BFMTV

Qui est Ruth Bader Ginsburg, juge à la Cour suprême et idole d’une partie des Américains?

Elle s'est fait connaître dans les années 1970 pour sa lutte acharnée en faveur des droits des femmes. Ruth Bader Ginsburg est aujourd'hui une icône de la pop culture américaine, alors que le biopic "Une femme d'exception" sort ce mercredi en salles.

A 85 ans, elle est surnommée "Notorious RBG" – référence au rappeur américain Notorious Big – et est adulée par la jeunesse américaine. Ruth Bader Ginsburg est devenue une icône de la pop culture, un personnage emblématique incarné au cinéma dans le biopic Une femme d’exception qui sort en salles ce mercredi.

Rempart anti-Trump

Physique sec et cheveux tirés en chignon strict, regard clair et malicieux, Ruth Bader Ginsburg fait partie du quatuor progressiste des juges de la Cour suprême, nommée en 1993 par le président de l’époque, Bill Clinton. Sa popularité auprès du grand public a notamment été impulsée par ses attaques contre Donald Trump lors de la campagne présidentielle de 2016. La juge Ginsburg s’est affranchie de son devoir de réserve en qualifiant le magnat de l’immobilier d’"imposteur".

"Il n'a aucune cohérence. Il dit à tout moment ce qui lui traverse la tête. Il est vraiment égocentrique", avait-elle alors déclaré à CNN.

Ruth Bader Ginsburg le jour de sa nomination à la Cour suprême, en 1993.
Ruth Bader Ginsburg le jour de sa nomination à la Cour suprême, en 1993. © Jennifer Law - AFP

Du haut de son mètre 54, elle est considérée comme le dernier rempart anti-Trump, affirmant régulièrement des convictions à rebours du programme du président républicain. Elle l'a notamment prouvé en votant, à la fin du mois de juin 2018, un arrêt historique réaffirmant le droit à l'avortement. RBG a également voté pour refuser à l’administration Trump l’autorisation d’appliquer les lois interdisant à ceux qui traversent la frontière illégalement de demander l’asile.

Spécialiste du droit des femmes

Mais son combat en faveur des libertés fondamentales ne date pas d’hier. Cette avocate spécialiste du droit des femmes s’est fait connaître dans les années 1970 pour sa lutte contre les discriminations sexistes avec une approche subtile et pédagogique.

"Je me voyais comme une enseignante de maternelle parce qu'à l'époque, les juges pensaient que les discriminations sexistes n'existaient pas", raconte-t-elle dans le documentaire biographique RBG, sorti le 10 octobre dernier.

Son cheval de bataille: les égalités salariales, l'avortement, le mariage homosexuel, la contraception... "Notorious RBG" porte ces sujets à bras le corps après avoir été elle-même victime de sexisme durant sa jeunesse. Née dans une famille juive à Brooklyn, elle étudie le droit à Harvard puis à Columbia à une époque où les hommes règnent en maître dans le monde très select des avocats. Elle a beau finir parmi les premiers de sa promotion à Columbia, les cabinets d'avocats de New-York lui tournent le dos.

"J'avais trois choses contre moi. Un, j'étais juive. Deux, j'étais une femme. Mais, le plus grave, c'était que j'étais la mère d'un enfant de quatre ans", livre-t-elle dans une interview à CBS.

L'espoir des démocrates

Elle s’impose alors comme une ardente combattante pour les droits des femmes. Entre 1973 et 1976, elle plaide six affaires de discrimination basée sur le genre devant la Cour suprême et en remporte cinq. Elle devient ensuite la deuxième femme à siéger à la Cour suprême, après Sandra Day O'Connor.

Après avoir été un pilier de la lutte pour le droit des femmes, avoir combattu deux cancers – l’un du colon et l’autre du pancréas – et surmonté les préjugés sexistes, Ruth Bader Ginsburg est désormais admirée. De nombreux ouvrages glorifient sa carrière, la photo de son visage habille des tee-shirts et des mugs, des imitations en son honneur sont faites dans la célèbre émission Saturday Night Live

Et les démocrates, encore échaudés par la confirmation houleuse à la Cour suprême en octobre de Brett Kavanaugh, strict conservateur accusé de tentative de viol, comptent sur Ruth Bader Ginsburg pour continuer à imposer des valeurs progressistes au sein de la plus haute cour des Etats-Unis.

Ambre Lepoivre