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Israël veut interdire de filmer ou photographier ses soldats en service

Un soldat israélien escalade un lance-roquettes près de la frontière syrienne, le 10 mai 2018.

Un soldat israélien escalade un lance-roquettes près de la frontière syrienne, le 10 mai 2018. - Jalaa Marey - AFP

Le projet de loi prévoit de pénaliser les personnes filmant ou photographiant des soldats israéliens "de manière à (les) démoraliser" ou à "porter atteinte à la sécurité de l'Etat". L'opposition dénonce une loi "dangereuse et antidémocratique".

Toute personne filmant, photographiant ou enregistrant des soldats israéliens en vue de "porter atteinte à la sécurité de l'Etat" ou "de manière à démoraliser les soldats et les civils israéliens" pourrait bientôt être condamnée, si un projet de loi porté par le gouvernement est adopté. 

Le texte présenté par le parti ultra-nationaliste Israël Beiteinou, dirigé par le ministre de la Défense Avigdor Lieberman, prévoit de condamner à cinq ans de prison des "personnes qui filment, photographient ou enregistrent des soldats lors de leur service de manière à démoraliser les soldats et les civils israéliens". 

Une peine doublée en cas "d'atteinte à la sécurité de l'Etat"

Mais cette peine peut être doublée dans les cas où ces images et enregistrements visent à "porter atteinte à la sécurité de l'Etat". Les mêmes peines d'emprisonnement peuvent également être prononcées, selon ce texte, aux personnes diffusant ces documents dans les médias et les réseaux sociaux. 

Le texte a été approuvé par le gouvernement, puis voté en première lecture au Parlement ce mercredi, à 45 votes pour et 42 contre selon le quotidien Haaretz. Il doit encore passer plusieurs étapes de validation avant d'être adopté, s'il n'est pas retoqué par la Cour suprême.

Selon les initiateurs du projet, des ONG locales "anti-israéliennes", ainsi que des groupes liés au BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions), passent "des jours aux côtés de soldats israéliens, attendant avec impatience un acte qui puisse être enregistré de manière biaisée et utilisé pour les dénigrer". 

Le ministre de la Défense a salué le vote ministériel approuvant le projet dimanche dernier, affirmant qu'il allait "mettre fin" aux tentatives de "ceux qui soutiennent le terrorisme" en vue "d'humilier, de déshonorer et de nuire" aux soldats. 

Une loi "dangereuse et antidémocratique" pour l'opposition

"Si quelqu'un se conduit correctement, il n'a pas besoin de cacher quoi que ce soit", a répondu sur Twitter Ksenia Svetlova, députée de l'opposition du parti Union sioniste. Elle a jugé la loi "dangereuse et antidémocratique". 

Selon l'Institut pour la démocratie israélienne, un groupe de réflexion libéral, la formulation ambiguë du projet de loi pourrait empêcher quiconque à l'exception de l'armée de filmer, de photographier ou d'enregistrer les soldats israéliens dont les actes pourraient faire l'objet de poursuites judiciaires devant des instances internationales.

Ce texte a été déposé quelques semaines après la libération anticipée après neuf mois de prison d'un soldat franco-israélien reconnu coupable d'avoir achevé un assaillant palestinien blessé. Il avait été condamné à 18 mois de prison, après qu'un caméraman Palestinien de l'ONG israélienne B'Tselem avait filmé la scène à Hébron en Cisjordanie. A l'époque Avigdor Lieberman s'était prononcé contre l'inculpation du soldat et avait dénoncé B'Tselem.

L.A., avec AFP