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Polémique Polanski: Virginie Despentes éreinte les César dans une tribune au vitriol

Virginie Despentes en novembre 2010

Virginie Despentes en novembre 2010 - Thomas Samson - AFP

La romancière apporte son soutien à Adèle Haenel et s'en prend aux César, qui ont sacré Roman Polanski vendredi soir. Une récompense dans laquelle elle voit une expression du "contrôle" des "puissants".

Trois jours après la cérémonie des César, le prix de meilleur réalisateur attribué à Roman Polanski et la sortie indignée d'Adèle Haenel, Virginie Despentes prend la parole. Dans une tribune au vitriol publiée ce lundi par Libération, la romancière féministe s'adresse aux "puissants, aux boss, aux chefs, aux gros bonnets", et les accuse de vouloir exercer leur "contrôle" en se rangeant du côté du cinéaste accusé de violences sexuelles. 

"Il n'y a rien de surprenant à ce que l'Académie des César élise Roman Polanski meilleur réalisateur de l’année 2020", écrit-elle. "C'est grotesque, c'est insultant, c’est ignoble, mais ce n’est pas surprenant. Quand tu confies un budget de plus de 25 millions à un mec pour faire un téléfilm, le message est dans le budget."

L'autrice de King Kong Théorie cite les nombreux investisseurs de J'accuse, film d'époque sur l'affaire Dreyfus pour lequel Roman Polanski a été récompensé: "Gaumont Distribution, les crédits d’impôts, France 2, France 3, OCS, Canal +, la RAI… (...) Vous serrez les rangs, vous défendez l'un des vôtres."

Elle s'adresse ensuite "aux plus puissants": "C'est exactement à cela que ça sert, la puissance de vos grosses fortunes: avoir le contrôle des corps déclarés subalternes (...) "Le temps est venu pour les plus riches de faire passer ce beau message: le respect qu’on leur doit s’étendra désormais jusqu’à leurs bites tachées du sang et de la merde des enfants qu’ils violent."

La colère d'Adèle Haenel, image de la soirée

La 45e cérémonie des César s'est déroulée vendredi soir dans une salle Pleyel sous tension. Les 12 nominations de Roman Polanski, qui a reconnu un détournement de mineure et est accusé de violences sexuelles par une dizaine de femmes, ont déclenché une controverse, à l'heure où le cinéma français fait son #MeToo. Adèle Haenel, qui accuse elle-même le réalisateur Christophe Ruggia d'attouchements et de harcèlement lorsqu'elle avait 12 à 15 ans, a quitté la salle lorsque Roman Polanski a été sacré meilleur réalisateur. 

"Tous les corps assis ce soir-là dans la salle sont convoqués dans un seul but: vérifier le pouvoir absolu des puissants", poursuit Virginie Despentes. "Vous savez très bien ce que vous faites quand vous défendez Polanski: vous exigez qu’on vous admire jusque dans votre délinquance."

Et de dénoncer une inégalité de traitement, selon le statut social de la personne accusée: "Si le violeur d’enfant c’était l'homme de ménage alors là pas de quartier: police, prison, déclarations tonitruantes, défense de la victime et condamnation générale. Mais si le violeur est un puissant: respect et solidarité.(...) Toutes les victimes de viol d’artistes savent qu’il n’y a pas de division miraculeuse entre le corps violé et le corps créateur."

"On se lève et on se casse"

Virginie Despentes conclut en saluant la sortie d'Adèle Haenel, et y voit "une image annonciatrice des jours à venir:"

"On ne restera pas assis sans rien dire. Vous n’aurez pas notre respect. On se casse. Faites vos conneries entre vous. Célébrez-vous, humiliez-vous les uns les autres tuez, violez, exploitez, défoncez tout ce qui vous passe sous la main. On se lève et on se casse."
Benjamin Pierret