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Présidentielle américaine: anti-Trump acharné, Bill Weld espère encore être le candidat républicain

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Depuis plusieurs mois, cet ancien gouverneur multiplie les attaques contre l'actuel président américain, qu'il espère bien faire plier dans les urnes, malgré des sondages peu flatteurs.

Existe-t-il une réelle alternative à Donald Trump chez les Républicains? Au vu des premiers résultats de la primaire en Iowa, où le président sortant a raflé près de 97% des votes, la question ne semble pas se poser. Un score écrasant, qui a valu à l’un de ses rares prétendants, le parlementaire conservateur Joe Walsh, de jeter l’éponge.

Pourtant, il reste encore un dernier vaillant à s’attaquer au mastodonte Trump. Avec son 1,3% de votes en Iowa, Bill Weid est tout sauf un débutant. Âgé de 74 ans, cet ancien gouverneur du Massachusetts compte défendre crânement sa chance jusqu’au bout. Malgré ses chances de victoire extrêmement minces, le septuagénaire entend bien faire entendre jusqu'au bout son leitmotiv: "L’Amérique mérite mieux" ("America deserves better", en version originale).

Anti-Trump convaincu

Dès l’annonce de sa candidature, en avril 2019, Bill Weld s’est voulu un opposant féroce à Donald Trump. Et celui qui a récemment avoué qu’il aurait aimé voter contre le président dans le cadre de la procédure de destitution, ne laisse passer aucune occasion de montrer sa colère. Pour lui, une réélection serait même synonyme de "tragédie politique."

En septembre dernier, alors que Donald Trump était empêtré dans l’affaire ukrainienne, dans laquelle il était accusé d’avoir demandé à son homologue Volodymyr Zelensky d'enquêter sur son principal rival pour la présidentielle de 2020, Joe Biden, et son fils Hunter, Weld est monté au créneau.

"C’est de la trahison. C’est de la trahison pure et simple. En vertu du code américain, la peine pour trahison est la mort. C’est la seule sanction", avait-il dit dans une émission de la chaîne MSBC.

"Raciste enragé"

Cette volonté de mise à mort, symbolique, se retrouve dans bon nombre des différentes sorties de Weld depuis maintenant plusieurs semaines. Fraîchement candidat, il avait, en avril, assuré que si "Donald Trump (était) un vrai patriote américain, il devrait démissionner."

"La malhonnêteté et la paranoïa rampantes de Trump le rendent incapable d’être président. Pour une fois, il devrait faire passer le bien des États-Unis avant son propre ego et démissionner", avait-il écrit dans un éditorial publié sur le site The Bulwark.

Et les attaques ne s’arrêtent pas là. Lors d’un discours tenu lors de la convention du NAACP (National Association for the Advancement of Colored People), Bill Weld avait qualifié son adversaire de "raciste enragé."

"Il est raciste de manière complète et profonde. Il a fait ce choix, et il l’a fait il y a longtemps quand il était dans l’immobilier à New York avec son père", avait-il insisté.

Le choix de l'Amérique

Ce désaveu total et assumé de Donald Trump et de sa politique se retrouve d’ailleurs dans son programme. L’immigration est l’un des points de désaccords les plus criants entre les deux hommes puisque pour Weld, "les États-Unis doivent être une nation qui construit des ponts, et non pas des murs." Une référence directe au projet pharaonique voulu par l’actuel occupant de la Maison-Blanche.

Pour lui, le pays doit avant tout revoir son système de visas pour les travailleurs émigrés et les étudiants. Selon les mots de son programme, les États-Unis "éduquent leurs compétiteurs puis les renvoient en Chine ou dans d’autres pays adversaires économiques du pays." Une situation qu’il souhaite inverser sur le long terme.

Sur le climat également, Bill Weld se veut aux antipodes de Donald Trump qui, au cours de son mandat, a fait part de ses théories climato-sceptiques à plusieurs reprises. Dans son programme, sa volonté de mettre les changements climatiques au sommet de ses préoccupations est affirmée. En cas d’élection au poste suprême, il affirme d’ailleurs que le pays réintégrerait immédiatement l'accord de Paris, quitté en 2017 avec pertes et fracas.

Dans le cadre d’une transition énergétique rationnelle, une réduction drastique, voire une élimination des émissions de carbone est évoquée, "aussi rapidement que nécessaire."

Le New Hampshire et l’esprit de Pat Buchanan

Malgré ses mauvais scores en Iowa, Bill Weld continue de croire en ses chances de renverser Donald Trump, ou du moins de jouer le rôle du poil à gratter jusqu’à l’intronisation finale. Auprès des Échos, le septuagénaire avouait même à demi-mot avoir fait l’impasse sur l’état rural afin de se concentrer sur le New Hampshire, qui pourrait déjà s’avérer décisif, et où le vote a lieu ce mardi.

"J'ai passé 250 jours dans le New Hampshire, plus que n'importe quel autre candidat. Sans oublier le Massachusetts et le Vermont, qui voteront lors du Super Tuesday", s’exclame-t-il, sûr de son fait.

Pour autant, celui qui n’a remporté qu’un seul délégué (contre une centaine pour Trump, ndlr) lors du premier scrutin pourrait se heurter à un nouvel obstacle important. Les sections locales du parti Républicain ont en effet, dans certains Etats, tout bonnement annulé les primaires, considérant que de toutes manières, Donald Trump ne pouvait être battu.

Face à l’adversité et à la réalité des chiffres, Bill Weld ne peut désormais que faire qu’appel à l’Histoire. Auprès des Échos, le candidat se réclame comme le Pat Buchanan de 2020, en référence à l’adversaire malheureux de George Bush père en 1992.

"En 1992, Pat Buchanan a posé des problèmes à George H. W. Bush, qui était alors le président sortant. Jusqu'à obtenir 37% dans le New Hampshire", conclut-il.

A l’heure actuelle, Bill Weld n’est crédité que de 12% d’intentions de votes dans ce petit Etat du nord-est des États-Unis.

Hugo Septier