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Le Chant du Loup avec Omar Sy: "Quand vous êtes en mer, vous êtes entre la vie et la mort"

Omar Sy et Mathieu Kassovitz dans Le Chant du loup

Omar Sy et Mathieu Kassovitz dans Le Chant du loup - Pathé

Le scénariste de Quai d'Orsay signe son premier long-métrage, une spectaculaire plongée dans le monde des sous-marins nucléaires. Un film qu'il a voulu le plus réaliste possible.

Entre 2010 et 2013, Antonin Baudry a rencontré un immense succès en racontant d’une manière satirique mais réaliste les coulisses du ministère des Affaires étrangères de Dominique de Villepin dans une BD et un film. Dix ans plus tard après Quai d’Orsay, le diplomate devenu scénariste revient avec Le Chant du Loup, son premier long-métrage en tant que réalisateur.

S’il s’intéresse toujours aux arcanes du pouvoir et aux serviteurs de l’État, le ton a changé. Quai d’Orsay était une comédie enlevée, rythmée par les bons mots du ministre Taillard de Vorms et la souplesse du trait de Christophe Blain, Le Chant du Loup est un thriller captivant sans cesse sur le fil du rasoir.

Un engrenage dramatique

Situé en France à une époque indéterminée, dans le milieu des sous-marins nucléaires, il suit le parcours d’une jeune recrue capable de reconnaître tous les sons qu’il entend. Un jour, lors d’une mission, alors que son équipage compte sur lui, il commet une erreur qui enclenche un engrenage dramatique…

Entouré notamment par François Civil, Omar Sy et Mathieu Kassovitz, Antonin Baudry retranscrit le climat anxiogène des années 2010, en racontant des événements qui pourraient se dérouler au moment même où le film est projeté dans les salles obscures: "J’ai voulu raconter une histoire qui puisse se passer aujourd’hui, se passer dans cinq ans ou s’être passé ce matin sans qu’on s’en rende compte." Il ajoute:

"Nous vivons dans un monde où l’humanité peut s’autodétruire. Ce qui n’était pas le cas à d’autres époques. Les Etats-Unis viennent de sortir du traité de non-prolifération de 1987. Ça veut dire qu’une nouvelle course aux armements va être lancée. On vit dans un monde où la menace nucléaire existe. Je ne dirais pas qu’elle est quotidienne, parce que les mécanismes fous font que cela prend toujours un peu de temps avant que les engrenages ne se mettent en place, mais c’est une menace qui est là. C’est aussi la raison d’être de ce film: que l’on soit tous bien conscients de ça."

"Vous êtes entre la vie et la mort"

Cette prise de conscience n’était pas à l’origine du projet. Antonin Baudry raconte avoir été marqué par une visite d’un sous-marin il y a quelques années.

"J’ai été frappé par le son du sous-marin”, se souvient le réalisateur. "C’est le son qui m’a donné envie de faire le film. Ça m’a passionné. J’ai fait beaucoup d’immersions [avant d’écrire]. J’ai passé pas loin d’une trentaine de jours sous l’eau, en plusieurs fois, à observer, à comprendre, à écrire, à travailler. Ensuite, il y a eu une période d’écriture où j’ai développé l’histoire et les personnages, la tragédie que j’avais en tête."

Le réalisateur détaille: "Je parle de tragédie, parce que c’est un monde où la confiance et l’amitié entre les différents personnages vont très loin. Ils sont amenés à être enfermés pendant soixante dix jours sous l’eau lors de leurs missions. Ils sont toujours ensemble. Ils ont une connaissance intime les uns des autres. Leur sens du devoir peut retomber et les amener à prendre des décisions d’ordre tragique."

François Civil dans Le Chant du Loup
François Civil dans Le Chant du Loup © Copyright Julien Panié

Le film s’ouvre ainsi sur une citation d’Aristote: "Il y a trois sortes d'hommes: les vivants, les morts et ceux qui vont sur la mer." Une citation qu’Antonin Baudry affectionne tout particulière et qui résume la mission dans laquelle sont embarqués les hommes de son film.

"Quand vous êtes en mer, vous êtes un peu comme le chat de Schrodinger dans les expériences quantiques: vous ne savez pas très bien si vous allez revenir ou pas. Vous êtes entre la vie et la mort, ni vivant ni mort", dit-il.

"Aucun moyen de se défendre"

Si le film est une tragédie, où les conflits sont réglés par la parole, c’est aussi un récit d’action, d’aventure où la confrontation directe et violente peut être inévitable.

"J’ai beaucoup discuté avec les sous-mariniers. Ils m’ont raconté que la pire chose qui pouvait leur arriver était d’être repéré par un hélicoptère qui reste au-dessus d’eux, trompe leur sonar et les suive au fur et à mesure. Si l’hélicoptère leur lance des grenades, ils n’ont aucun moyen de se défendre. Que peuvent-ils faire dans ces conditions? Un sous-marinier a fini par me dire que la seule solution était de faire surface, de prendre ce que l’on trouve dans le bateau et d’essayer de tirer sur l’hélicoptère. Même si cela ne devrait pas avoir lieu, parce qu’il n’est pas prévu qu’un sous-marin se batte contre un hélicoptère, c’est ce qui se passerait si les gens étaient acculés dans cette situation."
François Civil et Paula Beer dans Le Chant du Loup
François Civil et Paula Beer dans Le Chant du Loup © Copyright Julien Panié

Un casting qui fonctionne comme un équipage

L’anecdote figure dans Le Chant du loup, qui suit des militaires, des hommes de mission, d’engagement. Antonin Baudry a rassemblé les acteurs dans ce sens:

"Mon objectif était d’avoir un casting composé de personnalités fortes qui puissent faire une famille tout en étant extrêmement différents les uns des autres. La difficulté n’était pas d’avoir la bonne personne pour le bon personnage, mais un ensemble qui fonctionne comme un équipage."

Cet équipage est uniquement masculin, hormis la présence, dans quelques scènes, de l'actrice allemande Paula Beer. "Ce que j’ai observé, quand j’ai plongé dans les sous-marins, c’est un univers d’hommes", répond Antonin Baudry.

"Je pense que dans un film l’authenticité et la sincérité sont importants. Je n’ai pas voulu changer les choses. J’ai vu un univers d’hommes, j’ai voulu dépeindre un univers d’hommes. Et cela dit je suis persuadé que les femmes peuvent aimer ce film, si ce n’est davantage que les hommes."
Jérôme Lachasse