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"On va décrocher": face aux coupes budgétaires, un sénateur alerte sur la dégradation des prévisions de Météo France

Dans une salle de Météo France à Toulouse le 2 juin 2021

Dans une salle de Météo France à Toulouse le 2 juin 2021 - Fred SCHEIBER © 2019 AFP

Depuis 10 ans, l'organisme public connait des coupes budgétaires drastiques. Une commission sénatoriale appelle à redonner un bol d'air à Météo France dont le rôle n'a jamais été aussi important avec le réchauffement climatique.

Il faut mettre un terme à la saison hivernale qui frappe Météo France depuis dix ans. C'est en substance le message adressé aux pouvoirs publics par la commission des Finances du Sénat qui vient de publier un rapport qui pointe les coupes budgétaires drastiques subies par l'institution depuis 10 ans.

Depuis le début des années 2010, le budget de Météo France a diminué de 20%. En conséquence: deux tiers des implantations de l'organisme public ont disparu et les effectifs ont baissé d'un quart, soit 600 personnes en moins. Le Sénat lance aujourd'hui une alerte pour que l'institution soit maintenu à flot par l'Etat qui assure son financement.

"Il y a une logique qui est une logique budgétaire qui est de maîtriser la dette, d’essayer de faire en sorte que le budget de l’Etat soit un peu encadré, mais appliquée à Météo France, c’est un non-sens. Il faut faire une pause, admettre que beaucoup a été fait, et que maintenant on est à l’os, qu'il n’y a plus de gras", résume Vincent Capo-Canellas, sénateur de la Seine-Saint-Denis et rapporteur de la mission chargée d'évaluer le budget de Météo France.

Un des trois meilleurs services météo au monde

Pour que Météo France reste au niveau, il lui faut des moyens techniques et des moyens humains. Techniques, à savoir des supercalculateurs qui permettent d'établir les prévisions. "Ils permettent également de reconstituer les conditions climatiques passées à partir d'archives d'observations ou d'en simuler les évolutions futures", écrit Météo France sur son site.

"Leur puissance de calcul nous permet de généraliser, en opérationnel, le passage à la prévision probabiliste ou prévision d’ensemble, c’est-à-dire de fournir à nos prévisionnistes plusieurs scénarios à des échelles plus fines, y compris outre-mer", expliquait encore la PDG de Météo France, Virginie Schwartz lors de l'inauguration de deux nouveaux supercalculateurs en juin dernier.

Les besoins à Météo France sont aussi humains. Derrière la machine, le cerveau recueille toutes les données obtenues grâce à ces calculateurs. Il les collecte, les analyse et en tire les prévisions les plus fines. A la différence d'autres sites de météo, Météo France s'appuie pour établir des prévisions sur tous les modèles météorologiques qui sont à leur disposition.

"On a un des trois meilleurs services météo au monde et c’est une fierté, insiste Bruno Capo-Canellas. Mais cette fierté, il faut se donner les moyens de lui donner la pérennité, de continuer à être bon et il lui faut des moyens. (...) Si on ne met pas d’argent, on va décrocher."

Des prévisions toujours plus fines

Pour l'élu, il faut "redonner un bol d'air à Météo France" en versant au moins 10 millions d'euros par an à l'institution. L'Etat doit également, selon la commission, commencer par d'ores et déjà prévoir le renouvellement de ces supercalculateurs pour un coût de 300 millions à l'horizon 2025. Mais aussi embaucher des météorologues et "redonner du sens à leur mission", alors que leurs connaissances des phénomènes météorologiques et du terrain mais aussi de l'histoire de cette matière permettent des prévisions encore plus fines.

Cet impératif est d'autant plus d'actualité que le réchauffement climatique implique d'avoir des prévisions toujours plus fines pour prévenir les nombreuses catastrophes naturelles et organiser les secours qui vont sur le terrain.

"On connait les tempêtes climatiques, on voit les orages, les inondations, rappelle le sénateur. En Outre-Mer, on connait des cyclones. Il y a un besoin de prévisions toujours plus fines, toujours plus localisées. Il y a un besoin de prévenir relativement tôt pour organiser la chaîne des secours. Ca fait partie des missions de Météo France, il faut lui donner les moyens de les assurer."
https://twitter.com/justinecj Justine Chevalier Journaliste police-justice BFMTV