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Beyrouth: le directeur des douanes a alerté plusieurs fois sur la dangerosité du stock de nitrate d'ammonium

Le directeur des douanes assure avoir alerté "en vain" à six reprises, et depuis 2014, sur la dangerosité du stock de 2750 tonnes de ce produit, à l'origine des explosions du port de Beyrouth.

Environ 2750 tonnes de nitrate d'ammonium, stockées depuis six ans dans l'entrepôt du port de Beyrouth, ont explosé mardi, provoquant des morts et des dégâts sans précédent dans la capitale libanaise. Le directeur des douanes a assuré mercredi au journal L'Orient-Le Jour, qu'il avait alerté à six reprises sur la dangerosité de ce stock.

Le nitrate d'ammonium est un engrais chimique et également composant d'explosifs. Il a causé plusieurs accidents industriels dont l'explosion de l'usine AZF à Toulouse en 2001.

"Nous avons alerté la justice à six reprises, entre 2014 et jusqu'à récemment, sur la nécessité de ré-exporter cette marchandise hors du pays, mais la justice ne nous a pas écoutés", explique Badri Daher, le directeur des douanes, au journal.

Une source relayée par Reuters, proche d'un salarié du port, assure qu'une équipe avait, il y a six mois, inspecté le nitrate d'ammonium, et mis en garde contre le risque qu’il “fasse sauter la totalité de Beyrouth” s’il n’était pas déplacé.

La direction du port responsable?

Selon Badri Daher, les douanes ne pouvaient pas directement intervenir car le nitrate d'ammonium était stocké dans un hangar du port, et donc sous la direction du port. "Cette direction est sous la tutelle du ministère des Travaux", déclare-t-il.

De son côté, le directeur de la société de Gestion et d’exploitation du port de Beyrouth Hassan Koraytem, s'est défendu sur la chaîne LBCI, affirmant que cette marchandise était stockée dans un hangar séparé, et sous la garde d'un représentant de la justice, pendant six ans, "sans que la direction du port ait le droit de disposer de cette marchandise". Il a également affirmé que cette même direction "a reçu des instructions de la justicebpour effectuer des travaux pour colmater une brèche dans la porte du hangar afin de protéger la marchandise d'une possible détérioration ou des vols", rapporte L'Orient-Le Jour. "C'est exactement ce qu'a fait la direction du port", a-t-il assuré.

D'après des informations de Reuters, le cargo Rhosus, sous pavillon moldave, avait fait escale à Beyrouth en septembre 2013 avec 2750 tonnes de nitrate d'ammonium à bord. Après une inspection, il lui avait été interdit de repartir, et le cargo a ensuite été abandonné par ses propriétaires. Son contenu a été déchargé dans un hangar.

Une enquête est en cours pour déterminer ce qui a provoqué l'explosion du stock, explique L'Orient-Le Jour.

"Il est inadmissible qu'une cargaison de nitrate d'ammonium, estimée à 2750 tonnes, soit présente depuis six ans dans un entrepôt, sans mesures de précaution", avait déclaré mardi soir le Premier ministre Hassan Diab. "C'est inacceptable et nous ne pouvons pas nous taire sur cette question".
Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV