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Procès Weinstein: qui sont les femmes qui témoignent contre le producteur hollywoodien?

Depuis 2017, plus de 80 femmes accusent Harvey Weinstein de harcèlement, agression sexuelle ou viol. Si elles sont plus d'une trentaine à avoir porté plainte devant des tribunaux civils, seules trois sont à l'origine de son inculpation au pénal.

Actrices, aspirantes actrices, mannequins ou ex-employées de Harvey Weinstein... Elles sont plus de 80 à s’être élevées contre l’ancien magnat hollywoodien depuis les révélations du New York Times et du New Yorker. Le 5 octobre 2017, le quotidien américain a publié de nombreux témoignages de femmes l’accusant de harcèlement sexuel pendant près de trois décennies, et a révélé qu'il avait passé des accords avec au moins huit femmes, achetant leur silence sur leurs incriminations.

Après plus de deux années d’investigations, le procès du producteur hollywoodien s’ouvre ce lundi à New York et porte sur cinq chefs d'accusation: deux agressions sexuelles, un acte sexuel criminel au premier degré et deux viols. Une dizaine de femmes sont au cœur de l’affaire mais le litige ne concerne directement que deux d'entre elles - preuve de la difficulté de construire un dossier pénal sans preuve matérielle et sans témoin, autour de faits remontant souvent à plusieurs années. BFMTV.com fait le point sur les femmes qui vont rythmer ce procès très attendu.

Un cunnilingus "totalement non consensuel"

Mimi Haleyi est l'une des deux seules victimes de Harvey Weinstein dont l'agression a donné lieu à des poursuites pénales. Cette ancienne assistante de production l’a rencontré en 2004, alors qu’elle avait une vingtaine d’années, puis l’a régulièrement croisé à de multiples événements, comme le Festival de Cannes.

Après avoir collaboré avec le producteur sur une émission de télévision, Miriam Haleyi raconte, lors d’une conférence de presse du 24 octobre 2017: "il n’arrêtait pas de m’envoyer des messages et de m’appeler. Il s’est même présenté à mon appartement, deux fois dans la même journée, et a tenté de pénétrer de force à l’intérieur", avant d’abandonner. 

Le producteur recontacte la jeune femme quelques jours après cet événement – en juillet 2006 – et lui propose un rendez-vous à son domicile new-yorkais. Elle l’accepte "pour garder de bonnes relations" avec lui, explique-t-elle. Arrivée chez lui, il lui fait rapidement des avances sexuelles: "Je lui ai dit non, non, non, mais il a insisté." Mimi Haleyi affirme que Harvey Weinstein lui a alors imposé un cunnilingus. "C'était totalement non consensuel", a-t-elle déclaré sur MSNBC, rappelant qu'elle avait ses règles au moment de l'incident. "Il n'y a pas moyen que j'aie voulu ce qui s'est passé".

"Après cela, je me souviens que Harvey m’a demandé: 'Tu ne trouves pas qu’on est plus proches à présent?' J’ai dit non", a-t-elle ajouté devant la presse.

Violée dans une chambre d'hôtel de Manhattan

La seconde victime qui vaut à Harvey Weinstein un procès pénal a souhaité rester anonyme. Elle accuse le New-Yorkais de l'avoir violée, en mars 2013, dans une chambre d'hôtel à Manhattan. Une incrimination que la défense a déjà mise à mal en faisant valoir que le soir du viol déclaré, la jeune femme a assisté à une projection avec Harvey Weinstein.

"Pourquoi une prétendue victime irait passer la soirée avec son agresseur quelques heures seulement après les faits?", interrogent les avocats du producteur dans le média américain Vulture.

Ils ont par ailleurs produit une série de correspondances montrant, selon eux, que cette femme a continué à entretenir une relation amoureuse avec lui durant plusieurs années après les faits allégués. Des éléments qui avaient servi à la défense pour demander au juge de rejeter la plainte de la partie civile. Une requête rejetée par le magistrat, qui a estimé que ce contexte ne disculpait pas pour autant Harvey Weinstein de viol.

Prouver un comportement de "prédateur sexuel"

Annabella Sciorra, l'actrice vue notamment dans la série Les Soprano, affirme également avoir été violée par Harvey Weinstein en 1993, chez elle, après qu'il l'a contrainte à le laisser entrer. Si elle n'a révélé l'agression que fin octobre 2017, elle affirme que le producteur a tout fait pour l'empêcher de décrocher des rôles entre 1993 et 1995.

Les faits dont elle dit avoir été victime ne sont pas poursuivis dans ce procès, le délai de prescription étant dépassé. Mais son témoignage est capital pour l'accusation, qui espère prouver qu'Harvey Weinstein s'est rendu coupable de comportement de "prédateur sexuel" en agressant une série de femmes. S'il était condamné pour ce chef, il risquerait la perpétuité.

Le juge James Burke a autorisé trois autres femmes – dont l’identité n’est pas connue – à témoigner. L’une dit avoir été violée par Harvey Weinstein à Beverly Hills en 2013. La nature exacte des deux autres agressions, intervenues en 2004 et 2005, reste à éclaircir. Reste que le producteur n’est pas poursuivi pour ces faits; ces trois femmes, si elles témoignent, le feront en qualité de témoins.

Ambre Lepoivre avec AFP