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Le sultan de Brunei, qui veut criminaliser l'homosexualité, est grand'croix de la Légion d'honneur

Le sultan du Brunei Hassanal Bolkiah dans la capitale Bandar Seri Begawan le 3 avril 2019.

Le sultan du Brunei Hassanal Bolkiah dans la capitale Bandar Seri Begawan le 3 avril 2019. - AFP

L'insigne de la célèbre décoration a été observée sur les vêtements du sultan, et ce sur plusieurs photos, datées de 1996.

Hassanal Bolkiah, sultan de Brunei, est titulaire de la grand'croix de la Légion d'honneur, la plus haute distinction française, au moins depuis 1996, rapporte le quotidien Ouest-France ce jeudi. Sauf que c'est ce même sultan qui s'apprête à faire appliquer les peines les plus sévères de la charia, la loi islamique, dans son pays, ce qui a été sévèrement condamné par plusieurs ONG, l'ONU et début avril la France.

Cette législation introduit notamment la flagellation publique comme punition pour l'avortement, l'amputation pour le vol et criminalise le fait d'exposer les enfants musulmans aux croyances et pratiques de toute religion autre que l'islam. L'homosexualité, déjà illégale, sera désormais considérée comme un crime.

L'insigne repérée sur une vieille photo

Le quotidien régional Ouest-France a repéré sur plusieurs photos de l'AFP, datées de 1996, l'insigne honorifique de la Légion d'honneur sur le costume du sultan, qui avait effectué une visite d'État en France à cette période.

Au centre de la photo le sultan de Brunei, dont l'insigne de boutonière de la Grand'croix d'honneur est entourée en jaune.
Au centre de la photo le sultan de Brunei, dont l'insigne de boutonière de la Grand'croix d'honneur est entourée en jaune. © Gabriel Bouys - AFP

Contacté par Ouest-France, la Chancellerie de la Légion d’Honneur a confirmé que la décoration sur la photo était bien une insigne de boutonnière de la Légion d'honneur, mais a déclaré ne pas pouvoir donner d'informations sur les personnes l'ayant reçue, ou pas.

Les différents grades et décorations de la légion d'honneur.
Les différents grades et décorations de la légion d'honneur. © Site de la légion d'honneur

A gauche de la photo plus haut, on peut voir le maire de Toulouse de l'époque, Dominique Baudis, qui remet au sultan la médaille de la ville lors de sa visite en France. Contactée par le quotidien, la mairie de Toulouse ne se souvenait pas de cette remise de décoration.

"Nous allons attendre la position de l’État sur le dossier", explique-t-on. "S’il est déchu de la Légion d’honneur, il y a de fortes chances que Toulouse emboîte le pas". 

D'après le décret 2018-1007, daté du 21 novembre 2018, la décoration peut être retirée au porteur étranger "si celui-ci a commis des actes ou eu un comportement susceptibles d’être déclarés contraires à l’honneur ou de nature à nuire aux intérêts de la France à l’étranger ou aux causes qu’elle soutient dans le monde."

Réciprocité diplomatique et soutien de la politique étrangère

D'après le site de la Légion d'honneur, les étrangers peuvent être décorés "s’ils ont rendu des services (culturels, économiques…) à la France ou encouragé des causes qu’elle défend".

"Les visites d’État sont également l’occasion d’attributions de la Légion d’honneur aux personnalités officielles, faites au titre de la réciprocité diplomatique et soutenant ainsi la politique étrangère de la France", précise le site.

En avril 2018, alors qu'il était question de lui retirer sa Légion d'honneur, le président syrien Bachar al-Assad l'a de lui-même rendue. Elle lui avait été remise par Jacques Chirac en 2001. En 2016, François Hollande l'avait discrètement remise au prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed ben Nayef.

Salomé Vincendon