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Un "œil perdu pour avoir fait la fête": blessé lors de l'intervention de la police dans une soirée clandestine, il porte plainte

Mohamed, 20 ans, a été blessé lors de l'intervention des forces de l'ordre dans un pavillon où se tenait une fête réunissant 300 à 400 personnes en plein confinement. Il témoigne sur BFM Paris.

Cette soirée avait défrayé la chronique. En plein confinement, 300 à 400 personnes s'étaient réunies dans un pavillon de Joinville-le-Pont (Val-de-Marne) à l'occasion d'une fête clandestine. Alertée par le voisinage, la police était intervenue et avait procédé à l'évacuation des lieux, faisant usage de grenades de désencerclement. Touché par des fragments, Mohamed, 20 ans, a perdu l'usage de son œil. Il demande aujourd'hui que la responsabilité des fonctionnaires de police soit reconnue.

La jeune homme, visage caché derrière d'imposantes lunettes de soleil, a raconté la scène à BFM Paris. Il revoit la grenade:

"Elle est à mon pied. Et là, elle explose dans mon œil". "À ce moment-là, j'ai eu un choc, se souvient-il. J'ai cru que j'allais perdre la vie." Il mime: "La grenade rentre dans mon œil, comme ça. J'ai l'impression que ça creuse un trou dans mon visage."

Le jeune homme saigne et affirme avoir demandé de l'aide à un policier pour qu'il appelle les pompiers. "Il m'a dit: 'Non, désolé, ce n'est pas de mon ressort. Tu te démerdes'. Mot pour mot: 'Tu te démerdes'". Un ami cherche alors à lui venir en aide. "De toute façon, à ton ami, il lui reste un autre œil", se souvient avoir entendu Mohamed.

"Je n'avais pas à perdre un œil pour avoir fait la fête"

Les deux amis s'éloignent. Ils parviennent à joindre les pompiers. Mohamed est pris en charge et hospitalisé. Il sera opéré le lendemain matin.

"Je n'avais pas à être en soirée clandestine, reconnaît Mohamed, mais je n'avais pas à perdre un œil pour avoir fait la fête à 20 ans."

Un usage disproportionné de la force?

Maître Alain Guibère, son avocat, dénonce un usage disproportionné de la force. "Normalement, lorsqu'il y a une fête illégale, en raison de l'état d'urgence sanitaire, il y a un contrôle d'identité. On fait sortir les contrevenants un par un, on leur donne une contravention de 135 euros", a-t-il indiqué à BFM Paris.

"Il n'y a pas d'attaque, il n'y a pas de grenade, insiste-t-il. On n'est pas dans une situation où un forcené tient en joue une mémé ou quelque chose comme ça."

Mohamed a porté plainte pour violences volontaires en réunion par personne dépositaire de l'autorité publique avec usage d'arme. Le parquet de Créteil a ouvert une enquête. Elle a été confiée à l'IGPN, la police des polices.

Une plainte aussi du côté des policiers

Les policiers assurent pour leur part avoir été pris à partie au cours de la soirée alors qu'ils tentaient de mettre fin à une bagarre. "Ils ont été victimes de jets de projectiles et ils ont pu s'en sortir en faisant usage de grenades lacrymogènes", avait déclaré Julien Schenardi, secrétaire départemental 94 Alliance Police Nationale, sur BFMTV.

Les fonctionnaires ont déposé plainte pour violences sur personnes dépositaires de l'autorité publique. Une enquête a été ouverte et confiée à la sûreté territoriale pour tenter de retracer précisément les faits.

Simon Azélie avec Florian Bouhot