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Syrie: au cœur d'un camp de réfugiés issus de Daesh, un "mini-califat" se structure

A Al Hol, au nord-est de la Syrie, 70.000 personnes sont détenues dans un camp encadré par les forces kurdes. Parmi elles, des proches de jihadistes repentis mais également des femmes rompues à l'idéologie islamiste qui font craindre un retour du califat. Une équipe de la chaîne Sky News a pu pénétrer à l'intérieur.

Sur les plaines du nord-est de la Syrie s’étend le camp surpeuplé d’Al Hol. Ce quartier contrôlé par des contingents kurdes accueille plus de 70.000 proches des combattants de Daesh - des femmes et des enfants. Cette zone clôturée, initialement réservée aux réfugiés, accueille également depuis la chute du califat en mars 2019 des femmes encore convaincues par l’idéologie jihadiste.

"Croyez-vous encore aux idées de Daesh?" demande à l’une d’elles un journaliste de la chaîne britannique Sky Newsqui a pu pénétrer dans le camp. "Oui, bien sûr. Pourquoi devrait-on changer alors qu’ici on nous traite comme des chiens?", répond une femme vêtue d’un niqab noir. "Votre organisation aussi a traité les hommes comme des animaux en les décapitant ou en les brûlant vifs", lui rétorque le journaliste. "C’est écrit dans le Coran", lui lâche-t-elle.

Dans ce quartier décrit comme "sordide" et "peu sûr", la colère des femmes et leurs tentatives récurrentes d'évasion sont contenues à grande peine. Ici, l’idéologie jihadiste refait surface et se répand comme une traînée de poudre. "Ce 'mini califat' est le parfait incubateur pour reformer Daesh", affirme Sky News. La mort de leur chef, Abou Bakr al-Baghdadi, dans un raid américain fin octobre ne semble pas les affaiblir: "Il est mort, un autre viendra, et ainsi de suite."

"Nous allons te tuer"

Quels sont les pays d’origine de ces femmes aux convictions clairement affichées? "L’Etat islamique." "Mais avant cela, vous veniez d’où?" insiste le journaliste. "De l’Etat islamique! De l’Etat islamique", martèle l’une d’elles. Les enfants, plus candides, déclament leurs nationalités: Syriens, Irakiens, Français, Belges ou encore Allemands et Finlandais. Sans accès à l’école, ces enfants sont nourris à la doctrine islamiste et recréent, par mimétisme dès le plus jeune âge, les gestes des soldats du califat.

L’index dressé vers le ciel, à l’image des combattants de Daesh, un garçon d’une dizaine d’années parle au nom des terroristes et promet le pire à ses interlocuteurs: "Nous allons te tuer. T’assassiner."

Dans ce reportage, seule une Italienne dit regretter son soutien à l’organisation islamiste. D’une voix mal assurée, elle explique se trouver dans le camp d’Al Hol depuis trois ans et ne plus adhérer aux idées de Daesh. Rares sont les discours aussi nuancés.

Des cellules dormantes dans la région

A 230 km de là, dans le camp d’Aïn Issa, les croyances ne semblent pas très éloignées de celles que l’on trouve à Al Hol. Il y a quelques semaines de cela, 800 personnes se sont évadées dans le sillage de l'offensive turque, suspendue depuis le 22 octobre à la suite d’un accord russo-turc. Certaines auraient réintégré le camp depuis, d'autres seraient passées du côté turc de la ligne de front ou auraient rejoint des cellules de Daesh opérant dans la région.

Outre ces camps, les forces kurdes administrent aussi des prisons, jugées insuffisamment fortifiées, où sont détenus quelque 12.000 jihadistes. Selon l'administration kurde, 4000 sont Syriens et environ autant sont Irakiens, 2500 sont issus d'une cinquantaine de pays étrangers, dont une majorité de Tunisiens. Des responsables français ont fait état de 60 à 70 de leurs ressortissants parmi ces détenus, tandis que Bruxelles n'a confirmé la présence que de 13 Belges, rapporte l’Agence France presse.

Dans cette région, le risque d'une résurgence est d'autant plus réel, indiquent des experts à l'AFP. Car les cellules clandestines de Daesh n'ont jamais cessé leurs activités depuis la chute du "califat" qui avait un temps étendu son pouvoir sur un immense territoire à cheval entre l'Irak et la Syrie.

Ambre Lepoivre