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Violences à Gaza: "Le monde arabe a oublié les Palestiniens"

Près de 60 Palestiniens sont morts lundi 14 mai à Gaza

Près de 60 Palestiniens sont morts lundi 14 mai à Gaza - Mahmud Hams - AFP

Au lendemain des affrontements qui ont fait près de 60 morts à Gaza lors d'une manifestation, plusieurs spécialistes évoquent la frilosité de la communauté internationale, et l'oubli de la Palestine par le monde arabe.

Les affrontements auxquels se livrent Palestine et Israël ont connu un nouveau chapitre sanglant ce lundi, avec près de 60 Palestiniens tués à Gaza par des soldats Israéliens, lors d'une manifestation contre le transfert de l'ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem.

Ce pas vers la reconnaissance de Jérusalem comme la capitale de l'État hébreu par les États-Unis a de nouveau attisé la colère du peuple palestinien, tandis qu'une reconnaissance d'un État propre semble encore loin. Et si les événements de lundi ont été condamnés par la communauté internationale (Emmanuel Macron a condamné "les violences des forces armées israéliennes", Amnesty international a dénoncé une "violation abjecte" des droits de l'homme, la Turquie a demandé à l'ambassadeur israélien de quitter le pays), les actes semblent manquer. 

Pour Bruno Jeudy, éditorialiste politique pour BFMTV, c'est un "constat d'impuissance de la France et de l'Europe, qui est désunie", que l'on peut dresser au lendemain des violences. Georges Malbrunot, grand reporter au Figaro, estime lui aussi que "L'Europe est divisée, elle ne fait rien, elle paye l'autorité palestinienne, elle paye l'occupation qui se poursuit, mais il n'y a pas d'unité". 

"Difficile de condamner" Israël

Le journaliste note également un rapprochement de la communauté internationale avec Israël depuis la deuxième intifada, en l'an 2000:

"Le débat n’est plus un débat sur l’occupation de territoires palestiniens, mais un débat sur la lutte antiterroriste. Et dans ce débat-là, Israël a gagné. Il y a eu le 11 septembre 2001, et puis à Gaza, encore une fois, c’est le Hamas que nous avons étiqueté comme mouvement terroriste en 2003". 

De fait, l'idée est ancrée qu'"On ne peut pas discuter avec le Hamas (...) on s’est enfermés dans un piège et aujourd’hui on est prisonniers de tout cela (...) Il y a un mouvement de rapprochement qui s'est fait à l'égard d'Israël, et on voit bien qu'aujourd'hui c'est difficile de condamner. "

Des dirigeants frileux

Selon Ofer Bronchtein, président du Forum international pour la paix, les dirigeants français depuis Mitterrand "ne se donnent pas les moyens de leurs ambitions":

"Ils disent tous la même chose: on va garantir la sécurité d’Israël, Israël est un grand ami de la France, les Palestiniens ont le droit à un État, à la souveraineté et à la dignité, et à l’arrivée, zéro", constate-t-il. 

La solution serait qu'un dirigeant européen "ose l'impopularité" selon Caroline Galactéros, spécialiste de géopolitique: "Si le président français disait 'Je considère qu’il faut maintenant reconnaître un État palestinien, évidemment ça va être une levée", admet-elle. Mais "il faut oser et faire quelque chose, faire une rupture."

Et l'Iran?

Ofer Bronchtein évoque aussi l'oubli des Palestiniens par le monde arabe, à commencer par l'Iran: 

"Les Palestiniens ont subi un viol collectif de la part du monde arabe. (...) L’Iran joue la carte palestinienne comme tout le monde parce qu’elle fait diversion, parce qu’elle a d’autres ambitions dans la région. Le monde arabe a oublié les Palestiniens. Les seuls que ça intéresse ce sont les Européens et l’opinion publique israélienne, et c’est sur eux qu’il faut travailler."

B.P.