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Thierry Frémaux appelle à sauver les salles de cinéma, qui sont "en danger"

Thierry Frémaux, délégué général du festival de Cannes, au Palais des festivals, à Cannes, le 27 octobre 2020

Thierry Frémaux, délégué général du festival de Cannes, au Palais des festivals, à Cannes, le 27 octobre 2020 - Valery HACHE © 2019 AFP

Alors que les salles de cinéma fêtent ce lundi leur 125e anniversaire, le directeur du Festival de Cannes rappelle dans une tribune qu'elles sont "en danger" en raison de la crise sanitaire.

Alors que les salles de cinéma fêtent ce lundi leur 125e anniversaire, Thierry Frémaux a lancé un appel afin de les sauver, à l'heure où la crise sanitaire empêche leur ouverture.

Le directeur du Festival de Cannes et de l'Institut Lumière a publié samedi une lettre ouverte dans le Journal du Dimanche, dans laquelle il souligne que les salles obscures sont un lieu essentiel pour se réunir et "partager des émotions".

"Le 28 décembre, les salles de cinéma auront donc 125 ans. Et cette célébration se fera avec tristesse. Car pour la première fois elles sont en danger. Ce que deux guerres mondiales n'ont pu faire, un virus y est parvenu, insidieusement, dans un stop-and-go infernal", déplore-t-il. "Deux fois, en 2020, les cinémas ont fermé leurs portes et éteint leurs écrans. Il y aurait eu, lundi, meilleure manière de les fêter".

Le streaming dans le viseur

"Comme si cela ne suffisait pas, les exploitants et les amoureux des salles doivent regarder les plateformes faire main basse sur les trésors de famille, les films, les cinéastes et les cinéphiles", ajoute Thierry Frémaux, en référence aux plateformes de streaming, sur lesquelles finissent par sortir de nombreux longs-métrages, à l'origine prévus pour les salles obscures.

Dernier fait en date qui a provoqué la colère des cinéastes: les studios Warner Bros ont décidé de diffuser l'an prochain tous leurs films simultanément en vidéo à la demande sur HBO Max et dans les cinémas, afin d'amortir l'impact économique de la pandémie. Une décision qui concerne notamment les très attendus Matrix 4 et Dune.

"Partager les émotions du monde"

Thierry Frémaux souligne, dans sa tribune, le soutien du public. "Dans l'attente fébrile de 2021, les spectateurs, eux, ont parlé. Ils sont revenus lors du premier déconfinement, ils étaient prêts à le faire à nouveau le 15 décembre pour le deuxième, et ils reviendront à la première occasion", assure-t-il, ajoutant que "Lumière a inventé les salles, le public les réinvente".

"Ce dont les gens avaient besoin, c'était d'être ensemble pour partager les émotions du monde. Les plateformes, qui ne peuvent pas se passer de nous, ne sont pas la revanche d'Edison: la télévision est là depuis les années cinquante. Le cinéma en a vu d'autres". Thierry Frémaux estime également que le public a "toujours besoin" d'émotions "collectives".

"Nous voulons retourner dans un cinéma où il n'y a pas de bouton pause. Voir, sur un grand écran, un film que nous découvrirons. Assis à côté de quelqu'un que nous ne connaissons pas. Retrouver les promesses que le cinéma a toujours tenues et qui ne disparaîtront jamais", conclut-il.

Nawal Bonnefoy