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Pigeons, dauphins: la CIA déclassifie ses programmes d'animaux-espions durant la guerre froide

Pigeon voyageur

Pigeon voyageur - Kenzo TRIBOUILLARD / AFP

La CIA vient de rendre publics, comme l'a révélé la BBC ce week-end, des dossiers établis par la CIA au cours de la guerre froide, dans lesquels des opérations impliquant des animaux sont envisagées.

Oiseaux, chats, chiens, dauphins, c'est tout un bestiaire qui passe une tête hors des dossiers nouvellement déclassifiés par la CIA, et évoqués ce week-end par le site de la BBC. Ces dossiers, depuis longtemps remisés dans les archives de l'Agence, compilent les informations relatives à des programmes lancés pendant la guerre froide. 

Opérations déclassifiées... mais toujours secrètes 

C'est tout d'abord l'opération Tacana qui fait figure de vedette dans ces initiatives atypiques de la CIA. Préparée depuis les années 60, héritant de la feuille de route du MI14 (d) britannique sous la Seconde Guerre mondiale, le "Secret Pigeon Service", elle est lancée au milieu des années 70. On attendait de ces volatiles qu'ils transportent avec eux un mini-appareil photo, lourd de seulement 35 grammes, apte à prendre automatiquement des photos.

L'idée était de les convoyer dans le plus grand secret près d'un site stratégique en URSS, de les relâcher puis de miser sur leur capacité naturelle à voleter jusqu'à leur point de départ, une fois la séance photo accomplie. Parmi les documents rendus publics, on trouve un rapport de septembre 1976 prônant ce genre de mission dans les chantiers navals de Léningrad, d'où sortaient les sous-marins soviétiques les plus performants. Mais toute déclassification a ses limites. Celle-ci en effet ne dit rien du déclenchement éventuel de l'opération, ni même d'autres offensives aviaires. 

Les ailes de l'ombre 

On sait en revanche que les pigeons avaient déjà fait la preuve de leur efficacité lors de deux tests. L'un avait impliqué un survol d'une prison américaine, l'autre d'un quartier de Washington. La qualité des photos avait fait bonne impression, les agents estimant qu'elles étaient de meilleure qualité que les clichés tirés des satellites-espions. 

Mais la CIA tablait également sur d'autres ailes. Ainsi, des corbeaux ont été entraînés à déposer des objets légers (jusqu'à 40 grammes) sur des rebords de fenêtres et à venir les rechercher. On envisageait de leur indiquer l'endroit où se poser grâce à un laser avant de les aiguiller sur le chemin du retour au moyen d'une lampe spéciale. 

Les agents aquatiques 

Enfin, le service de contre-espionnage américain a examiné la possibilité d'employer des oiseaux migrateurs afin de placer des détecteurs à même de repérer une éventuelle projection d'armes chimiques par l'URSS. 

Mais les dossiers l'affirment: les oiseaux n'ont pas été les seuls à être enrôlés. On relève notamment que du matériel d'écoute a été placé sur des chats.

Et c'est dans l'eau que la CIA a fourni son effort le plus significatif. Les spécialistes se sont en effet tournés vers les dauphins. On a voulu les faire pénétrer dans des ports, les équiper d'accessoires pour enregistrer les sons de sous-marins, capter l'usage d'armes biologiques ou chimiques, voire placer des paquets sur les coques ennemies. Mais ces stratagèmes pensés dès les années 60 ont achoppé sur une difficulté: il était difficile à l'animal de passer de la supervision de son dresseur à celle de son agent de référence, pour mener sa tâche à bien. 

Robin Verner