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Le chantier du CDG Express menacé par une décision de justice

Le CDG Express doit relier Paris à l'aéroport de Roissy en 20 minutes.

Le CDG Express doit relier Paris à l'aéroport de Roissy en 20 minutes. - JOEL SAGET / AFP

Le tribunal administratif a remis en question les deux grandes raisons d'être du projet, à savoir une meilleure desserte vers Roissy et les prochains Jeux olympiques de Paris 2024.

La justice administrative a partiellement annulé l'arrêté interpréfectoral autorisant les travaux du CDG Express, le train rapide qui doit relier l'aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle au centre de Paris, réfutant son "intérêt public majeur", selon une décision consultée lundi par l'AFP.

Une liaison "essentielle" pour le gouvernement

Le tribunal administratif de Montreuil (Seine-Saint-Denis) a plus spécifiquement annulé l'autorisation environnementale contenue dans cet arrêté, signé le 11 février 2019 par les préfets de Paris, Seine-Saint-Denis, Seine-et-Marne et Val-d'Oise.

L'autorisation octroyait une dérogation au code de l'environnement pour créer le CDG Express, une liaison de 32 km qui doit relier en 20 minutes la Gare de l'Est, dans le centre de Paris, au terminal 2 de l'aéroport de Roissy, moyennant pour les voyageurs un billet à 24 euros. Le gouvernement juge cette liaison "essentielle" à la compétitivité économique de Paris et de l'Ile-de-France et au report des déplacements de la route vers le rail.

La dérogation s'appuyait sur le principe sine qua non que le projet ferroviaire répondait à un "intérêt public majeur" et pouvait à ce titre traverser des zones où vivent des espèces protégées. Or, le tribunal a remis en question les deux grandes raisons d'être du projet, à savoir une meilleure desserte vers Roissy et les prochains Jeux olympiques de Paris 2024.

Effondrement du trafic aérien

Sa mise en service a d'abord été décalée à la fin 2025, afin de limiter les perturbations liées aux travaux pour les lignes de trains de banlieue au nord de Paris, en particulier le RER B. En outre, la pandémie de Covid-19 a fait s'effondrer le trafic aérien: le groupe Aéroports de Paris a annoncé fin octobre des prévisions alarmantes, avec un trafic qui pourrait plonger jusqu'à 70% en 2020.

Dans ce contexte, il n'apparaît pas "qu'une reprise de la croissance de trafic aérien puisse être anticipée à la date prévisible de mise en service de l'infrastructure litigieuse", pointe le tribunal dans son jugement.

Le projet du CDG Express ne peut donc être regardé "comme constituant une infrastructure indispensable, répondant, par conséquent, à des raisons impératives d'intérêt public majeur", a-t-il conclu.

Les travaux à l'arrêt

"C'est une belle victoire", s'est félicité auprès de l'AFP Me Corinne Lepage, avocate de la commune requérante de Mitry-Mory (Seine-et-Marne), qui demandait toutefois l'annulation totale de l'arrêté.

Sans dérogation, "ils sont obligés d'arrêter les travaux dans toutes les zones où il y a des espèces protégées", a estimé Me Lepage qui juge le projet "en grande difficulté" malgré la possibilité pour ses partisans de faire appel de la décision.

"Enfin le coup d'arrêt pour le #CDGExpress? Malgré les promesses de privilégier les transports du quotidien, l'Etat et la région s'entêtent!", a tweeté Julien Bayou, le secrétaire national d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV).

"Les chantiers non concernés par cette dérogation se poursuivent", a réagi dans un communiqué la filiale gestionnaire d'infrastructure chargée du CDG Express, précisant travailler à "identifier les adaptations nécessaires pour les autres chantiers".

B.R. avec AFP