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Des bombardements au phosphore blanc menés par la coalition internationale à Raqqa

Un membre des forces syriennes pro-gouvernementales tient un drapeau du groupe Daesh après avoir repris le village de Dibsiafnan aux abords de Raqqa, en Syrie, le 11 juin 2017

Un membre des forces syriennes pro-gouvernementales tient un drapeau du groupe Daesh après avoir repris le village de Dibsiafnan aux abords de Raqqa, en Syrie, le 11 juin 2017 - George Ourfalian-AFP

La coalition internationale, menée par les États-Unis, a fait usage de phosphore blanc à Raqqa dans sa lutte contre les jihadistes de Daesh. Une arme controversée et particulièrement dangereuse pour les civils.

Du phosphore blanc à Raqqa. La coalition internationale, dans sa bataille contre les jihadistes de Daesh pour reprendre leur fief de Raqqa, en Syrie, a fait usage de phosphore blanc. Des images des bombardements montrant des munitions qui se dispersent, typiques du phosphore blanc, ont été diffusées sur les réseaux sociaux, notamment par les activistes du réseau "Raqqa Is Being Slaughtered Silently", "Raqqa se fait massacrer en silence".

Si le colonel Ryan Dillon, porte-parole de la coalition, a refusé de "discuter les détails de l'utilisation de nos munitions ou de nos capacités (militaires)", il a précisé que le phosphore blanc était utilisé "conformément au droit de la guerre" et "en prenant en considération les effets possibles sur les civils et l'infrastructure civile".

Ces armes "représentent un danger double"

Ce produit est généralement utilisé pour créer des écrans de fumée ou marquer un champ de bataille, mais il peut également être utilisé comme une arme incendiaire meurtrière, ce qui est interdit par le droit international. Il provoque des brûlures très profondes, jusqu'à l'os, et entraîne la mort.

"L'usage du phosphore blanc est interdit par le protocole sur l'interdiction ou la limitation de l'emploi des armes incendiaires contre des objectifs militaires si ceux-ci ne sont pas clairement séparés de l'emplacement des civils", rappelle le site Les Observateurs de France 24. Or, d'après les Nations unies, environ 160.000 personnes vivent toujours à Raqqa, contre 500 jihadistes, selon les estimations du Pentagone.

Selon Aymeric Elluin, responsable du plaidoyer armes et impunité d'Amnesty International, ces armes controversées "représentent un danger double, immédiat et sur la durée", a-t-il expliqué au Monde.

"Sur l'instant, elles tuent et mutilent. Et ont un effet sur le long terme. Ce sont des obus qui dispersent des feutres imprégnés de phosphore blanc. Enfouis sous le sable, ils peuvent s'éteindre provisoirement, puis se rallumer spontanément au contact de l'air, en étant par exemple déplacés par des civils. Ils ont le même effet à terme que des mines antipersonnel."

"Minimiser les risques pour la population civile"

L'ONG Human Rights Watch a exhorté ce mercredi la coalition internationale menée par Washington, qui combat le groupe Daesh en Syrie et en Irak, à protéger la population civile des effets du phosphore blanc qu'elle utilise.

"Peu importe comment il est utilisé, le phosphore blanc présente un risque élevé d'effets néfastes et durables sur les villes densément peuplées", souligne Steve Goose, directeur de la division armes de l'ONG. "Les forces conduites par les États-Unis doivent prendre toutes les précautions possibles pour minimiser les risques pour la population civile quand elles utilisent du phosphore blanc en Irak et en Syrie."

HRW a dit ne pas avoir pu vérifier de manière indépendante si des civils avaient été touchés. Mais l'Observatoire syrien des droits de l'Homme a fait état de la mort de 23 civils, tués le 8 juin à Raqqa par du phosphore blanc. L'Observatoire avait indiqué que des munitions au phosphore avaient été lancées par des avions de la coalition.

L'assaut final contre le bastion de Daesh

Comme le rappelle L'Express, "le phosphore blanc a été utilisé par le régime syrien à Alep et (...) par l'Arabie saoudite au Yémen, (...) par l'armée américaine en Irak lors de la reprise de Fallouja, en 2004, par Israël à Gaza, en 2009, et par la Russie en Tchétchénie, en 1994".

L'assaut final contre le bastion de Daesh à Raqqa a été lancé le 7 juin, après des mois de combats dans la région. Les Forces démocratiques syriennes (FDS), formées de combattants arabes et kurdes, soutenues par Washington, tentent de reprendre à l'organisation jihadiste son principal bastion dans le pays. 

Située au nord de la Syrie, Raqqa, ville aujourd'hui qualifiée de "capitale du terrorisme", est devenue en mars 2013 la première capitale provinciale à tomber aux mains de groupes de combattants opposés au régime de Bachar al-Assad. 

C.H.A. avec AFP