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Tournée internationale de Trump: un voyage semé d'embûches

Donald et Melania Trump sur le point de s'envoler vers l'Arabie Saoudite.

Donald et Melania Trump sur le point de s'envoler vers l'Arabie Saoudite. - MANDEL NGAN / AFP

Donald Trump débute ce samedi une tournée internationale qui l'emmènera de l'Arabie saoudite à la Sicile. Si ce voyage, son premier à l'étranger, semble le bienvenu au moment où le président américain affronte de nombreuses polémiques dans son pays, il ne sera pas exempt de difficultés.

Donald Trump s'est donc envolé ce vendredi soir, depuis la base aérienne Andrews, dans l'Etat du Maryland, pour un déplacement à l'étranger long d'une semaine. Il passera le week-end à Riyad, en Arabie saoudite, puis arrivera le 22 mai à Tel-Aviv, en Israël. Le lendemain, il effectuera un crochet par l'Etat de Palestine avant de s'envoler pour Rome, à la rencontre du pape François. Le 24 mai, il quittera la Ville éternelle pour rejoindre Bruxelles et y joindre un parterre de dirigeants de l'OTAN et de l'Union européenne. C'est durant ce séjour qu'il fera la connaissance du président français Emmanuel Macron. Les deux derniers jours de cette éprouvante tournée internationale s'écouleront en Sicile, car l'île accueillera un sommet du G7. 

"Le président casanier"

Cette longue sortie loin de ses bases est, à n'en pas douter, accueillie favorablement dans l'esprit et le camp d'un Donald Trump auquel les polémiques liées à l'enquête sur de possibles connexions entre son équipe et la Russie durant la campagne présidentielle, ainsi que la controverse du limogeage du directeur du FBI James Comey, ne donnent aucun répit depuis quelques jours. Pourtant, ce premier déplacement présidentiel à l'étranger n'est pas exempt de difficultés et chaque étape réserve un écueil potentiel au chef d'Etat américain. 

Si le déplacement devait être très attendu par le 45e président des Etats-Unis, il commençait à l'être par l'opinion publique américaine également. Comme le remarque le site de CNN, ce premier séjour présidentiel à l'étranger est le plus tardif depuis 50 ans. Ce peu d'empressement de Donald Trump (alors que plusieurs membres de l'exécutif, jusqu'au vice-président Mike Pence par deux fois, ont déjà quitté le territoire depuis le début du mandat) à s'éloigner des pénates américains a été non seulement remarqué mais il a valu un qualificatif au récalcitrant: "Homebody president", soit en français "le président casanier". Ce premier voyage est inédit aussi sous un autre aspect: avant l'ancien magnat du marché immobilier, aucun président américain n'avait accompli sa première échappée internationale dans un pays du Moyen-Orient, en l'occurrence en Arabie saoudite. Mais à Riyad, comme ailleurs, Donald Trump ne s'avance pas en pays conquis. 

Un discours très attendu en Arabie saoudite

En Arabie saoudite, Donald Trump doit signer une série d'accords bilatéraux regardant le sujet du contre-terrorisme, le domaine militaire ainsi que l'économie. Surtout, participant à un sommet des dirigeants arabes et musulmans, il est convenu qu'il prenne la parole devant les leaders de 50 nations pour prononcer un discours "inspiré et direct" selon les mots de H.R. McMaster, son conseiller à la sécurité nationale, à propos de la paix et de la lutte contre le fanatisme. Le verbe de Donald Trump sera scruté en raison de ses outrances passées au moment d'évoquer l'islam. Donald Trump est aussi connu pour avoir cherché à interdire l'accès au sol américain aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane. Mais il peut compter sur la dynastie des Saoud pour se tenir à ses côtés et arrondir les angles durant son escale.

Comme le note la version américaine du site Slate, le royaume marque sa préférence pour les positions du nouveau président américain très critiques à l'endroit de l'Iran que pour le bilan international sur cette question de l'ancien président, Barack Obama. En mars dernier, le prince Mohamed Ben Salman avait même assuré qu'il tenait Donald Trump pour un "ami des musulmans". 

