BFMTV

Ukraine: la Russie accentue sa pression

Les affrontements entre manifestants et forces de l'ordre ont fait au moins 100 morts au cours de la seule journée de jeudi, à Kiev.

Les affrontements entre manifestants et forces de l'ordre ont fait au moins 100 morts au cours de la seule journée de jeudi, à Kiev. - Crédits photo : nom de l'auteur / SOURCE

Alors que le pouvoir ukrainien ne lâche pas de lest face aux manifestants dans les rues de Kiev, Moscou a fait entendre sa voix ce jeudi, après plusieurs jours de silence.

L'Ukraine véritablement tiraillée entre l'Union européenne et la Russie. Alors que Bruxelles agite, depuis mercredi, la menace de sanctions contre le régime de Viktor Ianoukovitch, au moment où les morts se comptent par dizaines à Kiev, et que plusieurs chefs de la diplomatie européens ont fait le déplacement dans la capitale ukrainienne, ce jeudi, Moscou a fait entendre sa voix, menaçant de suspendre son aide financière à l'Ukraine.

> Rappel à l'ordre et chantage

"Pour que notre coopération se poursuive avec nos partenaires ukrainiens, il faut que le pouvoir en place soit légitime et efficace, que l'on ne s'essuie pas les pieds dessus comme sur une serpillière". Les mots, qui sonnent comme une injonction, sont de Dmitri Medvedev, le Premier ministre russe. Ce qui n'est ni plus ni moins qu'un rappel à l'ordre à l'égard du pouvoir de Viktor Ianoukovitch traduit clairement la position de Moscou, pour qui l'exécutif ukrainien doit affirmer son pouvoir face aux manifestants.

Pour l'heure, l'aide russe de deux milliards de dollars qui aurait dû être versée lundi dernier est suspendue jusqu'à nouvel ordre. Il s'agissait de la deuxième tranche du plan d'aide de 15 milliards de dollars offert par la Russie à l'Ukraine en décembre dernier. "C'est tout simplement du chantage", analyse Marie Mendras, chercheuse au CNRS et spécialiste de la politique étrangère de la Russie, interrogée par BFMTV. "Si Ianoukovitch ne réprime pas, s'il accepte un gouvernement de transition ou des élections anticipées, Moscou lui dit qu'il n'aura plus droit à l'aide financière de la Russie". Une sanction qui pourrait coûter cher à l'Ukraine, le pays étant au bord de la faillite.

> Critique de l'ingérence européenne

Par ailleurs, Moscou voit d'un très mauvais oeil les dernières interventions de l'Union européenne, qui brandit, depuis mercredi, la menace de sanctions. Une réunion d'urgence se tenait ce jeudi à Bruxelles, à l'appel de la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton, pour évoquer ces fameuses sanctions, et les ministres des Affaires étrangères français, allemand et polonais ont fait le déplacement à Kiev pour s'entretenir avec le président Viktor Ianoukovitch et les leaders de l'opposition dans le but de négocier une sortie de crise.

"De tels actes ressemblent à du chantage", a dénoncé le ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov, ce jeudi. Ce dernier avait déjà exprimé, mercredi, la nervosité de Moscou à l'égard des "tentatives insistantes de médiation" des Européens et les avait appelé à pousser l'opposition ukrainienne à se désolidariser des "forces radicales" qui auraient, selon lui, fomenté une "guerre civile".

> Moscou craint de perdre son influence sur Kiev

Ces multiples sorties trahissent la principale crainte de Moscou: la perte de son influence sur son voisin et allié régional. "Le Kremlin reste sur une position intransigeante", explique ainsi Emmanuel Grynszpan, correspondant de BFMTV à Moscou. "Poutine demande à l'Occident de cesser de placer toutes les responsabilités des violences sur le gouvernement ukrainien et aimerait que les Occidentaux condamnent fermement les opposants". "D'une manière générale, Moscou soutient, bien sûr, Ianoukovitch, mais moins qu'avant car la confiance entre Vladimir Poutine et son homologue ukrainien s'est beaucoup affaiblie", précise Emmanuel Grynszpan.

Quelle que soit l'issue des affrontements meurtriers qui se poursuivent place Maïdan, le président russe espère surtout que ce conflit, né en novembre dernier de la volte-face pro-russe de Ianoukovitch, fâchera définitivement l'Ukraine avec l'Europe, ce qui permettrait à la Russie de devenir son unique partenaire stratégique.

Adrienne Sigel