BFMTV

Sarkozy en Syrie : les enjeux

-

- - -

Nicolas Sarkozy est aujourd'hui mercredi en Syrie. Une première pour un président Français depuis 6 ans. Quels sont les enjeux de cette visite particulière ?

Pour la première fois depuis 6 ans, un chef d'Etat français se rend en Syrie. Nicolas Sarkozy entame ce mercredi une visite de deux jours à Damas. Apres avoir invité Bachar al Assad lors du sommet de l'Union pour la Méditerranée à Paris en juillet, le Président de la République estime désormais qu'il faut dialoguer avec la Syrie et qu'elle a donné des gages de bonne volonté, notamment avec l'élection de Michel Sleimane au Liban.

Le Président sera accompagné de Bernard Kouchner, d'une délégation de députés et sénateurs, et de Christophe de Margerie, le PDG de Total, qui devrait signer un contrat.

Pourquoi une telle visite ?

Reste à savoir ce que peut apporter cette visite aux deux pays. A cette question, Frédéric Encel, professeur de relations internationales et spécialiste du Proche Orient, répond : « Je sais ce que la France apporte et peut apporter encore à la Syrie, à savoir une reconnaissance internationale et un retour en grâce. Mais, je vais vous le dire franchement, je ne vois pas très bien aujourd'hui ce que la Syrie peut apporter à la France. Je reste très dubitatif quant aux intérêts que pourrait avoir cette visite et de manière plus générale une politique d'ouverture avec Damas. Je suis extrêmement sceptique sur la volonté, ou même la capacité, de ce régime ultra-minoritaire, très faible, despotique, à pouvoir seconder ou accompagner les efforts de la France dans ces différents processus de pourparlers ».

Parmi les dossiers que Nicolas Sarkozy veut aborder avec Bachar al Assad, il y a l'affaire Guilat Shalit, ce soldat Franco-Israélien enlevé par le Hamas. Nicolas Sarkozy va remettre une lettre du père du soldat à Bachar al Assad. Reste à savoir si le président Syrien peut être un messager efficace. Pour Frédéric Encel, « il pourrait servir d'intermédiaire crédible. Je doute là encore de sa capacité à imposer au Hamas, qui maintenant est inféodé lui aussi à l'Iran, d'accepter sans contreparties extrêmement importantes la libération du caporal franco-israélien. Autant Assad père (ndlr : père de Bachar al Assad, ancien prédisent syrien) pouvait imposer un certain nombre de choses aux Palestiniens et au Hamas notamment, autant l'évolution des rapports de forces ces dernières années fait que Bachar n'est plus capable d'obtenir quelque chose de ce type là de la part du Hamas ».

Gérard Bapt, député PS de Haute Garonne et président du groupe d'amitié franco-syrienne à l'Assemblée, fait partie du voyage en Syrie. Selon lui, la Syrie est importante dans le jeu diplomatique : « La Syrie peut jouer un rôle positif par rapport au Liban. La Syrie manifeste aujourd'hui des intentions de négociations même indirectes par rapport à Israël. La Syrie peut aussi être un facteur de stabilisation en ce qui concerne l'Irak. Elle y a d'ailleurs intérêt puisqu'elle accueille 1,5 million de réfugiés irakiens sur son sol. La Syrie enfin peut être un intermédiaire, voire un médiateur, et si j'ai bien compris ce qu'a dit le président Sarkozy en juillet, avec l'Iran ».

Il y a encore quelques mois, la Syrie était montrée du doigt et nos relations politiques étaient gelées. Que s'est il donc passé pour que la France change ainsi d'avis ? La réponse de Gérard Bapt est la suivante : « Il y a d'abord un président Sarkozy qui a succédé au président Chirac. Il y a eu aussi, depuis, l'évacuation des troupes syriennes du Liban et la normalisation au Liban avec l'élection d'un président, la constitution d'un gouvernement d'union nationale. Et enfin, il y a la raison d'Etat, je pense que les intérêts de la France et de l'Union Européenne au Moyen-Orient sont de ne pas exclure tout acteur du dialogue ».

La visite de Nicolas Sarkozy est avant tout politique. Il s'agit pour la France d'avancer ses pions et de peser plus fortement dans les négociations de paix à venir. Dès son arrivée à Damas, Nicolas Sarkozy doit s'entretenir pendant une heure avec Bachar al Assad avant de dîner avec le chef d'Etat syrien. Il sera question de la situation au Liban et de la reconnaissance de l'indépendance du pays par la Syrie. Il sera aussi question des pourparlers indirects entre Israël et la Syrie.

Enfin les deux hommes devraient de nouveau aborder la question du nucléaire iranien. Le message de Nicolas Sarkozy à Bachar al Assad sera le même que d'habitude : dites à votre ami Ahmadinejad de calmer le jeu...

La rédaction et Stéphanie Collié