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Mathieu Kassovitz, star de Sparring: "Je n'aime pas Les Tuche, mais ça doit être super bien payé"

Mathieu Kassovitz dans Sparring

Mathieu Kassovitz dans Sparring - Europacorps

A l'occasion de la sortie de son nouveau film, le comédien et réalisateur parle de son rapport à la boxe, de la disparition des gueules dans le cinéma français, de Munich de Steven Spielberg et des ... Tuche.

On n'a jamais vu Mathieu Kassovitz comme cela. Buriné, à bout de souffle, tout en muscle, le réalisateur de La Haine incarne dans son nouveau film, Sparring, un boxeur qui a remporté 13 matches et en a perdu 33. Ne lui dites surtout pas qu'il a fait son Rocky. Sparring est tout le contraire. Réalisé par Samuel Jouy, ce film qui sort mercredi 31 janvier raconte le quotidien des "ouvriers de la boxe", ces hommes qui réussissent à vivre de ce sport sans pour autant être des champions.

Le personnage de Mathieu Kassovitz, Steve Landry, est sparring partner. Il sert à l'entraînement d'un grand boxeur joué par Souleymane M’Baye, lui-même deux fois champion du monde poids super-légers. Mathieu Kassovitz connaît bien la boxe. Il pratique depuis une dizaine d'années la boxe thaï. Pour les besoins du film, il a appris la boxe anglaise et a disputé un vrai match en juin 2016. Celui dont le surnom est "Papa Kasso" dans le milieu a réalisé un match nul et s'est dit ravi de l'expérience.

A l'occasion de la sortie de Sparring, il a accepté de répondre aux questions de BFMTV.com. Il nous parle de son rapport à la boxe, de la disparition des gueules dans le cinéma français, de Munich de Steven Spielberg et même des... Tuche.

Vous faites de la boxe thaï depuis une dizaine d'années et vous avez dû apprendre la boxe anglaise pour jouer dans Sparring. C'est ce qui vous a intéressé dans ce projet?

Je ne fais pas de la boxe thaï, mais je la pratique comme un loisir depuis dix ans. J’ai rencontré des combattants et je suis rentré dans leur univers. Je ne peux pas combattre en boxe thaï, parce qu’elle demande un endurcissement que je n’ai pas fait quand j’avais 15 ans. Quand tu commences à 40 ans et que tu prends des coups, tu ne peux pas t’en remettre aussi facilement [qu'à 15]. L’anglaise était la seule boxe où je pouvais imaginer être en compétition, parce que c’est une boxe d’évitement. J’avais dit à mon agent que s’il y avait un film sur le boxe, ça m’intéressait. C'est elle qui m’a envoyé le scénario, que j’ai trouvé intéressant”

Faire un film de boxe, c’était un rêve?

Non, mais tous les acteurs veulent faire des rôles de boxeurs.
"Je ne peux pas combattre en boxe thaï"

Quelles sont les différences entre la boxe thaï et la boxe anglaise?

Ce n’est pas du tout le même sport. La boxe thaï est une boxe d’affrontement, qui est faite pour casser l’adversaire. La boxe anglaise est plus un jeu d’échec à mettre en place. C’est plus stratégique.

Comment s'est déroulé votre entraînement avec Souleymane M’Baye?

Le rôle a été écrit pour un acteur, mais comme on a décidé de vraiment porter les coups et de boxer, c’était un tout petit peu difficile de mettre deux amateurs ensemble qui se tapent dessus. L'autre acteur était aussi nerveux que moi et il était plutôt réticent à boxer réellement. Quand on a commencé à se taper dessus, on a failli se blesser. Travaillant avec Souleymane, j’ai dit à Sam [le réalisateur, NDLR] que j’étais en confiance totale avec lui et que si on s’entraînait pendant trois mois, on pourrait se mettre des coups.

