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Syrie: pourquoi l'ONU redoute la pire catastrophe humanitaire du siècle à Idleb 

Des habitants de la province d'Idleb fuient vers la frontière turque le 10 septembre 2018

Des habitants de la province d'Idleb fuient vers la frontière turque le 10 septembre 2018 - OMAR HAJ KADOUR / AFP

La bataille d'Idleb, ultime bastion insurgé dans la Syrie de Bachar al-Assad, pourrait conduire à la "pire catastrophe humanitaire" du 21e siècle, a averti lundi le secrétaire général adjoint de l'ONU pour les Affaires humanitaires. Retour sur la situation dans cette province.

Idleb, nouvelle cible du régime 

Après Alep et la Ghouta, Idleb est aujourd'hui la cible du régime syrien et de ses alliés. Aux abords de cette province, les forces du président syrien Bachar al-Assad, soutenues par la Russie et l'Iran, ont massé des renforts pour lancer une vaste offensive contre cet ultime fief insurgé. 

Dimanche, le régime syrien et son allié russe ont à nouveau bombardé à coup de missiles et de barils d'explosifs la province, alors que la veille, les avions de chasse russes y avaient mené les frappes les "plus intenses" en un mois, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Pourquoi s'attaquer à Idleb? 

Si le régime syrien cible Idleb, c'est parce qu'il s'agit de l'un des derniers bastions du rebelles du pays. Depuis 2015, date de sa conquête par les insurgés, Idleb abrite un ensemble complexe de forces anti-régime: des rebelles modérés, des islamistes, des jihadistes syriens ayant des liens avec Al-Qaïda -et leurs homologues étrangers. C'est aussi l'endroit vers lequel ont été envoyés des dizaines de milliers de rebelles et de civils évacués d'autres places fortes de l'opposition repris par les forces loyalistes à travers le pays. Il y a donc sur place différentes factions, originaires de différentes régions.

Si Idleb est depuis des années régulièrement la cible de frappes aériennes, cette fois-ci, Bachar al-Assad veut mener la dernière bataille. 

En face, la force la plus puissante à Idleb est aujourd'hui le groupe jihadiste Hayat Tahrir al-Cham (HTS), issu de l'ex-branche d'Al-Qaïda en Syrie.

Un risque de "crise humanitaire"

Ces derniers jours, plusieurs centaines de familles d'Idleb ont fui vers la frontière turque. Pour l'ONU, la bataille pour cet ultime bastion pourrait conduire à la "pire catastrophe humanitaire" du 21e siècle.

"Il est reconnu qu'il y a là un grand nombre de combattants, y compris des terroristes d'organisations proscrites. Mais je pense qu'il y a 100 civils, la plupart des femmes et des enfants, pour chaque combattant à Idleb", a ainsi averti ce lundi le secrétaire général adjoint de l'ONU pour les Affaires humanitaires, Mark Lowcock.

Ce dernier a expliqué que l'ONU s'était préparée à venir en aide à 800.000 personnes déplacées, dont 100.000 pourraient circuler dans les zones gouvernementales et 700.000 autres qui pourraient se déplacer dans un premier temps à l'intérieur de la province d'Idleb. 

Échec du sommet tripartite entre la Russie, l'Iran et la Turquie

Les bombardements de ce week-end interviennent après l'échec, vendredi, d'un sommet tripartite entre la Russie, l'Iran et la Turquie, trois acteurs importants dans ce conflit. D'un côté, la Russie et l'Iran, qui soutiennent le régime de Bachar al-Assad. De l'autre, la Turquie, "marraine" des rebelles, dont l'armée et milices sont positionnées tout autour d'Idleb.

Lors de ce sommet, le président russe Vladimir Poutine a défendu le fait que le gouvernement syrien avait "le droit" de reprendre le contrôle de la totalité du territoire syrien. Il a rejeté la proposition de la Turquie d'un cessez-le-feu à Idleb, arguant qu'il n'y avait "pas de représentants des groupes armés autour de cette table" habilités à négocier un arrêt des hostilités. En bref, les trois pays n'ont pas réussi à surmonter leurs divergences. Ils ont toutefois convenu de "coopérer" en vue d'une solution pour éviter les pertes civiles. 

M.P avec AFP