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Seul sur Mars: bien plus réaliste que Gravity ou Interstellar

Le film résiste-t-il à la rigueur de l'examen scientifique? Son scénario est-il plausible? Des scientifiques portent un œil critique, mais plutôt bienveillant, sur certains moments clefs du film. Attention spoilers!

Seul sur Mars, mais la science avec lui. Le dernier film de Ridley Scott, qui sort mercredi, se targue d'une collaboration scientifique de haut vol. Rien de moins que celle de la Nasa. L'agence spatiale américaine surfe sur la vague pour relancer l'intérêt du public autour de son projet d'envoyer une personne sur la planète rouge à l'horizon 2030. Et force est de constater qu'en dépit de menus arrangements avec la réalité pour servir l'intrigue, le film s'en sort plutôt bien du point de la véracité scientifique. Passage en revue des bons points et d'autres, plus discutables.

> La tempête martienne

Le pitch. Une effroyable tempête martienne est le point de départ du scénario et des tracas de Mark Watney, alias l'acteur Matt Damon. Lors d'une sortie en vue d'effectuer un décollage en catastrophe, le botaniste est projeté par les vents en furie et laissé pour mort après que ses capteurs biométriques ont cessé de fonctionner. De telles tempêtes sont-elles réellement observables sur Mars?

L'avis des scientifiques. "Oui", répond Jean-Michel Alimi, directeur de recherche au CNRS à l'Observatoire de Paris. Mais selon le scientifique, "du fait d'une atmosphère très peu dense, une grosse tempête est peu probable". Michel Viso, responsable du programme d'exobiologie (l'étude des possibilités de vie dans l'univers extraterrestre) au Cnes (Centre national d'études spatiales), précise que l'atmosphère martienne est "100 fois moins dense que celle de la Terre". Ainsi, explique le scientifique, le "vent capable d'arracher un chêne sur Terre ferait bouger un brin d'herbe sur Mars".

C'est bien là l'un des passages les plus scientifiquement réfutables. D'ailleurs, Andy Weir, l'auteur du livre qui a inspiré le film, l'admet volontiers.

> La culture de la pomme de terre en sol martien

Le pitch. Dans Seul sur Mars, le héros récupère dans la nourriture laissée par la mission des pommes de terre (qui portent bien leur nom) qu'il cultive pour tenter de survivre. En guise d'engrais, il utilise ses propres excréments.

L'avis des scientifiques. "L'utilisation des excréments pour faire pousser des cultures est quelque chose de classique. On utilise généralement des excréments animaux, ça s'appelle le fumier ou l'amélioration des sols. Les selles contiennent de la matière organique qui va permettre de transformer le sol de façon à ce que la plante puisse absorber les éléments qu'il contient", explique Michel Viso. Mais bien sûr la composition du sol martien n'est pas la même que celle de la Terre. "Le sol martien est extrêmement oxydant, composé essentiellement de silice, autrement dit du sable. Et il contient des perchlorates, quelque chose qui ressemble un petit peu à l'eau de javel même si on ne sait pas exactement en quelle quantité", souligne le biologiste.

Au final, le scientifique "n'est pas sûr que l'utilisation d'excréments soit suffisante pour contrebalancer l'oxydation et la pauvreté du sol lui-même". "C'est difficile, mais pas impossible", nuance-t-il cependant.

> Se procurer de l'eau sur Mars

Le pitch. L'eau est une question cruciale pour la survie de notre astronaute coincé sur Mars. Dans le film, il récupère le précieux liquide en captant les gouttelettes qui ruissellent le long de bâches en plastique. Notons aussi que le film a été conçu avant l'annonce, fin septembre, de la découverte d'eau liquide sur la planète rouge par la Nasa. Ridley Scott s'est d'ailleurs félicité du timming dans une interview au Guardian, car il aurait alors sans doute dû revoir une scène clef de son nouvel opus. 

L'avis des scientifiques. Récupérer de l'eau dans l'atmosphère martienne n'est pas si simple. Le chercheur précise que "la teneur en eau dans l'atmosphère martienne est infinitésimale, et l'atmosphère est composée à 96% de gaz carbonique et d'argon, gaz neutre". Pour capter de l'eau ainsi, il faudrait "de très larges surfaces collectrices" pour récupérer la condensation. Mais étant donné la pression atmosphérique martienne très faible, le risque est de voir l'eau se retransformer immédiatement en vapeur. Une solution, toutefois assez difficile à mettre en oeuvre, serait de "racler le givre qui se forme sur les roches martiennes et dont la sonde Viking avait déjà observé le dépôt", résume Michel Viso.

En tout état de cause, "des systèmes de récupérations et de recyclage seraient plus indiqués pour fonder un habitat martien", continue l'exobiologiste. Cette voie a la préférence des scientifiques et fait l'objet de nombreux travaux comme ceux de l'ESA (Agence spatiale européenne).

> La production d'oxygène à partir de carburant

Le pitch. Dans le film, l'astronaute abandonné fabrique de l'oxygène en faisant brûler de l'hydrazine qui n'est autre qu'un composé entrant dans la composition du carburant des vaisseaux spatiaux. Est-ce possible?

L'avis des scientifiques. "C'est chimiquement viable", assure là encore Michel Viso, qui ne saurait en revanche dire quelle quantité serait nécessaire pour arriver à un résultat correct. "On n'a très peu de données sur la question", avance-t-il en rappelant que Seul sur Mars reste évidemment une fiction.

"Ce film se rapproche le plus de ce que serait pour moi un western moderne avec certes des invraisemblances, mais avec une solide documentation et un monde qui nous est accessible intellectuellement, contrairement à Gravity, beaucoup plus inventé, ou Interstellar, qui était dans l'irréel total".

> La bidouille pour renouer le contact avec la Terre

Le pitch. Autre partie de bravoure pour le héros du film, la récupération d'éléments d'engins spatiaux abandonnés pour se chauffer et rétablir une communication avec la Terre. Là encore, les scénaristes montrent une bonne connaissance du dossier.

L'avis des scientifiques. "Oui, c'est très amusant. Il récupère deux choses. Tout d'abord, une source d'énergie pour se chauffer à partir d'un RTG ou Radioisotope Thermoelectrioc Generator. C'est la source d'énergie de Curiosity qui est à la base de la décomposition du plutonium, donc une source atomique", précise l'exobiologiste. Un usage parfaitement plausible, donc. Même s'il vaut mieux ne pas "garder le RTG sur les genoux".

Quant au second coup de génie de notre MacGyver de l'espace, à savoir récupérer le système de communications et la caméra de la sonde Pathfinder qui s'est posée sur Mars en 1997, cela semble "pas impossible, mais très romancé". "Remettre en route quelque chose qui a bientôt 20 ans, avec une technologie qu'on n'a plus forcément, des logiciels qui ont depuis disparu" paraît peu probable. "En revanche, Pathfinder possédait effectivement un système de communication directe avec la Terre. A condition que les grandes antennes du DSL (Deep Space Network) de la Nasa, autrement dit le réseau d'écoute du ciel profond, soient activées et pointent dans la bonne direction", renchérit le scientifique.

>> Ci-dessous la bande-annonce en français