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Peau de pomme, orties et déchets de maïs: ces matières innovantes qui veulent remplacer le cuir animal

Le cuir d'ananas, une nouvelle matière innovante

Le cuir d'ananas, une nouvelle matière innovante - CC - Flickr - Benjamin Thompson

Alors que la mode opère une transition vers l’éthique et le durable, de plus en plus de nouveaux matériaux à base de fibres végétales voient le jour.

Et si votre prochaine paire de chaussures était fabriquée… à base d'ananas? L’idée peut surprendre, et pourtant depuis quelques années, ce fruit exotique rencontre un sacré succès auprès des fashionistas qui ont décidé de ne plus porter de cuir animal.

C’est qu’à l’heure où l'industrie du textile est considérée comme l’une des plus polluantes du monde, et que les consommateurs tendent vers une consommation plus durable et éthique de la mode, le cuir animal a mauvaise presse: on le pointe du doigt pour sa trop grande consommation d'eau, les produits chimiques (notamment le chrome) utilisés pour assouplir les peaux, la déforestation causée par l'élevage intensif du bétail... Les vegans, quant à eux, le boycottent purement et simplement, lui préférant des alternatives cruelty free.

Pour prendre le contre-pied, de plus en plus de marques se tournent vers du cuir certifié vegan, et autres matières innovantes. A l'occasion du World Vegan Day (journée mondiale du véganisme), tour d’horizon de ces matériaux du futur, souvent inattendus, et qui pourraient bien finir par envahir votre dressing.

De la salade de fruits à nos tiroirs

Cuir d’ananas, cuir de pomme, cuir de banane… place à la salade de fruits vestimentaire. En première ligne, le Piñatex, une matière composé de fibres extraites de feuilles d’ananas qui a remporté en 2016 le Prix de l’innovation matérielle. Le tissu, qui peut être teint, imprimé ou traité, est réputé pour être résistant et est très prisé des marques vegans, mais aussi des marques haute-gamme ou de luxe qui veulent changer leurs habitudes, telles que Lancel et Hugo Boss. 

"C’est un marché en totale explosion. Sachant qu’il y a 13 millions de tonnes de déchets de feuilles dans la production d’ananas chaque année, si l’on valorisait l’ensemble, le Piñatex pourrait remplacer de moitié le marché du cuir mondial", a expliqué Mélanie Broyé-Engelkes, présidente d’Ananas Anam (la société qui distribue le Pinatex), à nos confrères de La Croix.

Le cuir de pomme, ou “Apple Skin”, soit “peau de pomme”, rencontre lui aussi un sacré succès: bio-sourcé, éco-responable et 100% vegan, il est fabriqué à partir de déchets de pommes cultivées pour l’industrie agroalimentaire. Les marques Ashoka et Nuuwai, pour ne citer qu’elles, l’ont adopté pour fabriquer leurs sacs, tandis que la marque new-yorkaise Veerah l’utilise pour ses chaussures.

Du côté de Green Banana Paper, une start-up de Micronésie en Océanie, c’est la banane qui a le vent en poupe. Ou plutôt sa peau, dont les fibres sont recyclées et transformées en produits de petite maroquinerie. 

Des chaussures à base de déchets de maïs et de blé

Leader du marché français de la basket éthique, la marque Veja a lancé, à la rentrée, son premier modèle vegan à base de C.W.L. Des initiales derrière lesquelles se cache un matériau écologique fait de toile de coton, et enduit de déchets de maïs issus de l'industrie alimentaire.

Minuit Sur Terre, jeune marque bordelaise 100% vegan, propose quant à elle des chaussures de toutes sortes (derbies, sneakers, bottines) conçues à base de blé, maïs et autres céréales, qui viennent compléter d’autres matières tels que le coton ou encore le nylon et la polyamide. 

On ne boit plus le café et le vin - on les porte

Et si on vous parlait de cuir de café, et de cuir de vin? L’entreprise allemande Nat-2, lancée en 2007, a imaginé une paire de baskets haut de gamme à base... de marc de café. La chaussure, 100% vegan, se compose ainsi d'une semelle en liège, de caoutchouc naturel, de colle à base d'eau, de bouteilles recyclées et de plus de 50% de café recyclé (et oui, elles en ont même l'odeur).

En Italie, c’est l’entreprise Vegea qui a imaginé du cuir de vin, réalisé à partir de peau, pépins et blanches de raisin, et de restes de marc issu de la production de vin. Un processus qui n’utilise ni eau ni produits chimiques. La première collection à base de ce matériau est sortie en 2017 en collaboration avec le créateur de mode végane Tiziano Guardini. La marque vient de breveter un procédé, avec pour objectif de transformer en cuir pas moins de 14 milliards de tonnes de déchets issus des vignes par an.

L’ortie et les champignons au service du style 

La famille royale britannique n'est pas en reste: en septembre dernier, le prince Charles a offert les orties de son jardin au duo de créateurs Vin + Omi. Deux pionniers dans le monde de la mode durable, réputés pour leurs recherches sur les tissus à base de plantes, tels que le raifort ou le cerfeuil sauvage.

Une collaboration mi-punk mi-royale à la sauce écolo, qui donne au passage une image bien plus sympathique aux orties, ces mauvaises herbes urticantes qu’on a plus l'habitude de fuir que de revêtir. Les deux stylistes ont développé une technique pour récupérer les fibres de chaque tige d'ortie puis les transformer en fibre duveteuse, blanchie avec des produits naturels qui ne nuisent pas à l'environnement. Résultat: des pièces éthiques (robes, manteaux...), qui ont été présentées lors d'un défilé durant la Fashion Week de Londres. 

En parallèle, Vin + Omi explore aussi l'usage d'autres matières naturelles, comme la fabrication de cuir à partir de marrons ou de champignons, rapporte l’AFP.

Le cuir de champignon, d’ailleurs, a un nom: le Muskin. Bio-dégrable, bon pour la santé car fabriqué sans produits chimiques à partir de la peau du chapeau du champignon, il est notamment produit par l’entreprise italienne Grado Zero Espace. Cette matière souple et qui respire, est très prisée pour toutes les pièces directement en contact avec la peau car non dangereuse: sacs, ceintures, semelles de chaussures et bracelets de montres...

Nawal Bonnefoy