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Avec le réchauffement, les tempêtes ne seront pas forcément plus nombreuses, mais plus dévastatrices

Vagues lors de la tempête Dennis à Plobannalec-Lesconil, dans le Finistère, le 16 février 2020

Vagues lors de la tempête Dennis à Plobannalec-Lesconil, dans le Finistère, le 16 février 2020 - FRED TANNEAU / AFP

Les différentes études s'intéressant aux conséquences du changement climatique sur les tempêtes ne permettent pas actuellement d'affirmer que le réchauffement va modifier la fréquence et la force des tempêtes. En revanche, les inondations et submersions des côtes pourraient être grandement accentuées.

Inès, Dennis, Ciara... Les tempêtes se sont succédé sur les côtes françaises et européennes cet hiver, laissant le sentiment qu'elles se multipliaient et se renforçaient. Comme dans tout phénomène météorologique intense ces dernières années, l'explication du réchauffement climatique qui bouleverse notre climat, plane.

"En météorologie, une tempête peut être décrite comme une zone étendue de vents violents (plusieurs centaines de km2) générés par un système dépressionnaire", définit Météo France. Elles "se forment généralement au-dessus de l'Atlantique et certaines peuvent atteindre les côtes européennes".

Un nombre "très variable d'une année sur l'autre"

"Il y a eu beaucoup de tempêtes depuis le début d'année, notamment d'affilée, mais le nombre de tempêtes est très variable d'une année sur l'autre", explique à BFMTV.com Frédéric Nathan, prévisionniste à Météo France. "Les nombreuses tempêtes de cet hiver viennent d'une même situation météorologique qui a duré", continue-t-il.

Le météorologue ne voit "pas de signal qui donne plus ou moins de tempêtes qu'auparavant et ça ne veut rien dire pour les schémas à venir". Météo France a recensé le nombre de tempêtes par année depuis 1980, ce qui permet en effet d'observer que l'apparition de ces phénomènes varie effectivement fortement d'une année à l'autre. Le nombre de tempêtes annuelles était ainsi nettement plus faible dans les années 2000, avant une reprise ces dernières années. 

Répartition annuelle du nombre de tempêtes de 1980 à 2018
Répartition annuelle du nombre de tempêtes de 1980 à 2018 © Météo France

Et sur les trente tempêtes majeures recensées entre 1980 et juin 2019, ce ne sont pas celles des dernières années qui sont les plus puissantes, précise Météo France dans un autre schéma. Xynthia, qui avait frappé la France il y a tout juste 10 ans et causé de nombreux morts, n'est par exemple "pas une tempête exceptionnelle au regard des vents engendrés sur le territoire".

L'impact du réchauffement imprévisible

Il est également très difficile de prévoir l'évolution future de ces phénomènes avec le réchauffement climatique: "Il n'y a pas d'études qui prouve qu'au cours du XXIe siècle, les tempêtes seront plus nombreuses et plus fortes au niveau de l'Europe", explique à BFMTV.com Françoise Vimeux, climatologue à l'Institut de Recherche pour le Développement.

"En climat plus chaud, certains processus moteurs dans la formation des tempêtes sont amplifiés alors que d'autres sont diminués. Il existe donc une compétition entre différents facteurs", qui rend imprévisible l'impact du réchauffement climatique sur ce phénomène météorologique, explique dans une série de tweets Christophe Cassou, climatologue, directeur de recherche au CNRS.

"En présence de fortes fluctuations naturelles dans Atlantique Nord (ou variabilité interne), on ne peut conclure avec confiance sur l’évolution future des tempêtes, en termes de pression, vent, trajectoires, récurrences".

Des vagues-submersions plus graves

Le réchauffement climatique aura toutefois deux impacts importants relativement aux tempêtes. Différentes études ont démontré qu'avec la fonte des calottes glacières, le niveau des océans s'est élevé, de près de 10 centimètres depuis 1993. Dans le cadre d'un scénario catastrophe, c'est à dire si rien n'est fait, les chercheurs prédisent une élévation pouvant aller jusqu'à 2 mètres d'ici à 2100.

