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Accord sur la Syrie: Washington et Moscou parlent-ils la même langue?

John Kerry (g.) et Serguei Lavrov, vendredi à Genève.

John Kerry (g.) et Serguei Lavrov, vendredi à Genève. - -

Alors que le régime de Damas salue un accord qui permet d’éviter la guerre, un influent parlementaire russe souligne l’hypothèse d’interprétations opposées entre Washington et Moscou.

La Russie et les Etats-Unis sont enfin parvenus à un accord samedi sur le dossier syrien. Damas a une semaine pour présenter une liste de ses armes chimiques qu’elle doit détruire d’ici la fin du premier semestre 2014. Tandis que le ministre syrien de la Réconciliation, Ali Haïdar, salue une entente qui permet d’éviter la guerre, un influent parlementaire russe soulève l’hypothèse d’une différence d’interprétation de l’accord entre Washington et Moscou.

"La question principale qui se pose maintenant est de voir si le règlement syrien ne deviendra pas l'objet d'interprétations différentes voire opposées aux Etats-Unis et en Russie", comme c'était le cas dans le passé, a déclaré Alexeï Pouchkov, chef de la commission des affaires étrangères de la Douma (chambre basse du Parlement russe) à l'agence Interfax.

Un succès de la diplomatie russe

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, et le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, ont conclu samedi à Genève un accord ambitieux sur le démantèlement de l'arsenal chimique syrien d'ici à la mi-2014, qui prévoit une résolution de l'ONU autorisant éventuellement le recours à la force en cas de manquement aux engagements du régime syrien.

La Russie, l'un des derniers alliés du régime de Damas auquel elle livre des armes, a jusqu'à présent bloqué toutes les résolutions contraignantes occidentales sur la Syrie. Alexeï Pouchkov a également estimé que cet accord était "un succès de la diplomatie russe".

La Russie a provoqué le 9 septembre un coup de théâtre diplomatique avec sa proposition sur les armes chimiques syriennes. "Les Etats-Unis n'ont plus la possibilité de jouer le premier violon. On les a privés dans une certaine mesure de leur atout militaire", a souligné le parlementaire tout en ajoutant que les Etats-Unis pourrait revenir à leurs menaces militaires.

Obama ne renonce pas à ses menaces

Un avis partagé par l'analyste russe Fedor Loukianov, rédacteur en chef de la revue "la Russie dans la politique mondiale". "Le président Barack Obama ne peux pas et ne va pas renoncer à ses menaces. S'il le faisait, il y aurait un risque que tout s'enlise", a déclaré Alexeï Loukianov sur la radio Echo de Moscou.

"La mise en oeuvre de ce plan comporte de nombreux risques et le fait qu'on évoque le chapitre 7 de la charte de l'ONU qui autorise le recours à la force (...) pourrait être interprété comme une base légale pour lancer une opération militaire", a souligné l'expert. "Il est trop tôt pour célébrer une victoire, la victoire est encore loin", a-t-il conclu.

L. B. avec AFP