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Weinstein: comment vont se dérouler les six semaines de procès ?

Photo d'Harvey Weinstein prise le 6 décembre 2019 à New-York

Photo d'Harvey Weinstein prise le 6 décembre 2019 à New-York - Eduardo Munoz Alvarez - AFP

Le procès du producteur de cinéma Harvey Weinstein s'ouvre ce lundi, et commence par deux semaines de sélection des jurés par l'accusation et la défense.

Le procès du producteur de cinéma Harvey Weinstein doit s'ouvrir ce lundi à Manhattan. Depuis les premières révélations du New York Times début octobre 2017, plus de 80 femmes ont accusé l'ex-magnat hollywoodien de les avoir harcelées, agressées sexuellement ou violées. Parmi elles de nombreuses célébrités, notamment des actrices

Au tribunal, seules deux accusatrices sont concernées: Il s'agit de l'ancienne assistante de production Mimi Haleyi, qui affirme qu'Harvey Weinstein l'a agressée sexuellement dans son appartement new-yorkais en juillet 2006. La seconde victime présumée, demeurée anonyme, l'accuse d'un viol en mars 2013 dans une chambre d'hôtel new-yorkaise.

La procédure prévue sur six semaines devrait "s'étendre sur plus de deux mois", écrit le New York Times. Elle débute ce lundi, par les directives du juge James Burke à la Cour suprême de l'État de New-York, qui donnera le calendrier à venir.

Deux semaines pour choisir les jurés

Dès ce mardi commence la sélection des jurés, qui durera deux semaines. Il s'agit pour les avocats de constituer le jury le plus favorable à son camp. L'agence Reuters explique que les avocats peuvent renvoyer un nombre "illimité" de jurés s'ils démontrent "un parti pris pour ou contre Weinstein". De surcroît, l'accusation comme la défense ont le droit de renvoyer trois jurés sans avancer aucune justification. Ils seront au total 12, plus 6 remplaçants. 

Cette étape importante représente des centaines d'heures de travail pour les avocats, qui doivent construire des profils de jurés mais aussi récolter des données sur les appelés, par exemple en vérifiant leurs comptes sur les réseaux sociaux.

Témoignages, interrogatoires et contre-interrogatoires

En plus des témoignages des deux victimes présumées d'Harvey Weinstein, le juge d'État James Burke a accepté que l'actrice Annabella Sciorra, qui dit avoir été violée par l'accusé durant la période 1993-94, témoigne au procès. L'accusation a également obtenu de pouvoir faire témoigner trois autres victimes présumées d'Harvey Weinstein, pour pouvoir brosser le tableau d'un prédateur sexuel insatiable.

Ces témoins, dont les allégations sont trop datées pour pouvoir poursuivre le producteur en justice, pourraient aider à contourner certaines des contraintes de l'accusation: le manque, voire l'absence, de témoins et de preuves. Elles seront soumises à des interrogatoires et contre-interrogatoires.

"Si [Harvey Weinstein] est condamné, il risquera la perpétuité. Les enjeux sont donc importants, et ses avocats feront tout pour attaquer la crédibilité des témoins", explique à l'AFP Gloria Allred, la plus connue des avocats américains de victimes d'agressions sexuelles. "Je ne suis pas certaine qu'on puisse être parfaitement préparé à témoigner dans un procès aussi médiatique, mais elles vont rassembler leurs forces, et puiser en elles-mêmes pour dire leur vérité", déclare-t-elle à propos des victimes présumées.

En revanche "Pour M. Weinstein, je serais vraiment choquée s'il témoignait. Il s'exposerait à un vigoureux contre-interrogatoire de l'accusation, auquel je ne crois pas qu'il résisterait", continue l'avocate.

Journalistes, accusatrices et militantes dans le public

Si Harvey Weinstein est devenu un paria pour l'opinion, l'accusation est toutefois loin d'être assurée d'obtenir la condamnation du producteur, qui a toujours assuré que ses relations sexuelles étaient consenties. La défense a déjà tenté de saper les témoignages des deux victimes présumées en produisant des courriers électroniques et textos montrant qu'elles étaient chacune restées en contact avec lui, plusieurs mois après les faits supposés.

Le procès, du producteur s'annonce comme l'un des plus suivis de l'année: quelque 150 journalistes - sans compter ceux qui suivent régulièrement les tribunaux new-yorkais - ont demandé un accès à la salle d'audience qui ne compte qu'une centaine de places. Des accusatrices du producteur et des militantes pourraient également se presser sur les bancs du public, pour soutenir les victimes présumées du producteur.

Salomé Vincendon avec AFP