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Miraï, ma petite sœur, le nouveau chef d'œuvre de Mamoru Hosoda, le maître de l’animation japonaise

Miraï

Miraï - Wild Bunch

Le cinéaste, connu pour Les Enfants Loups et Le Garçon et la Bête, sort ce mercredi 26 décembre son nouveau film, présenté cette année à Cannes et Annecy.

Depuis douze ans, Mamoru Hosoda sort avec la régularité d’un métronome un film tous les trois ans. Après La Traversée du temps en 2006, Summer wars en 2009, Les Enfants Loups en 2012 et Le Garçon et la Bête en 2015, le maître de l’animation japonaise dévoile ce mercredi 26 décembre dans les salles françaises son nouveau projet: Miraï, ma petite sœur.

Présentée cette année au Festival de Cannes et à Annecy, cette tendre chronique retrace la relation entre un garçon de 4 ans, Kun, et Miraï, sa petite sœur qu’il voit débarquer d’un mauvais œil. Au cours du film, Kun voyage dans l’espace et le temps où il rencontre un ancêtre et Miraï adulte. Lorsqu’il revient à la réalité, le garçonnet commence à s’adoucir.

Si Summer wars était inspiré par son mariage et sa belle famille et Les Enfants Loups par des amis jeunes parents, Miraï, ma petite sœur est en grande partie inspiré par sa vie personnelle et les relations de son fils avec sa fille.

"Je ne m’attendais pas à devenir un réalisateur autant inspiré par la vie privée", dit Mamoru Hosoda. "Il est très intéressant de faire des films à partir de ses propres expériences. Le plus important est de savoir quel aspect de la vie montrer au cinéma, avec quelles approches. En ce moment, je passe beaucoup de temps avec mes enfants, c’est ce que j’ai voulu montrer dans le film. Le film exagère peut-être, mais il montre très bien notre époque"

Une maison comme un théâtre romain

La réussite de Miraï tient aussi dans le décor principal du film, une étrange maison d’architecte située sur un terrain incliné qui se démarque par l’absence de cloisons entre les pièces.

"Je voulais qu’il y ait une vision d’ensemble de la maison. C’est pour cette raison que je n’ai pas mis de murs entre les pièces, mais des marches et des escaliers. Je voulais aussi en faire une scène de théâtre, comme à Rome, où il y avait des gradins. Tout en bas [de la maison], il y a la chambre d’enfants, comme si elle était la scène du théâtre", raconte Mamoru Hosoda, qui a travaillé avec un véritable architecte, Makoto Tanijiri, pour concevoir la maison.

Elle a d’ailleurs été imaginée dans les règles de l’art: le plan, disponible dans l’artbook du film, pourrait servir dans la réalité à condition de trouver un terrain légèrement en pente, précise le cinéaste.
Miraï
Miraï © Wild Bunch

Des œufs et Miyazaki

Au même titre que Kun et Miraï, la maison est un des personnages principaux du film. Construite à partir des planches d’une ancienne maison, elle symbolise la transmission entre les parents et les deux enfants.

"Je ne voulais surtout pas utiliser de nouveaux matériaux. Cette maison exprime la forme de la famille qui y habite", souligne Mamoru Hosoda. "Le monde de l’architecture est devenu comme cela. Il ne suffit pas de construire une belle maison. L’espace et la maison racontent des histoires. C’est pour cette raison que j’ai autant travaillé sur ces décors."

Les films de Mamoru Hosoda sont truffés de symboles similaires. Miraï ma petite sœur, comme son précédent Le Garçon et la Bête, sont fondés sur une opposition assez forte entre deux personnages. Pour renforcer cette tension, amenée ensuite à s’adoucir, il les place l’un en face de l’autre, de profil.

"J’utilise souvent, c’est vrai, ce cadrage. C’est en fonction de la relation entre les personnages que je décide de l’angle de la caméra, parce que c’est avec le cadrage que l’on peut donner un sens à un plan." Il désigne alors une scène du Garçon et la Bête où les deux personnages s’affrontent autour d’une table et d’un bol d’œufs: "Cette scène entre ce père et ce fils fictifs annonce que leur relation va évoluer plus tard et qu’ils vont devenir de vrais pères et fils."

Le Garçon et la Bête
Le Garçon et la Bête © Gaumont

Un détail dans cette scène anticipe cette réconciliation: les œufs. Un élément récurrent dans son œuvre, des films Digimon à Miraï, ma petite sœur:

"Maintenant que j’y pense, j’ai déjà utilisé des œufs dans mes films précédents. Dans Digimon, les personnages font cuire des œufs sur le plat. Ensuite, un œuf apparaît à l’intérieur de l’ordinateur. Dans Summer Wars, l’horloge a la forme d’un œuf. C’est vrai que j’utilise assez souvent les œufs comme le symbole de la naissance: c’est la source de toutes les choses. On sent dans Le Garçon et la Bête que leur relation commence là", analyse Mamoru Hosoda.

Ce produit fréquemment utilisé chez Hayao Miyazaki (Le Château dans le ciel, Le Château ambulant, Ponyo) n’est en aucun cas une référence au maître de Ghibli, avec lequel il a brièvement travaillé au début des années 2000 lorsqu’il devait réaliser Le Château ambulant: "À vraiment dire, je n’ai regardé ni Chihiro, ni Le Château ambulant, ni Ponyo. A chaque fois que je dis ça, les gens sont très étonnés, mais je pense que je n’ai absolument pas besoin de voir ces films!"

"Une sorte de guerrier"

Dans Le Garçon et la Bête comme dans Les Enfants Loups, Mamoru Hosoda met souvent en scène des personnages anthropomorphes, parfaits croisements entre l’humain et la bête: "La plupart des gens, surtout les adultes, pensent que le monde est celui des êtres humains. C’est complètement faux: le monde des êtres humains est éphémère. Les enfants arrivent à voir le monde différemment: pour eux, la nature, tout ce qui n’est pas des êtres humains, fait partie du monde. Croire que le monde est uniquement composé d’êtres humains est une pensée très arrogante. Ce genre de personnage nous fait comprendre qu’il existe un monde qui n’est pas fait que d’êtres humains. Grâce à ces personnages, nous pouvons être libérés de ces idées fixes." Une thématique également explorée dans Miraï, ma petite sœur lorsque le jeune Kun se métamorphose en chien.
Miraï
Miraï © Wild Bunch

Depuis Les Enfants Loups, Mamoru Hosoda a son propre studio, Chizu, qui lui garantit une certaine indépendance et à produit intégralement Le Garçon et la Bête et Miraï. Le réalisateur a trouvé cette forme de liberté, qu’il recherche depuis ses débuts:

"Depuis La Traversée du temps (2006), j’ai toujours fait des films qui ont été montés par moi-même. Avant ce film, je travaillais au sein du studio Madhouse. On me disait, même si j’appartenais à ce studio, que je détournais à chaque fois les films. Et avant, même si j’ai fait un film qui s’appelle Digimon, j’ai quand même réalisé mon propre film d’auteur. On se moquait presque de moi en me disant que je trompais la société, que j’étais une sorte de guerrier. Avec Les Enfants Loups, j’ai monté mon propre studio, c’était une sorte de déclaration officielle de ce que j’avais envie de faire. Avoir son propre studio veut dire que l’on est prêt à faire des films qui ne sont pas totalement commerciaux, parce qu’on privilégie le cinéma d’auteur. Le plus important pour notre studio est de faire des films qui nous permettent d’avoir un échange avec le public."

Jérôme Lachasse