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Malgré les violences et le Covid, le pape arrive en Irak ce vendredi pour un séjour de 4 jours

Le pape François en Irak

Le pape François en Irak - Gal ROMA © 2019 AFP

Le pape François arrive à Bagdad ce vendredi. Avant d'en repartir lundi, il accomplira un périple très dense, depuis Bagdad jusqu'au sud du pays, puis au nord, du côté de Mossoul. il doit notamment rencontrer une sommité chiite et apporter son soutien aux chrétiens d'Irak. Il veut inciter cette communauté à ne pas quitter le pays malgré les persécutions.

Le pape François arrive vendredi en Irak pour un voyage historique sous très haute protection et malgré la pandémie, dans un pays martyrisé où il entend réconforter l'une des plus anciennes communauté chrétienne au monde, anéantie par les conflits et les persécutions.

Le souverain pontife de 84 ans, qui a déclaré qu'il effectuerait la toute première visite papale en Irak en tant que "pèlerin de la paix", tendra également la main aux musulmans chiites en rencontrant le grand ayatollah Ali Sistani, plus haute autorité pour de nombreux chiites d'Irak et du monde.

Un voyage en voiture blindée, en avion et en hélicoptère

Au cours de cette visite de quatre jours dans plusieurs villes du pays, le pape devrait souvent être seul sur les routes... refaites pour l'occasion, en raison d'un confinement total décrété dans ce pays où le nombre de contaminations a battu cette semaine un record depuis de le début de l'épidémie de Covid-19, avec plus de 5.000 cas par jour.

Le chef des 1,3 milliard de catholiques du monde, qui s'était dit "en cage" ces derniers mois au Vatican tournant au ralenti avec le Covid-19, entamera en voiture blindée un voyage sans bains de foules, "virtuel" pour les Irakiens qui le suivront à la télévision et principalement par les airs pour le pape dont l'hélicoptère ou l'avion survolera parfois des zones où se terrent encore des jihadistes de Daesh.

Ses étapes aux quatres coins du pays rassembleront quelques centaines de personnes seulement, à l'exception d'une messe dimanche dans un stade d'Erbil au Kurdistan, en présence de plusieurs milliers de fidèles ayant réservé leur place à l'avance.

Un programme ambitieux

Le programme papal est ambitieux. Bagdad, Najaf, Ur, Erbil, Mossoul, Qaraqosh: de vendredi à lundi, il va parcourir 1.445 km dans un pays encore frappé mercredi par des tirs de roquettes meurtriers, dernier épisode en date des tensions irano-américaines toujours latentes en Irak. A Bagdad, il visitera une cathédrale, endeuillée en 2010 par un terrible attentat islamiste et à Ur, il priera avec les représentants de plusieurs cultes, musulman, mandéen, et yézidi.

Ce premier voyage à l'étranger en quinze mois permettra au pape d'aller à la rencontre d'une petite communauté de fidèles aux "périphéries" de la planète, de loin ce qu'il préfère.

Pour Saad al-Rassam, chrétien à Mossoul, toujours en reconstruction après la guerre anti-Daesh, ce voyage tombe à point dans ce pays qui a vu son taux de pauvreté doubler à 40% de la population en 2020. "Nous espérons que le pape expliquera au gouvernement qu'il doit aider son peuple", dit-il à l'AFP.

Comme à chaque fois, François commencera vendredi par un discours devant les dirigeants irakiens. Au-delà des difficultés sécuritaires ou économiques que subissent de plein fouet les 40 millions d'Irakiens, ils évoqueront sûrement le traumatisme supplémentaire des chrétiens.

"On a dû tout laisser sauf notre foi"

Quand en 2014, Daesh a pris la plaine de Ninive, bastion chrétien du nord, des dizaines de milliers d'habitants ont fui et peu font désormais confiance à des forces de l'ordre qui les ont alors abandonnés, disent-ils. "Certains ont eu quelques minutes pour décider s'ils voulaient partir ou être décapités", rappelle le père Karam Qacha.

"On a dû tout laisser, sauf notre foi", résume ce prêtre chaldéen à Ninive, dénonçant le peu d'aide du gouvernement aux chrétiens pour récupérer leurs maisons ou leurs terres, souvent accaparées par des miliciens - parfois chrétiens eux-mêmes - ou des proches de politiciens.

Mais, déplore le cardinal Leonardo Sandri, qui chapeaute la "Congrégation pour les églises orientales" au Vatican et accompagne le pape, "un Moyen-Orient sans les chrétiens, c'est un Moyen-Orient qui a la farine mais pas le levain et le sel".

Inciter les chrétiens à rester sur place

C'est pour cela, dit-il, que le pape François ne manquera pas de les appeler à rester ou à revenir en Irak où ils sont 400.000, contre 1,5 million il y a vingt ans. Un appel au retour "obligatoire" mais "difficile", convient le cardinal Sandri, tant l'Irak va depuis 40 ans de guerre en crise politique ou économique.

Selon la fondation "Aide à l'Eglise en détresse", seuls 36.000 des 102.000 chrétiens partis de Ninive sont revenus. Et parmi eux, un tiers dit prévoir de quitter le pays d'ici 2024 par peur des miliciens et en raison du chômage, de la corruption et des discriminations.

Samedi et pour la première fois de l'histoire, le pape sera reçu dans la ville sainte de Najaf (sud) par le grand ayatollah Ali Sistani en personne, un homme frêle de 90 ans qui n'est jamais apparu en public. Le pape participera également à une prière à Ur, berceau d'Abraham dans le sud tribal et rural, avec des dignitaires chiites, sunnites, yazidis et sabéens.

R.V. avec AFP