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"Nous sommes de vraies personnes", assure la mère de la fillette qui tweete son quotidien à Alep

Bana, 7 ans, et sa mère lors d'une interview donnée à CNN

Bana, 7 ans, et sa mère lors d'une interview donnée à CNN - Youtube

"Nous ne sommes pas des figures de propagande", a déclaré Fatemah, la mère de la fillette qui tweete son quotidien sous les bombes à Alep. Elle craint d'être devenue une cible pour le régime syrien.

Elle a donné une interview sous les bombes d'Alep. Fatemah, la mère de la petite fille qui tweete depuis cette ville martyre du nord de la Syrie, a accordé un entretien à CNN dimanche. "Nous sommes sûrs que le monde nous écoute, le monde écoute les enfants", a déclaré Fatemah Alabed.

La mère de famille a évoqué son quotidien, extrêmement difficile. "Nous n'avons pas assez de nourriture, même d'eau, nous n'avons pas d'eau potable. Nous ne buvons qu'une tasse chaque jour", a-t-elle expliqué. La petite fille a également été interrogée via skype. Bana s'est empressée de montrer les dents de lait qu'elle venait tout juste de perdre avant d'ajouter: "Il y a toujours des bombardements. Même la nuit ils bombardent notre maison. Nous allons mourir."

"Nous ne sommes pas des figures de propagande"

Certains médias pro-régime et pro-russes ont mis en cause l'authenticité des messages postés, estimant qu'il s'agissait d'une manœuvre de propagande des rebelles. Ils ont également contesté l'existence de la mère de famille et de Bana. Fatemah a voulu rétablir la vérité.

"Je suis toujours ici. Je me bats toujours pour la vie de nos enfants. Nous ne sommes pas des figures de propagande. Nous sommes de vraies personnes. Nous sommes des gens d'Alep."

Elle craint d'être devenue une cible pour Bachar al-Assad. "J'ai reçu plein de messages de menaces sur Twitter. Je crois que nous sommes vraiment visés par les gens du régime, aussi je ne peux rien dire à personne. Même mes parents ne savent pas où j'habite." Elle n'ose pas quitter Alep, de peur d'être reconnue.

"Peut-être qu'ils vont me prendre, prendre mon mari, nous faire souffrir, tuer nos enfants sous nos yeux."

Tout en étant interrogée sur CNN, la petite fille a continué de publier des messages. "Je suis en train de m'adresser au monde depuis le quartier est d'Alep. C'est peut-être ma dernière heure de vie ou de mort."

Depuis lundi, la deuxième ville de Syrie est sur le point de tomber aux mains du régime et de ses alliés après quatre semaines d'une offensive dévastatrice contre les rebelles. Le secrétaire général des Nations unies s'est alarmé d'informations selon lesquelles des atrocités ont été commises ces dernières heures dans la ville d'Alep "contre un grand nombre" de civils, dont des femmes et des enfants. "Mon père est blessé. Je pleure", a publié Bana lundi.

Les messages postés sont toujours plus poignants. Comme ceux publiés ces dernières heures. "Dernier message - Les gens meurent depuis la nuit dernière. Je n'en reviens pas que je puisse encore tweeter et que je sois toujours en vie", a publié la mère de la petite fille. 

"Dernier message - Je suis très triste que personne au monde ne nous vienne en aide, personne n'évacue ma fille et moi", a-t-elle également posté un peu plus tôt.

Dimanche, la mère de Bana a évoqué un tir de roquette sur leur nouvelle maison -la précédente a été détruite par des bombes fin novembre.

"C'est le pire bombardement que j'aie jamais vu. Nous sommes déjà convaincus que nous allons mourir."

Depuis le mois de septembre, Bana Alabed raconte son quotidien sur Twitter. La petite fille âgée de 7 ans vit avec sa mère, Fatemah, et ses deux petits frères à Alep, la deuxième ville syrienne. Pour témoigner de la vie sous les bombes, Fatemah a décidé de faire parler sa fille.

Le compte Twitter @alabedbana est devenu une chronique de sa vie sous le siège d'Alep. Ouvert le 24 septembre, tout a débuté avec un tweet simple "I need peace", "J'ai besoin de paix".

"Nulle part où aller. Adieu"

Début décembre, son compte twitter avait été supprimé. Un dernier message avait laissé craindre le pire à ses 210.000 followers qui avaient lancé le hashtag #whereisBana, soit "où est Bana", pour tenter d'obtenir des nouvelles de la fillette. "Nous sommes certains que l'armée va nous capturer maintenant. Nous nous retrouverons dans un autre monde. Bye - Fatemah", avait publié dans un dernier post sa mère.

Vingt-quatre heures plus tard, le compte avait été réactivé mais les nouvelles n'étaient pas rassurantes. "Assailli. Nulle part où aller, chaque minute rapproche de la mort. Priez pour nous. Adieu - Fatemah".

Céline Hussonnois-Alaya