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Syrie: comment la Turquie a pris les États-Unis par surprise

Le président turc Recep Tayyip Erdogan en conférence de presse, le 15 avril 2016.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan en conférence de presse, le 15 avril 2016. - Ozan Kosa - AFP

La Turquie a attaqué les positions de Daesh et la ville de Djarabulus au nord de la Syrie il y a une semaine. A la fois pour lutter contre les djihadistes, mais aussi pour s'opposer aux Kurdes. Et cette opération s'est faite sans l'accord des Américains.

Lors de la Conférence des ambassadeurs tenue à l’Elysée ce 30 août, François Hollande a déploré un "risque d’embrasement général" en Syrie après l’intervention turque dans ce pays. Cette phrase montre bien le scepticisme causé côté français par ces opérations, enclenchées le 24 août, qui ont déjà permis de chasser les soldats de Daesh de la ville de Djarabulus près de la frontière turco-syrienne.

Et l’initiative turque n’a pas surpris que les Français. Selon cet article du Wall Street Journal, les premiers raids turcs sur cette ville dans la nuit du 24 août ont été décidés sans l’accord des Américains.

Les Américains mettent leurs forces aériennes dans la balance

Mis devant le fait accompli, l’armée des Etats-Unis n’a pu que veiller à ce que la situation ne dégénère pas entre la Turquie et les Kurdes (dont l’influence grandissante au bord de sa frontière a largement motivé le passage à l’acte de la Turquie). Les Américains ont ainsi rappelé aux Kurdes qu’ils ne bénéficieraient de leur assistance aérienne que s’ils se dirigeaient au sud de de leurs positions vers Raqqa ou se déplaçaient dans la région située à l’est de l’Euphrate. Ils ont dans le même temps indiqué aux Turcs que s’ils s’aventuraient davantage vers le sud ils perdraient également l’assistance des forces américaines. 

Si le déclenchement de la campagne turque a surpris les Américains c’est surtout pour une affaire de calendrier et de modalités. Car, dans le principe, ils savaient que l’opération finirait bien par être mise sur pied. En effet, la Turquie a engagé des négociations avec l’administration Obama au sujet d’une action conjointe dès juin 2015.

Au départ, la Turquie n'imaginait pas ces opérations sans les Américains

A l’origine, Recep Tayyip Erdogan, le président turc, souhaitait mêler le concours de commandos américains à une avancée de 2.000 soldats turcs. La solution ne convenant pas outre-Atlantique, l’hypothèse d’une simple campagne de bombardements en soutien de groupes de rebelles syriens avait fini par être retenue. Mais les doutes concernant les facultés de l’armée turque avaient gelé ce front, tout comme le refroidissement des relations avec le Kremlin après que la Turquie a abattu un avion russe.

Si, cette fois-ci les étoiles se sont alignées permettant aux Turcs de partir au combat sans même attendre l’avis des Américains, c’est en raison de plusieurs facteurs.

Des motivations complexes

Tout d’abord, la montée en puissance des Unités de protection du peuple (habituellement désignées par l’acronyme YPG), brigades kurdes indépendantistes s'opposant, parfois via des actes terroristes, au pays d’Erdogan, inquiétait beaucoup à Ankara depuis plusieurs mois.

De plus la tentative de coup d’Etat survenue en juillet dernier et ses contrecoups ont insufflé à l’armée l’envie de se rabibocher avec l’exécutif et de se mettre au-dessus de tout soupçon grâce à une victoire militaire. Les attentats perpétrés par l’Etat islamique, comme dernièrement à Gaziantep, sont bien sûr un motif fort également.

Enfin, le mois d’août a été fructueux pour la diplomatie turque avec la reprise des relations avec Moscou. Ce sont ces quelques raisons qui expliquent que les Turcs aient ainsi pris de vitesse les Américains.

R.V