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La Corée du Nord veut couper les ponts avec Séoul

Kim Yo Jong, influente soeur du dirigeant nord-coréen Kim Jong Un, le 2 mars 2019 à Hanoï (Vietnam)

Kim Yo Jong, influente soeur du dirigeant nord-coréen Kim Jong Un, le 2 mars 2019 à Hanoï (Vietnam) - JORGE SILVA, POOL/AFP/Archives

La Corée du Nord a l'intention de couper mardi ses canaux de communication politique et militaire avec l"ennemi" sud-coréen, a annoncé l'agence d'Etat nord-coréenne KCNA, ce que des experts entrevoient comme une tentative de Pyongyang de créer une crise de toutes pièces.

Depuis la semaine dernière, le pays communiste a proféré des reproches acrimonieux envers son voisin du Sud au sujet de l'envoi sur son territoire de prospectus anti-Pyongyang par des militants.

Les autorités nord-coréennes ont organisé des rassemblements populaires de grande ampleur à travers le pays à l'appui de leurs menaces.

Ce dernières interviennent au moment où les relations entre les deux voisins se trouvent dans l'impasse malgré trois sommets en 2018 entre le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un et le président sud-coréen Moon Jae-in. Et à trois jours de l'anniversaire du sommet historique entre M. Kim et le président américain Donald Trump à Singapour en 2018.

Les dirigeants nord-coréen Kim Jong Un, américain Donald Trump et sud-coréen Moon Jae-in, le 30 juin 2019 dans la Zone démilitarisée
Les dirigeants nord-coréen Kim Jong Un, américain Donald Trump et sud-coréen Moon Jae-in, le 30 juin 2019 dans la Zone démilitarisée © KCNA VIA KNS, KCNA VIA KNS/AFP/Archives

La Corée du Nord a mis un terme à la plupart de ses contacts avec le Sud après l'échec du second sommet entre MM. Kim et Trump en février 2019 à Hanoï (Vietnam), qui a laissé les tractations sur le nucléaire nord-coréen au point mort.

Selon des analystes, Pyongyang n'a entrepris aucune démarche substantielle vers l'abandon de ses programmes d'armement qui lui valent d'être visé par de nombreuses sanctions prises au fil des ans par le Conseil de sécurité des Nations unies.

- Soeur de Kim -

Et le pays reclus tourne de plus en plus son ire vers Séoul, effectuant ces dernier mois des essais militaires et se livrant à des provocations comme lorsqu'il a pris pour cible en mai un poste de surveillance du Sud dans la Zone démilitarisée (DMZ) qui sert de frontière entre les deux Corées.

La zone démilitarisée entre la Corée du Nord et la Corée du Sud
La zone démilitarisée entre la Corée du Nord et la Corée du Sud © Laurence CHU, AFP/Archives

Pyongyang "va complètement couper la liaison entre les autorités du Nord et du Sud", ainsi que d'autres canaux de communication notamment entre les forces armées des deux Etats ou entre les partis politiques au pouvoir à Séoul et à Pyongyang, a détaillé KCNA, précisant que cette interruption était programmée pour 12H00 locales mardi (03H00 GMT).

Cette décision a été prise par Kim Yo Jong, influente soeur de Kim Jong Un, et par le vice-président du Parti des Travailleurs au pouvoir Kim Yong Chol, a poursuivi l'agence de presse. Une initiative qui a pour objectif de démontrer l'autorité croissante de la jeune femme sur les affaires du gouvernement.

Manifestation d'étudiants nord-coréens, avec une banderole contre les dissidents, à Pyongyang le 8 juin 2020
Manifestation d'étudiants nord-coréens, avec une banderole contre les dissidents, à Pyongyang le 8 juin 2020 © KIM Won Jin, AFP

Elle a menacé la semaine dernière de rendre caduc l'accord militaire entre les deux pays à moins que Séoul n'empêche les militants d'envoyer les prospectus anti-Pyongyang.

Cet accord a été signé en septembre 2018 lors de la visite de Moon Jae-in à Pyongyang. Il est destiné à apaiser les tensions à leur frontière commune mais ses dispositions n'ont pas vraiment été mises en oeuvre à ce stade.

- Appels sans réponse -

Des appels mardi matin du Sud vers le Nord sur les lignes spéciales sont restés sans réponse, ont indiqué des responsables à Séoul.

Le communiqué publié par KCNA dénonce en plusieurs points les dissidents nord-coréens et d'autres militants qui ont pour habitude depuis de longues années de lâcher vers le Nord des ballons chargés de prospectus dénonçant le bilan du régime communiste en matière de droits humains ainsi que ses ambitions nucléaires.

Selon Pyongyang, les autorités sud-coréennes sont de connivence avec "les actions hostiles" menées contre la Corée du Nord, "ce qui a eu pour conséquence de mener les relations inter-coréennes à la catastrophe".

La Zone démilitarisée (DMZ) sépare les deux Corées, le 23 avril 2020
La Zone démilitarisée (DMZ) sépare les deux Corées, le 23 avril 2020 © Ed JONES, AFP/Archives

"Nous sommes parvenus à la conclusion qu'il n'était nullement nécessaire de s'asseoir en face à face avec les autorités sud-coréennes et qu'il n'y avait pas matière à discuter avec eux, car ils n'ont fait qu'alimenter notre consternation", écrit l'agence.

Des experts considèrent que cette dernière initiative en date illustre l'accélération de la stratégie de Pyongyang de faire monter la pression sur son voisin du sud.

Depuis les tirs à la DMZ --que le Sud insiste à qualifier d'accidentels--, le Nord "a essayé de créer des remous avec une provocation de faible ampleur", avance Shin Beom-chul de l'Institut de recherche coréen pour la sécurité nationale.

"Il essaie de secouer la politique de la Corée du Sud envers le Nord", a-t-il ajouté. "Avec Kim Yo Jong à la manoeuvre, ce ne sera pas un événement isolé". "Ils commencent avec la Corée du Sud puis la ligne dure sera étendue aux Etats-Unis".

Les deux Corées sont toujours techniquement en guerre depuis l'armistice ayant mis fin à la Guerre de Corée en 1953.

Sunghee Hwang, Séoul (AFP), © 2020 AFP