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La reprise de Palmyre, une victoire symbolique et stratégique

L'armée de Bachar al-Assad a annoncé ce dimanche avoir repris le contrôle de la cité antique de Palmyre, tombée aux mains de Daesh en mai 2015. Si sa perte avait été un coup très dur pour le régime syrien, sa reconquête a aujourd'hui une double valeur, symbolique et stratégique.

Après dix mois d'occupation, Palmyre enfin libérée. Les premières images du site antique de Palmyre, repris ce dimanche par l'armée syrienne, ont été filmées par un drone de la télévision russe. Aux mains des jihadistes de Daesh depuis mai 2015, la célèbre cité syrienne a été reconquise dimanche par l'armée de Bachar al-Assad, qui a ainsi infligé une cuisante défaite à son ennemi. Mais en moins d'une année, le groupe jihadiste a commis de nombreux dommages sur le site doublement millénaire, classé au patrimoine mondial de l'Unesco.

Une victoire majeure

Il s'agit de la victoire la plus importante du régime face à Daesh depuis l'intervention militaire fin septembre 2015 dans le conflit syrien de la Russie, allié indéfectible du président Assad.

S'exprimant devant des députés français en visite à Damas, le leader syrien a qualifié d'"important exploit" la libération de Palmyre, une ville vieille de plus de 2.000 ans dont les ruines sont classées au patrimoine mondial de l'Unesco. Il s'agit d'une "nouvelle preuve de l'efficacité de la stratégie de l'armée et de ses alliés dans la guerre contre le terrorisme, en comparaison avec le manque de sérieux de la coalition menée par les Etats-Unis" contre Daesh, a-t-il ajouté.

Dans les rues de Palmyre, abandonnée par ses habitants, les soldats de Bachar al-Assad célèbrent la victoire obtenue après d’intenses combats. Mais aucun n’ose encore s’aventurer parmi les ruines doublement millénaires, que les jihadistes auraient truffé d'explosifs avant leur départ. La reprise de la cité antique est une aubaine pour le pouvoir syrien, car elle ouvre la voie à la reconquête d'autres territoires situés au nord et à l’est, occupés par Daesh.

"C'est un objectif stratégique sur le plan militaire", souligne le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire auprès de l'ONU, au micro de BFMTV. "Le prochain objectif peut être Raqqa, et tout cela se passe en même temps que l'offensive de Mossoul, du côté irakien. Daesh est pris en tenaille sur deux directions différentes". 

La cité antique et le musée partiellement abîmés

Sur place, d'énormes destructions témoignent de la violence des combats. Dans chaque quartier de la ville moderne de Palmyre, les immeubles portent l'impact de balles et des trous béants défigurent leurs façades.

Dans le site antique, le slogan "Daesh restera" a été inscrit sur l'une des pierres anciennes. Outre les destructions déjà connues des deux grands temples de Bêl et Baalshamin, et de l'Arc de triomphe, la télévision d'Etat syrienne a montré des images de destructions dans le musée de Palmyre avec des têtes de statues renversées, le sol couvert de débris et un grand cratère au plafond.

Cinq ans de rénovation nécessaires

Mais selon les experts, la plupart des trésors détruits par les jihadistes pourront être restaurés.

"Il y a des dizaines de bâtiments historiques qui sont toujours là. Le théâtre et les murs du temple de Bêl sont en bon état. La citadelle a subi quelques dégâts, mais nous serons en mesure de la réparer", fait valoir le chef des Antiquités et des Musées de Syrie, Maamoun Abdelkarim. Selon lui, il faudra cinq ans pour réhabiliter les monuments détruits ou endommagés de Palmyre. 

Reste à connaître l'ampleur des pillages, et les destructions des parties invisibles du site, telles que les tombeaux souterrains, souligne l'historien spécialiste du monde antique Maurice Sartre, interrogé par l'AFP. 
Adrienne Sigel, avec AFP