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Iran: elles se dévoilent sur Facebook pour un moment de "liberté furtive"

Ces photos ont été postées sur Facebook par des Iraniennes.

Ces photos ont été postées sur Facebook par des Iraniennes. - -

Une journaliste iranienne, exilée en Angleterre, a lancé un mouvement sur Facebook incitant les femmes de son pays à se prendre en photo lors de leurs -rares- moments sans voile dans la rue, un comportement prohibé par la loi.

Elles ressemblent à des touristes ordinaires, prenant la pose devant des monuments, des paysages, ou dans des rues ordinaires. Mais en réalité, ces femmes bravent la loi de leur pays, l'Iran, qui leur interdit depuis 1979 de se montrer sans voile en public, sous peine d'amende.

Ces Iraniennes répondent à l'appel lancé par une journaliste iranienne, Masih Alinejad, exilée au Royaume-Uni. Le 3 mai dernier, elle poste une photo d'elle sur Facebook conduisant une voiture, cheveux au vent, lunettes de soleil sur le nez. En légende, un hashtag, #آزادی‌یواشکی, "liberté furtive".

Le même jour, une page Facebook est lancée, invitant les femmes à envoyer des portraits d'elles visage découvert. Cette page compte aujourd'hui plus de 144.000 fans, et des centaines de photos. Une popularité d'autant plus impressionnante qu'il est officiellement interdit en Iran de se connecter sur ce site depuis les élections présidentielles de 2009, lorsque le régime au pouvoir craignait que les révolutionnaires ne l'utilisent pour communiquer. En réalité, la jeunesse réussit aisément à contourner cet interdit via des logiciels.

"Je ne suis ni subversive ni dangereuse"

Contactée par Les Inrocks, Masih Alinejad confie: "Je sais que beaucoup de femmes enlèvent leurs voiles quand elles sont en privé. Quand j’étais en Iran, j’enlevais mon voile quand je me trouvais à la campagne ou dans un espace privé. Je me suis demandé combien d’Iraniennes ressentaient les mêmes choses que moi. La réponse est: beaucoup plus ce que j’avais imaginé."

Chaque image est accompagnée d'un petit texte de la femme prise en photo, généralement un "coup de gueule". Certaines posent seules, d'autres avec leurs parents, voire même leur compagnon.

L'une d'elle, ci-dessous, écrit: "Je ne suis ni subversive ni dangereuse. Je ne suis pas une traînée, et je ne suis pas forcément contre le système. [...] Je rêve de laisser mes cheveux libres, eux qui sont si désireux de danser avec le vent dans le parc et dans la rue", confie ainsi la jeune femme, rappelant aussi les difficultés de porter le voile islamique quand les températures dépassent 40 degrés. "Pourquoi vous n'essayez pas de faire pareil, Monsieur le policier: portez un foulard et tentez de tenir seulement deux heures sous le soleil!"

Une autre, plus loin, écrit sous sa photo, ci-dessous: "Cette liberté furtive est encore plus délicieuse quand c'est votre propre père qui décide d'immortaliser ce moment, le long de la côte sur le Golfe persique, avec son appareil photo..."

De violentes réactions dans le pays

Ce projet a immédiatement suscité de violentes réactions, notamment parmi les médias officiels du pays, qui n'ont pas hésité à s'en prendre par les mots à Masih Alinejab. Les Iraniens les plus conservateurs ont ensuite multiplié les actions et les rassemblements pour exiger un contrôle plus strict des codes vestimentaires.

Mercredi, des milliers de manifestants ont organisé une marche dans Téhéran, scandant des slogans tels que "Mort à celles qui n'ont pas de hidjab!", rapporte "Nouvelles d'Iran", un blog du Monde.fr. Ils ont également réclamé à l'Etat qu'il mette en place des poursuites judiciaires, et non plus une simple amende, à l'encontre des contrevenantes.

Le gouvernement du président Hassan Rohani, soucieux de ménager les plus conservateurs du pays comme ceux avides d'une plus grande tolérance, n'a pas tardé à leur répondre...mais probablement pas de la manière dont les manifestants s'y attendaient. "L'Etat n'est pas d'accord avec les manifestations sans autorisation, et celle qui s'est tenue mercredi était illégale", a tranché le gouverneur de Téhéran, Hossein Hachémi. Pendant ce temps, sur Facebook, les photos continuent de pleuvoir.

Alexandra Gonzalez