Affiche de Sparring avec Mathieu Kassovitz
Affiche de Sparring avec Mathieu Kassovitz © Europacorps

Il y a une réplique intéressante dans le film. On vous demande quel est votre style de boxe. Vous répondez: "J'encaisse". Et le personnage vous dit: "C’est pas un style".

La boxe, ce n’est pas ça. Les vrais boxeurs, ceux qui gagnent des prix, ce sont des mecs qui dansent et ne veulent pas se faire toucher. Ils veulent être beau après le combat. Dans les films de boxe, ils font toujours des chorégraphies. Quand ils ont essayé sur Rocky, Stallone s’est fait casser la mâchoire. C’est très rare de boxer réellement dans un film. Il faut trouver des acteurs qui ont envie de se taper dessus pendant plusieurs jours d’affilée, d’apprendre ce métier et de rentrer le soir avec l’œil au beurre noir. En même temps, il faut aussi que la production arrive à assurer le film au cas où quelqu’un se fait casser la mâchoire ou a un œil au beurre noir et ne peut pas tourner pendant une semaine car il n’est plus raccord. Quand on fait un film sur les ouvriers de la boxe, c’est important. Et en tant qu’acteur, si on me demande comment je me prépare pour un rôle de boxeur, je répond que je fais de la boxe. Comment je me préparerais pour un rôle de pompier? J’irais trois semaines chez les pompiers.

"Pour Munich, on a travaillé avec les mecs du Mossad"

Vous le faites à chaque fois?

Si vous me proposez des trucs excitants. Quand j’ai fait un film sur le GIGN, je suis allé plusieurs mois avec le GIGN [pour L'Ordre et la Morale, NDLR]. J’ai appris à tirer, à faire des trucs, parce que j’aime ça.

Pour Munich, vous avez appris à faire des bombes?

Pour Munich, on a travaillé avec les mecs du Mossad qui nous ont appris des techniques de base d’intervention. Les mecs nous ont dit: si tu sors ton arme, c'est parce que tu sais que tu vas tuer. Et le mec en face de toi doit savoir que tu vas tuer, parce qu’il connaît ta technique. Si tu sors ton arme, c’est que tu es prêt à tirer. Être acteur, ça te permet de travailler plusieurs vies.

Le comédien Yves Alfonso, décédé récemment, est à l'affiche de Sparring. C'était une des dernières gueules du cinéma français...

Les dernières partent… Le cinéma a tellement changé que l’on n'a plus le temps d’installer les "seconds couteaux" comme on les appelait à l’époque. Pour un Jean Bouise, il y avait un Jean Rochefort et pour un Yves Alfonso, il y avait un Belmondo. Il y avait toujours la version "star" de celui qui aurait pu réussir parce qu’ils étaient similaire, mais n’est pas allé au bout. Ce sont des gens qui ont malgré tout vécu une magnifique vie. C’était important d’avoir Yves dans le film. On a pensé à lui parce qu’il avait ce truc de vieux boxeur, de mec qui finit dans son pavillon tranquille alors qu’il a rencontré le monde entier.
"J'adorerais jouer dans Les Tuche"

A l'image de Sparring, vous avez souvent joué des personnages qui vivent dans les marges: dans Un héros très discret, Un illustre inconnu, Une vie cachée ou Le Bureau des Légendes...

J’ai une personnalité que j’ai fait passer dans mes films et dans mes interviews. Ça marque les réalisateurs, qui viennent me chercher. Ils savent que je ne suis pas poli et pas propre. Ils peuvent me coller dans des rôles un peu en marge. Le spectateur ne doit pas être trop surpris de me voir évoluer dans ce genre de personnage. Il serait très surpris de me voir évoluer dans … Les Tuche (rires).

Ce serait amusant de vous voir dans Les Tuche.

J’adorerais.

Vous aimez bien Les Tuche?

Non, mais ça doit être super bien payé.

Vous aimeriez jouer qui?

Un méchant dans Les Tuche 4 au Brésil! (rires)

Jérôme Lachasse