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"Deux mois très excédentaires en pluie" permettraient de compenser la sécheresse actuelle

De la terre craquelée, lors d'un épisode de sécheresse en Corse en août 2021.  (PHOTO D'ILLUSTATION)

De la terre craquelée, lors d'un épisode de sécheresse en Corse en août 2021. (PHOTO D'ILLUSTATION) - Pascal Pochard-Casabianca - AFP

Depuis plusieurs semaines, la France fait face à de fortes chaleurs et un manque de pluie qui assèchent considérablement les sols. Une situation record qui pourrait mettre du temps à se rétablir.

La France débute un mois d'août sous des températures caniculaires, avec vingt-six départements placés en vigilance orange. Au 2 août, la totalité de la métropole est également touchée par la sécheresse avec 58 départements au niveau d'alerte le plus haut, en situation de "crise".

La sécheresse menace les personnes à risque, les infrastructures mais aussi et surtout les sols qui manquent cruellement d'eau. "On est en situation de sécheresse record pour l'humidité des sols depuis le 17 juillet au niveau national", a notamment indiqué Jean-Michel Soubeyroux, climatologue chez Météo-France, à nos confrères de l'AFP.

Des sols historiquement secs

Plusieurs signes pointent vers une sécheresse aux conséquences désastreuses. L'indice d'humidité des sols est au plus bas, selon Météo-France. En juin déjà, "les sols superficiels se sont nettement asséchés par rapport au mois précédent", une tendance accentuée par le mois de juillet. Le déficit d'eau dépasse parfois les 80%.

Cyrille Duchesne, météorologue de La Chaîne Météo, évoque aussi une dernière année très sèche, qui amène à la situation hydrologique très critique d'aujourd'hui.

"L'hiver n'a pas été assez arrosé, le printemps a été très sec et l'été que nous vivons est très chaud. Tous ces facteurs expliquent la situation de sécheresse globale en France", développe-t-il pour BFMTV.com.

Les nappes phréatiques ont également un niveau généralement bas. Un constat habituel en été, mais qui s'est amplifié depuis l'hiver dernier et en juillet, face aux faibles pluies qui ne se sont pas infiltrées en profondeur dans les sols.

"Il faudra attendre le milieu de l'automne pour voir les nappes phréatiques se remplir", explique Cyrille Duchesne à BFMTV.com. "L'eau qui va tomber en été ira directement à la végétation qui est en besoin d'eau, et n'atteindra pas les nappes phréatiques."

Le mois d'août, quant à lui, inquiète Météo-France. "Il est probable que cette situation s'aggrave encore, et que le record absolu de sécheresse des sols superficiels qui date de 2003 soit battu."

Deux mois de pluie nécessaires pour compenser la sécheresse

Aujourd'hui, le manque d'eau est une réalité. Le déficit pluviométrique était de 89% en juillet. Certains villages ont déjà fait face à une pénurie d'eau. Quant aux sols, leur sécheresse est historique. Les experts s'accordent pour dire que les cycles de l'eau sont complètement déréglés. Rétablir l'humidité des sols et retrouver une situation normale devient de plus en plus compliqué.

"En juillet, il est tombé dix fois moins de pluie que la moyenne des précipitations mensuelle, déplore le météorologue Cyrille Duchesne. Pour compenser le manque d'eau actuel, il faudrait deux mois très excédentaires en pluie. En un an, la quantité moyenne de pluie est de 700 à 800 millimètres d'eau en moyenne. En 2022, il est tombé 200 millimètres."

Selon le météorologue, l'amélioration de la situation de sécheresse passerait surtout par "une perturbation océanique, avec un système pluvieux qui traverse la France de manière régulière".

Notre été sec s'explique par un blocage anticyclonique, une masse d'air très stable qui en bouge pas. "Il faut des pluies modérées et récurrentes, pas trop intenses pour que l'eau ait le temps de s'infiltrer", précise Cyrille Duchesne à BFMTV.com.

Les quelques orages annoncés en fin de semaine en montagne et dans certaines parties de la France offriraient un répis très temporaire. "Un orage est une solution moyennement satisfaisante", avoue le météorologue de La Chaîne Météo. "Les averses sont de courte durée et trop intenses. L'eau ruisselle directement vers les cours d'eau et ne pénètre pas les terres."

Un besoin de s'adapter aux sécheresses

"Nous avons des sécheresses aujourd'hui de plus en plus importantes et fréquentes", note Cyrille Duchesne. Pour le météorologue, il faut s'adapter à cette situation et mettre en place des solutions pour retenir l'eau.

Le mieux à faire pour Cyrille Duchesne, est de retenir l'excédent d'eau lors des saisons pluvieuses et des crues, le stocker, et le réutiliser pendant les périodes déficitaires en eau afin d'éviter les pénuries d'eau et les situations critiques.

"Les particuliers qui en ont la possibilité peuvent installer des récupérateurs d'eau de pluie et arroser leurs plantes même l'été." Dans le domaine agricole, une solution se démocratise: elle consiste à retenir une partie de l'eau des crues afin de la réutiliser l'été.

Le lac de Serre-Ponçon, dans les Alpes-de-Haute-Provence, est par exemple la plus grande retenue d'eau de France et permet une alimentation en eau potable et de gérer les crues. "C'est un exemple de système très ancien, qui fonctionne et qui faut redémocratiser." Malgré cela, le lac ne fait pas exception est, en pleine canicule, manque d'eau.

Météo-France a dévoilé ses prévisions pour les trois prochains mois: la pluie n'a pas encore l'air de vouloir faire son grand retour. La Chaîne Météo annonce des mois d'août, septembre et octobre qui resteront encore bien trop secs. "On espère une évolution à la fin de l'été, car nous sommes dans un état critique aujourd'hui", conclut Cyrille Duchesne.

Juliette Moreau Alvarez