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"Il ne faut plus jamais se taire": Omar Sy appelle à dénoncer les violences policières et à réformer le système

Omar Sy en 2020

Omar Sy en 2020 - Frederic J. Brown - AFP

Le comédien lance une pétition pour dénoncer les violences policières et appelle chaque Français à se mobiliser et à participer à une refonte du sytème.

"Réveillons-nous." Une semaine après la mort de George Floyd aux Etats-Unis, Omar Sy lance une pétition contre les violences policières et publie sur le site de L'Obs une tribune appelant chaque Français à se mobiliser et à participer à une refonte du sytème:

"J’appelle au changement, à la remise en cause d’un système qui ne peut prétendre à la justice sans mettre fin à l’impunité organisée qui sévit depuis des décennies", écrit la star d'Intouchables en dressant un parallèle entre la mort de George Floyd et celle, en France, d'Adama Traoré, mort lui aussi lors d'un contrôle de police.

"La mort d’Adama Traoré est aussi injuste et indigne que celle de George Floyd", écrit le comédien, avant d'ajouter: "A lui, comme à George Floyd, la justice a inventé 'une cardiopathie', des cœurs défaillants. Mais je n’ai qu’une seule question, et c’est la seule qui compte: ces hommes seraient-ils morts s’ils n’avaient croisé la route des forces de l’ordre?"

"Est-ce qu’il peut m’arriver la même chose qu’à eux demain?"

Deux jours après le succès de la manifestation pour Adama Traoré devant le tribunal judiciaire de Paris, Omar Sy se réjouit "de voir des dizaines de milliers de personnes venues de tous horizons sociaux entourer de leurs forces les proches d’Adama Traoré, ses frères, sa sœur, Assa":

"Pendant quatre ans, cette famille a fait preuve d’une détermination sans relâche, quotidienne, qui n’a d’égale que sa peine infinie. Pendant quatre ans, cette famille a résisté dans une trop grande solitude, face à l’injustice, face à l’inertie de l’institution judiciaire, face à l’indifférence des pouvoirs publics. Elle a vaillamment tenu bon." 

Il déplore la liste "tristement longue" des victimes de violences policières et appelle à plus de vigilance: "Mais combien d’autres familles, moins nombreuses, moins épaulées, se sont écroulées sous les coups d’une justice sourde à leurs demandes, bafouant les droits qu’elle est censée représenter? Réveillons-nous. Tenons bon à notre tour, armons-nous de courage, soyons vigilants, ne laissons plus passer quatre années pour demander des comptes. La mort d’un homme dans le cadre d’un usage disproportionné et abusif de la force doit être réprimée."

Omar Sy exprime aussi ses inquiétudes. Il craint de connaître le même destin que George Floyd et Adama Traoré: "Ils étaient tous deux noirs, de grande carrure, leurs vies ont basculé dans l’horreur en quelques heures. Pour rien. Je mesure 1,92 m, je suis noir, je leur ressemble. Est-ce qu’il peut m’arriver la même chose qu’à eux demain? Est-ce que cela risque d’arriver demain à mes enfants? A vos enfants? Cette peur sans nom, cette peur injustifiée qui enfle dans nos vies, doit disparaître."

"Ne soyons plus spectateurs d’un système violent"

L'acteur, originaire de Trappes, rappelle que lui aussi connaît "ce sentiment qui ronge de l’intérieur": "Comme Adama Traoré, comme Zyed et Bouna, morts à 17 et 15 ans à Clichy-sous-Bois en 2005, j’ai couru quand je croisais le chemin de la police. Je n’avais alors pas de micro ouvert pour dire combien cette peur est réelle. Celle de mourir entre les mains des forces de l’ordre", écrit-il, avant de marteler: 

"J’affirme aujourd’hui qu’elle existe depuis trop d’années, et cette peur se transmet de génération en génération. Qu’importent les menaces ou les pressions qui s’exercent en retour, il ne faut plus jamais se taire. Aucune parole ne doit être isolée quand elle porte un discours de justice. Il faut que nos dirigeants entendent, comprennent, agissent pour changer ce cours des choses. C’est une maladie qui ronge notre pays, et cela n’augure rien de bon pour nos avenirs."

Omar Sy appelle ainsi à dénoncer les violences policières commises en France et demande aux policiers de "sortir du silence": "Ne soyons plus spectateurs d’un système violent, qui enterre les mémoires de ces morts dans l’oubli, qui jette systématiquement leurs noms dans la fosse aux non-lieux. Nous devons profiter de cet élan suscité par l’affaire Floyd pour refuser ce grossier clivage, qui consiste à trier, parmi nous, les méchants et les gentils. Il n’y a qu’un seul et même camp, celui de la justice."

Jérôme Lachasse