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Mort de Jean d'Ormesson: comment l'académicien était devenu branché

Jean d'Ormesson en avril 2015 à Paris

Jean d'Ormesson en avril 2015 à Paris - Martin Bureau - AFP

Jean d'Ormesson est mort dans la nuit de lundi à mardi, à l'âge de 92 ans. Comment cet académicien, aristocrate de droite jamais vraiment à la mode, est-il devenu branché?

Est-ce l'oeil bleu malicieux? Le sens de la formule, ou cette délicieuse façon de s'exprimer? Tout aurait pu ranger Jean d'Ormesson, 92 ans, dans la catégorie des vieillards poussiéreux. Mais l'écrivain, mort dans la nuit de lundi à mardi d'une crise cardiaque, était toujours à la mode.

Pour cela, malgré ce qu'il affirmait, il n'a pas eu besoin de Julien Doré, qui s'est fait tatouer son nom sur le biceps. Ni de la journaliste Sophie Fontanel, qui en avait fait dans Elle, le héros de sa chronique humoristique au côté d'Inès de la Fressange. Ni même de Laurent Gerra, qui l'imite régulièrement.

"Savez-vous qui sont les trois personnes qui ont le plus fait pour ma situa­tion actuelle? Eh bien ce sont Laurent Gerra, la chro­niqueuse de Elle Fontanel, et Julien Doré de la Nouvelle Star", confiait ainsi l'académicien au Point en 2007.

"Joyeux, émerveillé et joueur"

C'est que l'écrivain, qui tenait chronique dans le Figaro, était presque une rock-star. Un statut qu'il devait à son humour, son érudition et son sens de la formule. Car Jean Bruno Wladimir François de Paule Lefèvre d'Ormesson, surnommé Jean d'O, était son meilleur promoteur. Une bête de scène, un excellent client des plateaux télé.

"Il renouvelle son lectorat grâce à son côté 'XVIIIe cathodique'", analyse sa fille, l'éditrice Héloïse d'Ormesson, dans le portrait que lui a consacré Libération en 2014.

"Jean est vraiment tel qu'on l'imagine: tendre, joyeux, émerveillé, joueur, coquin", s'est ainsi extasiée la jeune chanteuse Olivia Ruiz, après l'avoir côtoyé sur le plateau de Christophe Hondelatte en 2009, comme le rapporte L'Express.

"Ce n'était pas mieux avant"

Jean d'Ormesson racontait les anecdotes comme personne, avec ce qu'il faut d'autodérision, citait Chateaubriand et Woody Allen. 

"Quand je téléphone à un restaurant pour retenir une table, j'ai à peine dit 'allô' qu'on me répond: 'Monsieur d'Ormesson?' Alors, maintenant, je précise: 'Non, c'est Gerra.'", évoquait-il dans Le Point, en 2012. "Il y a deux mois, j'étais en voiture, j'écoute à la radio Gerra m'imiter et je commence à me dire: 'Quand même, il exagère.' L'émission se termine et l'animateur dit: 'Merci, Jean d'Ormesson.' Ce n'était pas lui, c'était moi".

Ou encore, sur son appartenance à la droite, dans un entretien vidéo au JDD: "Il y a une formule que je rejette complètement, c'est la formule, classique de la droite, 'c'était mieux avant'. Et bien ce n'était pas mieux avant!". Moderne, Jean d'Ormesson. 

"De prochaines années, il ne m'en reste plus tellement"

Autant de discours qui feraient presque oublier que l'homme continuait de publier des livres - on a tous lu en Poche, trouvé dans une maison de campagne, Le Bonheur à San Miniato ou Au plaisir de Dieu - et est entré dans la prestigieuse collection de la Pléiade. Pourtant, Jean d'Ormesson, qui a publié son premier roman en 1956 à l'âge de 31 ans, écrit avec constance un livre par an, qui se vend très bien.

Ce qui séduisait chez lui, enfin, en plus de ce mélange d'humour, de modernité et "d'esprit à la française", c'était son inoxydable optimisme.

"L'avenir m'intéresse, car c'est là que j'ai l'intention de passer mes prochaines années", disait-il, citant Woody Allen. "Et comme de prochaines années il ne m'en reste plus tellement, eh bien, ce qui compte, et rien d'autre, ce sont les prochaines années des jeunes gens dont c'est maintenant le tour de vivre. Et pourvu qu'ils me lisent !"
Magali Rangin