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Ramadi, une victoire stratégique et symbolique pour l'armée irakienne

Des membres des forces irakiennes posent avec le drapeau national à Ramadi, après leur victoire sur Daesh, le 29 décembre.

Des membres des forces irakiennes posent avec le drapeau national à Ramadi, après leur victoire sur Daesh, le 29 décembre. - Ahmad al-Rubaye - AFP

Epaulée par les frappes de la coalition, l'armée irakienne est parvenue à reprendre la ville de Ramadi aux mains des jihadistes de Daesh, qui la contrôlaient depuis sept mois. Une victoire à la fois stratégique et symbolique, encourageante pour les prochains affrontements, alors que Daesh perd du terrain en Irak et en Syrie.

La prise de Ramadi, une "étape majeure", et la "plus importante victoire depuis le commencement de la lutte contre l'organisation terroriste Daesh". C'est en ces termes que François Hollande a salué, dans un communiqué diffusé lundi, la reprise de la ville de Ramadi aux jihadistes par les forces irakiennes. Après plusieurs jours d'intenses combats, l'armée régulière a en effet annoncé sa victoire dans cette ville stratégique située à l'ouest de Bagdad, que Daesh tenait depuis mai 2015. Quelle est la portée réelle de cette victoire? Que représente-t-elle? BFMTV.com fait le point. 

Plusieurs mois de préparatifs 

La reconquête de Ramadi est survenue après des mois de préparatifs de l'armée qui avait resserré son étau autour des jihadistes, avant de reprendre progressivement des secteurs de la cité, avec le soutien crucial de la coalition internationale, notamment des Américains, des Français et des Britanniques, qui ont mené plus de 600 frappes sur la ville. La légitimité de la coalition sort donc renforcée de cette victoire, comme le souligne Europe 1. Cette reconquête prouve également la capacité à remporter des batailles des nouvelles forces de sécurité irakiennes, qui n'ont pas été épaulées par les milices chiites encadrées par l'Iran pour la victoire de Ramadi.

L'assaut final a été lancé le 22 décembre contre le bâtiment gouvernemental investi par Daesh, où de violents combats se sont concentrés jusqu'à la fuite des derniers jihadistes, qui n'ont pas manqué de truffer la ville d'explosifs.

Une victoire hautement stratégique...

Située à seulement une centaine de kilomètres de Bagdad, Ramadi avait été, il y a sept mois, une victoire importante pour Daesh. Stratégiquement, sa reprise par l'armée régulière était donc une nécessité, pour éviter que les jihadistes ne se rapprochent un peu plus de la capitale.

Par ailleurs, la ville, qui est la dernière grande cité avant le désert irakien, est le chef lieu de la province d'Al-Anbar, une région d'Irak à majorité sunnite. "Ramadi est la première ville en zone sunnite qui a été reconquise par l’armée irakienne sur une force jihadiste sunnite", a fait valoir sur BFMTV le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française auprès de l'ONU. "Les jihadistes ont probablement vu la limite de leur implication sur Ramadi. Il est d’ailleurs symptomatique de voir qu’ils n’ont pas combattu jusqu’au bout, alors que le combat en zone urbaine est un combat éminemment meurtrier. Les jihadistes ont donc décidé de lâcher pied face à l’armée irakienne, ce qui est une victoire pour celle-ci", a-t-il ajouté. 

...mais également très symbolique

Mais pour certains experts, la reconquête de Ramadi par les forces irakiennes est davantage une victoire symbolique. "Daesh est toujours capable de lancer des attaques à travers l'Irak sans Ramadi, une ville plus importante pour les forces de sécurité irakiennes que pour Daesh", juge Patrick Martin, analyste à l'Institute for the Study of War basé à Washington, cité par l'AFP. 

"Ramadi est seulement une victoire dans une série de nombreuses batailles à venir", estime de son côté la journaliste et reporter de guerre Anne Nivat, qui s'est rendue à Ramadi il y a quelques jours. "Premièrement, Ramadi n'est pas une très grande ville. Ensuite, elle avait été vidée de ses habitants, donc on pouvait y combattre. Troisièmement, l'avancée de l'armée irakienne y a été très lente et poussive pendant de nombreux mois. Et enfin, les percées n'ont été possibles que grâce à l'aide des frappes aériennes de la coalition, des frappes qui étaient elles-mêmes faisables uniquement parce que la ville était quasi vide. Cette victoire est donc avant tout symbolique", détaille Anne Nivat, interrogée ce mardi matin sur RMC. 

Mossoul, l'autre étape cruciale

Après avoir mené des avancées et conquêtes spectaculaires, Daesh a subi une série de défaites ces derniers mois en Syrie et en Irak. En 2015, les jihadistes ont cédé du terrain sur le sol irakien, perdant les villes de Tikrit, Baiji, Sinjar puis de Ramadi dimanche. En Syrie, après avoir abandonné Kobané, Daesh a aussi perdu fin décembre le contrôle du barrage de Tichrine, dans le nord, face à une coalition militaire arabo-kurde qui l'a ainsi privé d'une source de revenus stratégique.

Après avoir félicité les forces irakiennes pour leur succès à Ramadi, le premier ministre irakien Haider al-Abadi a affirmé qu'elles "iraient libérer Mossoul, qui sera le coup fatal infligé à Daesh" dans le pays, sans toutefois préciser s'il s'agissait de leur prochain objectif. Située au nord-est, la deuxième ville d'Irak, qui compte plus d'un million d'habitants, est tombée aux mains des jihadistes en juin 2014. Mais là encore, et dans une autre mesure que Ramadi, la bataille de Mossoul nécessitera de longs mois de préparation, pour éviter de sévères dégâts civils.