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Meurtre de Jo Cox: quelles conséquences pour le référendum sur le Brexit?

Des fleurs et des bougies déposées le 16 juin 2016 devant le Parlement, à Londres, en hommage à Jo Cox

Des fleurs et des bougies déposées le 16 juin 2016 devant le Parlement, à Londres, en hommage à Jo Cox - Daniel Leal-Olivas – AFP

Le meurtre de Jo Cox, une parlementaire britannique pro-européenne, pourrait avoir des conséquences sur le référendum du 23 juin, appelant les citoyens à s'exprimer sur le Brexit.

Une députée travailliste pro-européenne de 41 ans est morte jeudi après avoir été poignardée et agressée par arme à feu à une semaine du référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union Européenne. Cette tragédie aura-t-elle une influence sur le scrutin du 23 juin? 

La campagne suspendue

L'agression, qui a eu lieu à une semaine du référendum sur le Brexit, a entraîné la suspension de la campagne. Les deux camps ont annulé tous leurs événements prévus ce vendredi. Le Premier ministre, David Cameron, favorable au maintien, avait déjà décommandé son meeting prévu jeudi soir à Gibraltar. Nombreux députés travaillistes, favorables au maintien dans l'UE, ont fait savoir qu’ils étaient trop choqués et accablés de douleur pour se concentrer sur le sujet. Le parti europhobe Ukip ne lancera pas sa nouvelle affiche de campagne et les économistes favorables au Brexit ont renoncé à une conférence de presse.

Un report du référendum?

Les hommages se sont multipliés, au Royaume-Uni comme à l'étranger. The Guardian a ouvert avec un portrait de Jo Cox, et cette citation de son mari: "Elle croyait en un monde meilleur et se battait pour cela chaque jour", reprise sur sa une par The Daily Telegraph et le tabloïd The Mirror. "Nous avons perdu une grande personnalité", a réagi le Premier ministre britannique, David Cameron. Mais l'échéance du 23 juin devrait être maintenue.

La presse dans le viseur

Alastair Campbell, le conseiller de l'ancien Premier ministre Tony Blair, s'en est pris sur Twitter à une partie de la presse. "Les journaux qui attisent la haine et la colère envers les politiciens préparent désormais une belle nécrologie de Jo Cox", a-t-il dénoncé.

Une campagne jugée trop agressive

La plupart des quotidiens britanniques ont fait leur une sur le drame. Mais certains d'entre eux ont mis en cause le virage agressif de la campagne. Le journal de centre-gauche The Guardian a dénoncé dans un éditorial "un ton brutal qui attise les divisions", jugeant que le meurtre constitue une "attaque contre l'humanité, l'idéalisme et la démocratie".

Le camp du Brexit pointé

Alors que le suspect a crié lors de l'agression: "Britain first", soit "Priorité au Royaume-Uni", un blogueur du Spectator a blâmé le camp pro-sortie de l'UE. "Nigel Farage n'est pas responsable de la mort de Jo Cox. Et les membres de la campagne du "Leave" ("sortir") non plus. Mais ils sont responsables de la manière dont ils mènent leur campagne", écrit-il dans l'hebdomadaire britannique conservateur. "Quand vous encouragez la rage, vous ne pouvez pas feindre d'être surpris quand les gens deviennent enragés."

C'est également le point de vue d'un professeur de sciences politiques à l'Université de Boston a jugé pour USA Today que la campagne en faveur du Brexit "a fait de son mieux pour créer un climat de haine et d'hostilité".

  • Quelques heures après l'attaque, un parlementaire britannique a quant à lui dénoncé une affiche "fondamentalement raciste" du camp du retrait mettant en scène des migrants. Selon lui, la "documentation dangereuse" du camp favorable à la sortie de l'UE "risque d'inspirer l'extrême droite". Il a immédiatement été accusé de vouloir politiser et instrumentaliser le drame, rapporte le Daily Mail.

Quelle influence dans les urnes?

Un autre professeur de relations internationales à l'Université de Boston a estimé, toujours selon le quotidien américain le plus diffusé aux Etats-Unis, que le meurtre de Jo Cox "pourrait entraîner une forme de sympathie en faveur du camp pour le maintien". Selon lui, s'il s'avère que le suspect est véritablement favorable au Brexit, il pourrait y avoir une forte réaction de rejet du "Leave". 

C'est également l'opinion des marchés financiers, selon un analyste économique pour USA Today. Selon lui, "les marchés pensent que cette tragédie convaincra les Britanniques de voter pour le maintien".

C.H.A.