Or, l'une des conséquences des tempêtes est le phénomène de vagues-submersion provoquant des inondations. La montée du niveau des eaux peut ainsi entraîner plus facilement une surcote marine (surélévation du niveau de la mer par rapport à ce qui était attendu), "ce qui augmente les risques de submersion", explique Françoise Vimeux.

Ainsi, "la tempête Xynthia avait entraîné une surcote d'1,60 mètre à La Rochelle", et une submersion importante, rappelle la climatologue. "Avec la montée des eaux actuelle, on pourrait avoir des phénomènes de submersion avec des tempêtes bien moins fortes que Xynthia, des tempêtes moins intenses qui arrivent tous les ans".

Les épisodes de submersions aggravés en grandes marées, "qui se produisaient une fois par siècle par le passé pourrait se produire chaque année d'ici 2050 dans de nombreuses régions", écrit Météo France.

Le volume des pluies potentiellement accru

Le deuxième impact principal possible du réchauffement climatique lié aux tempêtes concerne le volume des pluies. "Pour chaque degré en plus, l'atmosphère peut contenir 7% en plus d'eau. Quand il y a un phénomène de dépression, les précipitations sont donc plus intenses", explique Françoise Vimeux. 

Si les actions nécessaires sont engagées pour lutter contre le réchauffement climatique, les prévisions espèrent le contenir sous les deux degrés. Mais en cas d'échec, les pires schémas donnent aujourd'hui une hausse de la température moyenne globale atteignant 6,5 à 7°C en 2100.

Les pluies lors des tempêtes pourraient donc être bien plus accrues qu'actuellement et entraîner des inondations. De plus, si des pluies importantes tombent après une sécheresse, "la terre est plus dure et d'une certaine façon, s'imperméabilise", expliquait en juillet à BFMTV.com François Gourand, prévisionniste à Météo France. Les fortes pluies "ruissellent sur le sol, comme si elles glissaient sur une surface étanche et se retrouvent du coup sur des points plus bas, ou dans les rivières et fleuves environnants", qu'elles gonflent et font alors déborder.

La France mieux préparée depuis Xynthia

Les dégâts importants liés aux tempêtes sont aujourd'hui moins dus à la force des vents qu'à la préparation des lieux touchés par les intempéries. Depuis la tempête Xynthia, Météo France a mis en place la vigilance vagues-submersion. "Les populations sont alertées plus rapidement, et on a amélioré le modèle de prévision marine. On prévoit mieux et on alerte mieux, ce sont d'énormes progrès", qui limitent les conséquences dramatiques, souligne Françoise Vimeux.

"Depuis Xynthia, beaucoup de choses ont été faites, au niveau de l'alerte vagues-submersion mais aussi des plans d'urbanisation", confirme à BFMTV.com Magali Reghezza-Zitt, géographe, maître de conférences à l'École normale supérieure (ENS). "Ces risques ne sont pas nouveaux, mais le changement climatique en rajoute", continue la géographe.

Les zones les plus à risques sont les littoraux bas (sous ou au niveau de la mer) et les zones littorales très habitées, notamment par des personnes peu habituées aux risques d'inondations, et qui n'auraient pas les bons réflexes.

"Les touristes peuvent, par exemple, ne pas du tout être au courant, et ils n'ont pas la même culture du risque que des habitants locaux". Or cette préparation au danger en amont semble primordial. "Quand l'ouragan Irma est passé à Saint Martin, il y a eu 11 morts alors que les littoraux ont été dévastés. Pour Xynthia, c'est plus de 40 morts", rappelle-t-elle, "de gros phénomènes peuvent avoir peu d'impact, des petits beaucoup plus".
Salomé Vincendon