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L'utopie de l'Etat islamique démontée par des réfugiés

Installé entre l’Irak et la Syrie, le territoire contrôlé par Daesh est censé être la vitrine de l’organisation. Mais des rescapés de Raqqa, qui fuient en masse la capitale du "califat", racontent ses exécutions barbares et sa charia féroce.

Dans les images de propagande en ligne, on voit régulièrement des Syriens soutenir l'Etat islamique en pleine rue. Il s'agit juste de gens terrorisés pour Fatima. Cette mère de cinq enfants a fui la Syrie pour la Turquie afin d’échapper aux bombardements. Selon elle, si les Syriens approuvent le califat, ce n’est pas par conviction mais par crainte des représailles.

"Les islamistes vous laissent tranquille si vous faites ce qu’ils disent. Nous ne parlons de Daesh qu’avec des gens de confiance", explique-t-elle.

Mohammed, lui, a été prisonnier de l’Etat islamique. Il était battu quotidiennement par les combattants. "Tous ces discours sur l'application de la charia et les valeurs islamiques c’est juste de la propagande. Daesh est basé sur la torture et le meurtre", selon l'activiste syrien rencontré par AP.

"Un gang de criminels qui prétend être un Etat"

Il raconte que pendant sa détention, un jour, il a été caché avec d'autres prisonniers dans la salle de bain du lieu de détention. La raison? Un imam venait inspecter le bâtiment. Il a dit aux combattants qu'ils ne devaient pas torturer les prisonniers et qu'ils devaient relâcher dans les 30 jours les personnes contre qui ils n'avaient pas de charge. Une fois parti, les sévices ont repris.

"C'est un gang de criminels qui prétend être une Etat", raconte-t-il depuis la Turquie où il a fui en octobre.

En dépit des atrocités qui ont fait sa notoriété, Daesh avait réussi à susciter de l'espoir chez certains sunnites à l'été 2014. Il présentait une rupture avec la dictature d'Assad, et promettait de rendre justice à travers son interprétation extrême de la charia et d'assurer des services à la population, comme des prêts aux agriculteurs, l'eau et l'électricité ou l'aumône aux pauvres.

De plus en plus de Syriens qui ont récemment échappé à Daesh expliquent publiquement que la désillusion grandit alors que Daesh échoue à établir son utopie d'un Etat réellement islamique se basant sur des règles de justice, d'égalité et bonne gouvernance. Au lieu de cela, le groupe ressemble à la dictature du président syrien Bashar Assad que de nombreux Syriens avaient cherché à faire tomber, avec un recours à des informateurs qui font taire une population craintive. 

Une nouvelle élite: les combattants djihadistes

Pire, le califat a fait naître une nouvelle élite: les combattants djihadistes. Ils jouissent d'avantages spéciaux et de faveurs devant les tribunaux, au mépris du peuple et en ignorant les décisions de leurs propres clercs.

Les jihadistes violents ne s’engagent pas pour défendre leur religion, d’après Hossam mais pour l’argent et les avantages matériels. "Les hommes de Daesh conduisent des voitures de luxe et mangent dans les meilleurs restaurants. Celui qui a un ami ou un parent appartenant à Daesh a une vie meilleure", selon cet ancien résident d'Alep.

Selon de nombreuses personnes interrogées par l'Associated Press, de longues coupures d'eau et d'électricité sont fréquentes dans les villes et villages contrôlés par Daesh, et des prix du pétrole et du gaz ont augmenté.

Daesh aurait perdu 30% du territoire qu’il tenait en Irak et en Syrie l’an dernier, selon la coalition internationale.

K. L. avec Anne-Sophie Warmont