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Lutte contre les violences faites aux femmes: comment l'Espagne est devenue un modèle

Des militantes féministes participent le 26 août 2010 place du Trocadéro à Paris à un rassemblement pour commémorer les 40 ans du mouvement féministe

Des militantes féministes participent le 26 août 2010 place du Trocadéro à Paris à un rassemblement pour commémorer les 40 ans du mouvement féministe - Thomas Coex-AFP

L'Espagne fait figure de pionnière en matière de lutte contre les féminicides. Budget en hausse, bracelets électroniques: voici les mesures qui ont permis de faire baisser le nombre de femmes tuées chaque année.

De l'autre côté des Pyrénées, la lutte contre les violences faites aux femmes est une grande cause nationale depuis des années. En dix ans, l'Espagne a divisé par deux le nombre de féminicides, passant de 71 femmes tuées en 2003 à quelque 47 l'année dernière. Pour rappel, en France, depuis le mois de janvier, 72 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint.

Onde de choc dans le pays

En 1997, le meurtre d'une sexagénaire brûlée vive par son mari bouleverse le pays. Dix jours avant sa mort, elle avait témoigné à la télévision des violences dont était victime depuis quarante ans, expliquant qu'elle avait porté plainte à quinze reprises et qu'elle avait été contrainte, malgré son divorce, de vivre sous le même toit que son mari. Une vaste réflexion est menée et deux ans plus tard, le code pénal est réformé avec la création de dispositifs d'éloignement. 

Un observatoire des violences conjugales

En 2003, un observatoire des violences conjugales voit le jour et recense les victimes. Les médias changent également leur pratique: les féminicides ne sont plus traités comme des faits divers mais comme un véritable phénomène de société. Ils sont décomptés et présentés comme des "crimes machistes".

  • Des tribunaux spécialisés

Plus d'une centaine de tribunaux spécialisés se consacrent uniquement aux affaires de violences de genre, mis en place par une vaste loi organique votée en 2004. Si la victime ne souhaite pas porter plainte, l'État a la possibilité de le faire. Dans le cadre de ces procédures, les juges ont 72 heures maximum pour instruire le dossier et le procès doit se tenir dans les quinze jours, bien loin des délais français. De plus, toutes les femmes qui ont un jour porté plainte sont recensées.

Pionnière en matière de bracelets électroniques

Depuis dix ans, les conjoints violents sont placés sous surveillance à l'aide de bracelets électroniques. Lorsque l'agresseur approche de la victime, celle-ci est prévenue afin de pouvoir se mettre à l'abri en attendant l'arrivée des forces de l'ordre. Quelque 1200 bracelets électroniques sont en ce moment-même actifs. En France, la garde des Sceaux souhaite généraliser ce dispositif, prévu pourtant depuis 2017, mais qui peine à être appliqué. 

Un budget important

L'Espagne consacre 200 millions d'euros à la lutte contre les violences faites aux femmes, presque trois fois plus que la France. Concrètement, le pays propose par exemple une aide financière pour aider les victimes à déménager. 

Céline Hussonnois-Alaya