de faire un travail avec Michou, parce qu’il a eu une vie extraordinaire et que personne n’avait encore rien fait sur lui. Il a accepté et on a travaillé ensemble".

"C’est ma grand-mère qui m’a élevé"

Ont suivi pour François Soustre et Sylvain Dufour trois ans d’entretiens et d’archives pour découvrir ce qui se cache derrière les célèbres lunettes bleues de Michou.

Né le 18 juin 1931 à Amiens, Michou a grandi avec sa grand-mère, Elise, dont il a hérité de la rigueur. "Mon départ d'Amiens pour Paris a été tragique pour elle. Elle disait toujours: 'Michel, ce sera mon bâton de vieillesse'. Et la vie a voulu que ce soit différent..." Il faut dire que le jeune homme qu'était alors Michou s'étiolait en province. 

A Pâques 1949, il monte à Paris. A peine arrivé à la capitale, il connaît déjà les endroits où il fallait sortir. A la Huchette, un restaurant situé près des Halles, il commence à travailler, en faisant les carrelages, en servant les cafés. Il file ensuite à Coblence, en Allemagne, pour y faire son service militaire. Il y est plus remarqué pour son allure et son humour que pour ses aptitudes au combat. 

bio Michou
bio Michou © Cherche Midi

"Un soir de Mardi gras, ils se sont déguisés"

Il revient à Paris en 1953, où "il vit un peu de ses charmes pendant trois ans", poursuit François Soustres. Entre Michou et Montmartre, le coup de foudre est immédiat. "C'est un merveilleux village", dit-il aujourd'hui. A la même période, il croise une certaine Olga, qui tient alors au 80 rue des Martyrs un bar de nuit intitulé "Chez Madame Untel". Olga lui propose la gérance, mais Michou refuse. Trois mois plus tard, il la revoit. Elle lui annonce sa maladie et lui réitère sa proposition. Après avoir hésité, Michou accepte l'offre et emprunte à un ami 2500 francs. 

"C’est comme ça qu’il a commencé, avec un bar de nuit, qui est devenu ensuite une discothèque", raconte François Soustres. "Un soir de Mardi gras, ils se sont déguisés. La salle était pleine. Un journaliste, Edgar Schneider, était là. Il a écrit un article, "Quand Paris se travestit". C’est comme ça que Brialy est arrivé. Puis Sophia Loren, Eugène Ionesco, Mastroianni… Le Tout-Paris est venu".

A cette époque, Michou impressionne le Tout-Paris avec son numéro où il danse, à moitié nu, en imitant France Gall. Un numéro qui lui inspire dans Michou, Prince Bleu de Montmartre une phrase des plus savoureuses: "J'avais un très joli corps et des fesses bien rebondies comme Brigitte Bardot". Aujourd'hui, il regarde avec fierté cette époque: "Je suis très fier d’entendre dire: 'Je vais chez Michou'. J’ai créé cette maison, ce n’était rien du tout. C’était un petit bistrot et j’en ai fait une institution".

Un film avec Lino Ventura

Le livre décrit un Michou généreux, attentionné et "fidèle à la mémoire des gens qui ont disparu". Le livre retrace d'ailleurs le parcours de personnalités de Montmartre dont le souvenir aurait été perdu sans Michou. En hommage à sa grand-mère décédée en 1957, Michou organise aussi un jeudi de chaque mois un repas pour 80 "mamies" du quartier. "Et cela depuis 1970", s'enthousiasme François Soustre. Pendant longtemps, Michou a également organisé un repas patriotique pour les poilus de 14-18, le 11 novembre.

Michou est devenu une institution. Il a reçu un prix de l'Association des p'tits Poulbots et a inspiré le cinéma. Il a joué dans un film de Claude Lelouch, La Bonne année, avec Lino Ventura. Et a inspiré à Poiret et à Serrault La Cage aux Folles. Michou a cependant refusé d'y apparaître.

La raison est simple: depuis le 13 juillet 1956, Michou est présent tous les soirs dans son cabaret. Avec son cabaret, c'est à la vie, à la mort. Michou l'a d'ailleurs annoncé: "Lorsque j'aurais tiré ma révérence, je souhaite que mon cabaret ferme définitivement".

Prince bleu de Montmartre, Michou,‎ François Soustre et Sylvain Dufour, avec une préface d'Anny Duperey, éd. Cherche Midi, 256 pages, 18 euros.

Jérôme Lachasse