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Comment le studio Ghibli essaye de retarder l'ascension au box-office japonais de "Demon Slayer"

Affiche du film "Demon Slayer: Kimetsu no Yaiba - Le Train de l'Infini"

Affiche du film "Demon Slayer: Kimetsu no Yaiba - Le Train de l'Infini" - Toho

Demon Slayer, dont le succès au cinéma ne se dément pas depuis sa sortie au Japon mi-octobre, talonne actuellement le chef-d'oeuvre de Hayao Miyazaki, après avoir dépassé le Titanic (1997).

Malgré la pandémie, une lutte acharnée entre deux films d'animation se déroule actuellement au Japon, où le phénomène Demon Slayer est en passe de battre le record national de recettes en salles détenu par Le Voyage de Chihiro du Studio Ghibli. Demon Slayer, dont le succès au cinéma ne se dément pas depuis sa sortie au Japon mi-octobre, talonne actuellement le chef-d'oeuvre de Hayao Miyazaki (2001), après avoir dépassé le Titanic de James Cameron (1997).

Un rebondissement quasi-hollywoodien vient cependant de perturber l'ascension inexorable du nouveau venu: mardi, les recettes du Voyage de Chihiro au box-office nippon ont été réévaluées à la hausse pour tenir compte de sa ressortie en salles cet été. Avec 31,7 milliards de yens (252 millions d'euros) de recettes, Le Voyage de Chihiro garde ainsi son trône pour l'instant, alors que Demon Slayer, toujours en salles, affichait 30,3 milliards de yens lors de la dernière mise à jour du classement du box-office lundi.

Demon Slayer raconte l'histoire de Tanjiro, un adolescent vivant au Japon à l'ère Taisho (1912-1926), qui devient chasseur de démons après le massacre de sa famille par ces créatures assoiffées de sang humain. L'œuvre combine le parcours initiatique du héros, un thème récurrent des mangas pour adolescents, avec des valeurs positives comme l'amour fraternel, l'amitié et la lutte du bien contre le mal, qui ont réchauffé le coeur des spectateurs japonais en pleine pandémie.

Manga à succès

"Autrefois, la figure du démon servait à incarner des maux invisibles et effrayants pour les hommes, comme les maladies et les épidémies", notamment la variole, ce qui a particulièrement résonné avec l'actualité, selon Yuka Ijima, maître de conférence en manga et psychologie à l'université Daito Bunka.

Le manga à l'origine de Demon Slayer, publié dans l'hebdomadaire Weekly Shonen Jump de 2016 à 2020, a encore gagné en popularité avec la diffusion en 2019 d'une adaptation en série animée. Puis ses ventes en librairie se sont envolées au printemps dernier, quand la population japonaise était appelée à rester chez elle à cause de la pandémie. Cette oeuvre a ainsi réussi à séduire aussi bien les enfants que les adultes, qui avaient beaucoup de temps et disposent d'un pouvoir d'achat plus important, a estimé Mme Ijima lors d'une récente conférence de presse.

Enfin le long-métrage, dont le lancement était initialement prévu au printemps, est sorti en octobre, "au moment où régnait un certain sentiment de sécurité" au Japon, avec un nombre de cas de contaminations quotidiens en relative baisse, a encore relevé la chercheuse.

"Tout le monde en parle"

Pour Kei, un jeune homme de 25 ans venu voir cette semaine le film à Tokyo avec sa soeur, "son succès est dû à la beauté et à la singularité de l'animation. C'est vraiment créatif", déclare-t-il à l'AFP. Plus loin, un groupe d'amies expliquent avoir voulu voir le film car "tout le monde en parle" au Japon, tout en assurant ne pas craindre d'attraper le Covid-19 au cinéma.

L'effet est en effet amplifié par le bouche-à-oreille et une habile campagne marketing. Des partenariats avec des marques, magasins et restaurants rendent le film omniprésent dans la vie des Japonais. Le choix de voix connues pour le doublage des personnages, et les chansons entêtantes de la bande originale ont également contribué à son succès. Le film, qui a déjà réalisé plus de 22,5 millions d'entrées au Japon, est aussi déjà diffusé ailleurs en Asie. Il est attendu l'an prochain aux Etats-Unis et en Europe.

Le phénomène en salles a aussi bénéficié à l'oeuvre originale: de longues files d'attente se sont formées devant les magasins début décembre à la sortie du 23e et dernier tome du manga, dont l'ensemble de la série a déjà tiré à plus de 120 millions d'exemplaires. Traduit en 14 langues et disponible dans 33 pays et régions, selon sa maison d'édition Shueisha, il connaît aussi le succès à l'étranger. Selon l'institut de recherche Dai-ichi Life, la franchise aurait déjà généré 270 milliards de yens (2,1 milliards d'euros) en prenant en compte entrées en salles, ventes de mangas et produits dérivés.

J.L. avec AFP