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Comment la police australienne a géré pendant un an un site de pédophilie

Les policiers australiens ont pris les commandes d'un site pédopornographique. (Image d'illustration)

Les policiers australiens ont pris les commandes d'un site pédopornographique. (Image d'illustration) - AFP

Des milliers de pédophiles dans une douzaine de pays ont été arrêtés après s'être fait piéger par la police australienne qui a pris les commandes d'un site de partage de photos pédopornographiques. Malgré les résultats, la méthode est critiquée.

La fin justifie-t-elle les moyens? C'est la question qui se pose après la méthode utilisée pour traquer et confondre des pédophiles dans le monde entier. Pendant un an, la police australienne a pris les commandes d'un site de photos pédopornographiques pour mener son enquête et remonter jusqu'aux délinquants sexuels. Au total, les autorités australiennes, mais aussi américaines et européennes, ont arrêté des pédophiles dans une douzaine de pays.

Le stratagème a pris forme en octobre 2016 après l'arrestation de l'administrateur de ce forum, baptisé Childs Play (Jeu d'enfants). Un lieu de rencontres virtuel où des milliers d'images pédopornographiques circulaient. Le Canadien est alors accusé, avec un complice, un Américain, et condamné pour le viol d'une fillette de 4 ans. Les policiers australiens mettent la main sur ses identifiants et commencent à gérer le site, qui a été fermé en septembre dernier.

Violation des droits de l'enfant

Une cellule est alors montée pour piéger les 3.000 à 4.000 utilisateurs de Childs Plays: la Task Force Argos. Pour maintenir leur couverture, les policiers vont d'abord poster un message pour expliquer l'absence inexpliquée de l'administrateur du site qui postait tous les mois un message sur le forum. "Quel mois! C'est un mois dont je me souviendrais", écrivent-ils. Les policiers vont alors jusqu'à poster des photos d'enfants nus pour ne pas éveiller les soupçons. Les utilisateurs ont alors pu continuer à surfer sur dark web sans s'inquiéter.

Cette opération a permis "de sauver de nombreux enfants dans le monde" et a permis l'arrestation de "délinquants sexuels responsables de crimes graves", estime le responsable de la Task Force Argos auprès du Guardian, qui révèle l'information en coordination avec leurs confrères norvégiens de VG.

Mais la méthode pose problème. Si l'association australienne de protection de l'enfance, Bravehearts, estime qu'il y a "une guerre" à gagner contre la pédophilie et soutient la technique "à 100% car les images utilisées sont des images déjà existante", l'Unicef a condamné la pratique estimant qu'elle violait la convention relative aux droit de l'enfant. "La lutte contre les réseaux de pédophiles est un travail important et louable, indique Patricia Kaate, conseillère à Amnesty international. Mais les tactiques de la police dans les opérations clandestines ne doivent pas violer les droits de l'homme internationaux."

J.C.