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Festival Lumière: Catherine Deneuve dédie son prix aux agriculteurs

L'actrice de 72 ans a reçu le prix Lumière, ce vendredi soir, à Lyon. Elle est la première femme a être honorée par le Festival lancé en 2009.

Catherine Deneuve a reçu vendredi à Lyon le Prix Lumière. Une actrice qui a le goût de l'aventure, "originale" comme dit Vincent Lindon et qui a dédié son prix non pas aux réalisateurs qu'elle aime inconditionnellement mais aux agriculteurs.

Il aura fallu attendre huit ans pour que le Festival Lumière honore une femme, qui plus est actrice. Deneuve, 72 ans, succède ainsi à Martin Scorsese.

"Elle parle à toute allure comme s'il fallait se débarrasser au plus vite (...) les autres ont l'air un peu figé à côté, enfin pas tous, pas Gérard, pas Marcello", lui a lancé Vincent Lindon devant l'assistance. Mademoiselle Deneuve", "vous êtes un peu plus qu'une femme (...) vous êtes tellement touchante, tellement originale, tellement rassurante", a-t-il poursuivi.

"Je dédie ce prix à tous les agriculteurs de France"

Vêtue d'une longue robe noire, laissant deviner son tatouage dans la nuque, Catherine Deneuve accompagnée de sa fille Chiara Mastroanni a reçu le prix des mains de Roman Polanski. "Je t'aime Catherine", lui a-t-il dit.

Dans la salle également, pour ne citer qu'eux: Marisa Paredes, la muse d'Almodovar, le réalisateur coréen Park Chan-wook, Quentin Tarantino, Christophe Honoré, Emmanuelle Bercot, Vincent Lindon, Benoît Maginel.

"Etre ici avec tous ses amis (..), tout ça est quand même assez bouleversant pour moi", a-t-elle confié. Et "dans tous les films que j'ai choisi de montrer à Lyon (pendant le Festival Lumière, ndlr), il y a un film de Raymond Depardon qui s'appelle Profils paysans et je dédie ce prix à tous les agriculteurs de France", a-t-elle ajouté, dans un hommage totalement inattendu à cette profession en grandes difficultés.

Plus tôt, lors d'une masterclass dans l'écrin du théâtre des Célestins, elle assurait pourtant ne pas être une "femme engagée".

"Je me suis engagée pour l'avortement, contre la peine de mort mais on ne peut pas dire que je sois vraiment une femme engagée". "Je ne me suis jamais engagée pour des politiques mais pour des causes". "Vous n'êtes pas très Donald Trump?", avait rebondi le réalisateur Bertrand Tavernier. Non, "à part la mèche"...

Une actrice discrète sur les tournages

Une parenthèse politique avant de revenir sur sa carrière. Ses choix: "c'est avant tout l'histoire et les metteurs en scène". "L'idée, c'est quand même de se laisser faire", "de s'abandonner un peu", a-t-elle expliqué lors de cet échange rare avec le public.

Citant Truffaut, Demy, Lars Von Trier, elle assume, SON réalisateur, celui qui la connaît le mieux, c'est André Téchiné. Elle apprécie tout particulièrement Ma Saison préférée: "j'ai beaucoup aimé la relation avec Daniel Auteuil, de frère/soeur".

Ne parlant presque jamais des autres acteurs, Catherine Deneuve a plutôt égrené sa relation avec les metteurs en scène. Concédant simplement que "son actrice fétiche" était Marylin Monroe.

Avant un film, elle ne travaille pas beaucoup le personnage mais relit le scénario, s'imprègne de l'histoire. Elle se réserve pour le tournage qui nécessite "une concentration assez immédiate".

"J'aime rentrer dans un cinéma et m'installer dans le noir"

Cinéphile boulimique, elle voit "pas mal de films français et asiatiques". Une confidence qui résonne forcément dans ce festival dédié aux films classiques et qui lui rend hommage. "J'aime rentrer dans une salle de cinéma et m'installer dans le noir, dans cette atmosphère, avec des gens que je ne connais pas. (...) J'ai la chance d'habiter un quartier où il y a beaucoup de cinémas".

Elle se souvient aussi de cette avant-première de La Grande Bouffe au festival de Cannes. Elle accompagnait l'équipe et particulièrement Marcello Mastroianni, père de sa fille Chiara.

"J'étais assez ahurie de la violence, il y a une femme qui a craché sur Ferreri (le réalisateur, ndlr). C'est un film dérangeant mais en même temps Cannes, c'est très particulier parce qu'à la fois c'est les gens de cinéma et, en même temps, c'est le public de la ville de Cannes." "Ils sont quand même particuliers" les Cannois, "c'est très différent la Côte d'Azur", continue-t-elle avant que Thierry Frémaux, directeur de l'Institut Lumière de Lyon et également délégué général du festival de Cannes, la coupe, mi-amusé mi-inquiet: "vous le tweetez pas, ça".
Romain Iriarte avec AFP