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Comment dessiner le Joker

Le Joker par le dessinateur américain Lee Bermejo

Le Joker par le dessinateur américain Lee Bermejo - Urban Comics

L'Américain Lee Bermejo, auteur de deux des meilleures histoires du Joker, raconte à BFMTV comment dessiner le fameux ennemi de Batman.

Le dessinateur américain Lee Bermejo a imaginé deux des meilleures histoires du Joker avec son complice le scénariste Brian Azzarello: Joker (2018) et Batman Damned (2019). Venu à Paris fin octobre à l'occasion du Comic-Con et de la sortie de Lee Bermejo inside: En terrain obscur, un beau livre retraçant sa carrière, il raconte à BFMTV comment dessiner le fameux ennemi de Batman.

"Quand je commence à le dessiner, je pense d’abord à ses yeux", explique Lee Bermejo. "J’aime bien qu’il ait dans ses yeux de la folie, de la maladie. Je pense à la silhouette d’un clown. J’aime beaucoup la chevelure des clowns, qui est le plus souvent une perruque un peu bouclée. J’aime cette silhouette désordonnée, brouillonne du personnage. Quand je dessine le Joker, je pense avant tout à ces éléments."

Le meurtre de l'actrice Elizabeth Short, alias le célèbre Dahlia noir, l'a aussi beaucoup influencé pour imaginer le sourire du Joker: "Au milieu du Dahlia noir de James Ellroy, il y a de véritables photos de la scène de crime. Je me souviens avoir vu aussi des images de la victime à la morgue. On pouvait voir les incisions sur son visage. Elles étaient si profondes que sa mâchoire était déboîtée. Sa bouche ressemblait à un sourire béant. Je me souviens que je me suis dit que c’était parfait pour le Joker. C’est perturbant, c’est violent, c’est aussi étrangement ridicule."

"Il devient plus effrayant quand il a une plus grande palette d’émotions"

Pour la démarche du personnage, il a puisé dans l’interprétation de Christopher Walken dans King of New York d’Abel Ferrara. Notamment sa manière de marcher dans ce film:

"Il y a une scène où il vient de sortir de prison", se souvient le dessinateur. "Il est dans son appartement, très snob. Tous ces gangsters arrivent. La manière dont c’est filmé donne l’impression que c’est très lent. On peut penser qu’il y a de la tension, mais il les regarde d’une manière très calme, très rigide, puis il commence à danser. C’est un moment complètement fou. C'est un moment très calme mêlé à une énergie très intense. Je pense que c’est important pour le Joker. A la TV comme au cinéma, il est toujours en tension, il est toujours surexcité. J’ai l’impression que pour que cela fonctionne on doit aussi voir quand il est au plus calme."

Adepte d'un trait réaliste, Lee Bermejo a-t-il voulu montrer un Joker moins cartoonesque et plus humain? "Je ne sais pas s’il est plus humain, mais il devient plus effrayant quand il a une plus grande palette d’émotions", souligne-t-il. Lui veut le montrer tel qu'il est vraiment, dans toute sa cruauté: "Oui, car c'est un personnage que les gens ont tendance à aimer… Je me souviens de discussions avec Brian [Azzarello] où on se demandait pourquoi un tel gars avait des acolytes. Qui voudrait côtoyer un tel personnage? C’est un complet psychopathe."

Jérôme Lachasse