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Le mystère Karl Lagerfeld

Karl Lagerfeld

Karl Lagerfeld - AFP

Karl Lagerfeld, icône de la haute couture, vient de mourir à l'âge de 85 ans. Toute sa vie il a entretenu et orchestré le mystère sur de nombreux éléments de sa biographie.

Icône planétaire de la mode, couturier boulimique de travail, au débit de mitraillette, Karl Lagerfeld vient de mourir à l'âge de 85 ans. 

Le créateur qui se cachait derrière des lunettes noires, un catogan poudré et une silhouette ascétique gainée de noir, cultivait le mystère sur de nombreux pans de sa vie. L'un de ses biographes, Laurent Allen-Caron, a d'ailleurs intitulé son livre Le mystère Lagerfeld. "J'aime tout ce qui est mystère, la réalité, ce n'est pas très marrant", expliquait lui-même Lagerfeld dans le documentaire de France 5, Un roi seul.

"Il y a des choses que je ne sais pas moi-même"

Sur son âge, d'abord, il a toujours laissé planer le doute, assurant ne pas le connaître lui-même. Sa date de naissance, est ainsi, extrêmement mouvante. Elle oscille entre 1933 et 1938, à Hambourg. "On ne sait si c'est en 1938, il y a un litige, ce peut être entre 1933 et 1938. Il y a des choses que je ne sais pas moi-même. Ça vous permet aussi de mépriser les gens parce qu'il ne sont pas capables de trouver la vérité, c'est très amusant", livrait-il dans Un roi seul

Sur ses origines, également, il aimait entretenir un certain flou. La journaliste Raphaëlle Bacqué, qui s'était penchée sur son histoire pour une série d'articles parus dans Le Monde l'été dernier, s'était ainsi heurtée à un mur, lorsqu'elle avait voulu l'interroger sur son passé. "Je suis contre les voyages dans mon propre passé", lui avait-il lancé. Expédiant la question d'un ironique "De toutes les façons, ceux qui connaissent ma véritable histoire sont plus ou moins au cimetière…".

"Ma mère pilotait un avion"

Il faut dire que Lagerfeld s'est toujours employé à brouiller les pistes. "Mon père était suédois. Il était baron", "J’étais le fils du gouverneur de Westphalie", "Ma mère pilotait son avion", "C’était une magnifique violoniste", recensait ainsi Raphaëlle Bacqué, qui a tenté de démêler dans son article le vrai du faux.

Interrogée sur RMC, la journaliste a expliqué: "Il est à la fois connu mondialement, tout le monde connaît ses lunettes noires, sa queue de cheval. Et en même temps, il est absolument énigmatique (...) Il a entièrement réécrit son histoire. Avec beaucoup de talent, vous connaissez sa verve, son humour, sa culture". 

"Il a compris très tôt qu'il fallait se forger une image et surtout un mystère, pour faire rêver", souligne Diane de Beauvau-Craon, amie de Lagerfeld et Jacques de Bascher, citée dans le livre Le mystère Lagerfeld. "Et puis personne ne veut vraiment savoir qui est Karl Lagerfeld. Ce serait ennuyeux si on pouvait lire à travers lui comme dans un livre ouvert. Alors il brouille les pistes. Tout cela l'amuse, d'autant que ça marche!". 

Enfant tardif d'une riche famille de l'Allemagne du nord, il s'est toujours senti à part. "J'ai toujours voulu être différent. Ca me paraissait indispensable et naturel de ne pas être comme les autres", livrait-il dans Un roi Seul. Grandi dans l'Allemagne nazie, Karl Lagerfeld assure: " Je ne sais rien du passé de mes parents". 

"Tu as l'air d'une vieille lesbienne"

Le portrait qu'il dresse de sa mère, vrai ou exagéré, contribue également à forger son image d'enfant solitaire et surdoué. Il ne rate pas une occasion de la présenter sous un jour égoïste et dur. "J'adorais les chapeaux tyroliens avec une plume, racontait-il ainsi dans Un roi seul. Et quand je voulais mettre ça, ma mère me disait: 'ne mets pas ça, tu as l'air d'une vieille lesbienne avec ça'. Est-ce qu'on dit ça à un enfant!?". Ou encore "Toute ma vie, je l'ai entendue me dire: 'Tu me ressembles, mais en beaucoup moins bien'" (Le monde selon Karl). 

Elle serait également à l'origine de son débit si rapide, sa marque de fabrique. "J'ai appris à parler très vite, parce que dès que je commençais une histoire - enfant j'étais très bavard - elle gagnait la porte. Donc j'ai appris à finir une histoire de là où j'étais jusqu'à la porte." 

En vieillissant, il s'était dissimulé derrière ce personnage qu'il s'était créé et décrivait comme "une marionnette". Ne quittant plus ses lunettes noires. Là encore, il existe différentes explications. 

"A travers les verres teintés, le monde est plus beau"

"Quand j'étais très jeune, j'ai reçu un verre de whisky dans le visage par accident. Il n'avait pas été lancé pour m'atteindre, mais si je n'avais pas porté mes lunettes, j'aurais pu perdre un œil. Donc je ne sors jamais sans mes légendaires lunettes", a-t-il raconté à Marie-Claire

Ou encore "Pour moi, les lunettes noires sont comme des ombres à paupière portables. A travers les verres teintés, le monde est plus beau et tout le monde rajeunit instantanément de 10 ans. Voilà pourquoi je porte toujours des lunettes noires".

Au Monde il a livré une autre version: "Les myopes ont toujours un regard de bon chien, et je ne veux pas exposer le mien à la populace".

Magali Rangin