Des relations tendues avec les Israéliens 

Seconde étape et seconde(s) difficulté(s): Israël. Lundi, Donald Trump rencontrera le Premier ministre de l'Etat hébreu, Benjamin Netanyahou. Le contexte sera lourd à double titre. Tout d'abord, cette visite intervient alors que la Maison Blanche vient d'annoncer qu'elle repoussait à une date indéterminée la relocalisation de l'ambassade des Etats-Unis en Israël, actuellement sise à Tel-Aviv, vers Jérusalem. Pas question pour l'administration américaine de "provoquer qui que ce soit", comme le rapporte Times of Israel, alors que Donald avait promis durant sa campagne d'opérer ce déménagement. Si le déplacement de l'institution a été décidé par vote du Congrès en 1995, elle a continuellement été repoussée depuis lors car cette installation dans la ville "trois fois sainte" reviendrait à déclarer la souveraineté israélienne comme unique dans la cité de Jérusalem. Un choix qui pourrait se révéler lourd de conséquences pour la délicate géopolitique régionale. 

Il existe un autre point d'achoppement américano-israélien. L'un des volets de la controverse autour de Donald Trump aux Etats-Unis ressort d'une conversation tenue il y a quelques jours par ce dernier, l'ambassadeur russe aux Etats-Unis et le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Lors de cet entretien à Washington, le président des Etats-Unis s'est vanté d'avoir reçu des informations de la plus haute importance sur un plan échafaudé par Daesh. Or ces renseignements avaient été recueillis et transmis par Israël qui n'avait pas donné aux autorités américaines l'autorisation de les divulguer à une autre partie. La légèreté de Donald Trump a mis en danger la chaîne de transmission établie entre les agences et tendu les relations entre les deux Etats. 

Pape François-Donald Trump: une rencontre électrique? 

Après avoir rencontré Mahmoud Abbas, le président de l'Etat de Palestine, il ira à Rome pour entre autres y croiser le pape François. Là encore, ce ne sera pas une mince affaire. L'antagonisme entre ces deux personnages, qui ne se sont pas encore vus mais que tout oppose (dans le rapport à l'économie, la vision de l'immigration par exemple), est bien connu. En 2016, à Mexico, le pape François avait fait cette référence limpide à l'un des prétendants à l'élection-reine des Etats-Unis: "Une personne qui pense seulement à élever des murs, où qu'ils soient, et non des ponts, n'est pas chrétienne".

Donald Trump, qui avait très bien compris l'allusion à sa volonté d'édifier un mur le long de la frontière mexicaine, avait jugé cette déclaration papale "honteuse". Avant leur entrevue, les deux hommes vont devoir mettre un mouchoir sur la mésestime qu'ils se portent. 

"Il y a un côté ridicule"

C'est à Bruxelles que son périple européen, enfin, attirera le plus l'attention. C'est en effet là que Donald Trump doit discuter, en particulier, avec Emmanuel Macron qui a reçu le soutien de Barack Obama lors des derniers jours de sa campagne. Mais l'essentiel du séjour belge du président d'Outre-Atlantique est fixé au sommet de l'OTAN. Avant de revenir sur ses propos, Donald Trump avait d'ailleurs jugé que l'organisation était "obsolète". Mais ce n'est pas là que le bât blesse, selon cet article du site Foreign Policy, qui n'hésite pas à décrire la "frayeur" des dirigeants conviés et appelés prendre contact avec le milliardaire. Les personnalités politiques participant à l'événement ne savent pas vraiment sur quel pied danser et ont reçu le conseil de ne pas parler plus de "deux à quatre minutes" devant cet original chef de la première puissance mondiale, pour ne pas risquer d'excéder sa capacité de concentration. L'un des invités, anonyme, de ce sommet s'est agacé:

"Il y a un côté ridicule dans la préparation aux discussions avec Trump. C'est comme si les gens se préparaient à parler à un enfant- quelqu'un qui n'aurait qu'une petite capacité d'attention et de tempérance et qui ne connaîtrait rien à l'OTAN, ne s'intéresserait pas aux problèmes politiques complexes, ne s'intéresserait à rien". 

Le voyage de Donald Trump fait décidément l'objet de toutes les attentions. 

R.V.