BFMTV

Pourquoi les tensions entre États-Unis et Iran se sont-elles accentuées ces derniers jours?

Des manifestants irakiens brûlent un drapeau américain à Bassora, le 30 décembre 2019.

Des manifestants irakiens brûlent un drapeau américain à Bassora, le 30 décembre 2019. - HUSSEIN FALEH / AFP

Sur fond de crise irakienne, Iran et États-Unis poursuivent leurs invectives et ne souhaitent pas céder de terrain dans la région.

L'attaque mardi de l'ambassade américaine à Bagdad, en Irak, semble être le point d'orgue des tensions entre les États-Unis et l'Iran, qui se sont accentuées ces dernières semaines dans ce pays encore marqué par des années de guerre. 

  • Tirs de roquettes, représailles et ambassade attaquée

Dimanche, des avions américains avaient répliqué à des tirs de roquettes ayant tué vendredi 27 décembre un sous-traitant américain sur une base militaire du nord du pays. De fait, l'armée américaine a bombardé les bases des Brigades du Hezbollah, une faction pro-Iran en Irak qu'ils accusent d'être derrière ces tirs de roquettes, tuant 25 combattants.

Et ce mardi, c'est précisément le cortège funéraire de ces 25 morts qui a convergé vers l'ambassade américaine à Bagdad, avant que des milliers de ses participants ne s'en prennent à la première enceinte du bâtiment avec des béliers de fortune, des barres de fer et autres cocktails Molotov. Des forces américaines de l'ambassade ont tiré des grenades lacrymogènes et assourdissantes pour repousser les assaillants. 

  • Trump et Khamenei se rejettent la faute

Un événement qui a accéléré les invectives entre les deux pays. A la suite de l'attaque de l'ambassade, Donald Trump, comme à son habitude, s'est montré tranchant sur les réseaux sociaux, menaçant de faire payer le "prix fort" à Téhéran

"L'Iran sera tenu pleinement responsable des vies perdues ou des dégâts occasionnés dans nos installations. Ils paieront LE PRIX FORT!", a prévenu dans un tweet le président des Etats-Unis. "Ceci n'est pas une Mise en garde, c'est une Menace", a-t-il écrit sur Twitter. 

De son côté, le guide de la République islamique d'Iran, l'ayatollah Ali Khamenei a, ce mercredi, "condamné avec force la malveillance" des Etats-Unis, après les frappes aériennes américaines ayant pris pour cible dimanche une force pro-iranienne en Irak.

"Le gouvernement, la nation iranienne et moi condamnons avec force la malveillance des Etats-Unis", a-t-il dit sur son compte Twitter, réagissant pour la première fois aux raids contre des bases des Brigades du Hezbollah.
  • L'Irak, terreau des tensions entre Iran et États-Unis

Et ces tensions trouvent leur écho sur le territoire irakien. Sur Twitter, un responsable du Hachd (une coalition paramilitaire de milices en majorité chiites, ndlr) a fait un parallèle entre l'attaque contre l'ambassade à Bagdad et la prise d'otages à l'ambassade des Etats-Unis à Téhéran en 1979, qui reste un traumatisme pour les Américains.

L'Irak est déjà secoué depuis le 1er octobre par une révolte populaire qui dénonce le pouvoir, accusé de corruption et d'incompétence, de même que l'influence du voisin iranien.

Alors que la flambée de tensions irano-américaines a semblé éclipser ce mouvement inédit qui se poursuit, les députés, incapables de s'accorder sur les réformes réclamées par les manifestants antipouvoir, s'activent désormais à d'autres changements.

Ces deux derniers jours, plus d'une centaine d'entre eux ont signé un appel à inscrire l'éviction des troupes étrangères d'Irak à l'ordre du jour du Parlement.

  • "Non à l'Amérique"

Toutefois, Donald Trump a, toujours sur les réseaux sociaux, nié la possibilité d'une guerre contre l'Iran. "Je ne vois pas cela se produire", a-t-il répondu à un journaliste. 

Le secrétaire à la Défense Mark Esper a cependant annoncé que quelque 750 soldats américains supplémentaires allaient être déployés "immédiatement" au Moyen-Orient "en réponse aux événements récents en Irak".

Ce mardi, les protestataires en colère avaient laissé des graffitis sur les murs de l'ambassade: "Non à l'Amérique", "Fermé sur ordre des brigades de la résistance", peut-on y lire. De même que: "Soleimani est mon chef", en référence au puissant général iranien Qassem Soleimani, qui déjà préside aux négociations pour former le futur gouvernement en Irak.

Hugo Septier avec AFP